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Archives d'Outre-mer - Guyane : l'orpaillage clandestin, un fléau pour l'environnement et la santé

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L'orpaillage clandestin, un fléau pour l'environnement et les populations locales
Conséquences de l'orpaillage illégal en Guyane ©JODY AMIET / AFP / DR
Il y a quelques jours, l'armée a perdu trois hommes dans une opération Harpie en Guyane. La ruée vers l'or génère pillages, destructions, pollutions et empoisonnement. Les archives d'Outre-mer reviennent sur l'orpaillage illégal, qui gangrène ce département français, depuis plus de trente ans.

Empoisonnement des Amérindiens 

Les premières recherches sur l'imprégnation au mercure de la population guyanaise datent des années 90. Les études successives (Inserm, IRD, CNRS, INVS) démontrent toutes que la contamination de la population est liée à l'activité aurifère illégale et que les Amérindiens sont les plus touchés.

Le mercure utilisé pour l'extraction de l'or pollue les eaux fluviales. Conséquence : la chaîne alimentaire est touchée, particulièrement les poissons carnivores. Les populations autochtones du Haut Maroni présentent les taux d'imprégnation au mercure les plus élevés. Leur régime alimentaire traditionnel est basé sur la pêche et donc riche en poissons. Cette contamination peut engendrer des malformations congénitales. Le mercure est un neurotoxique, il attaque le système nerveux central et peut provoquer des troubles fonctionnels chez les enfants.

Regardez ce reportage de Ronan Ponnet diffusé dans l'Hebdo de RFO en juillet 1999, il y a 20 ans : 
©la1ere
 

Une lutte sans fin contre l'orpaillage clandestin 

En 2002, les premières opérations de lutte contre l'orpaillage illégal débutent en Guyane. Les militaires français détruisent les infrastructures et le matériel des garimpeiros sur les site illégaux. A cette époque, Anaconda est leur nom de code. Mais cette lutte est sans fin. Quelques semaines après, les orpailleurs brésiliens reviennent, reconstruisent leur campement et reprennent leurs activités trop rentables.

Regardez ce reportage de Renaud Terrazzoni de RFO Guyane réalisé trois semaines après une opération Anaconda en 2004 : 
©la1ere

 

L'orpaillage induit des tensions sociales

La dégradation de l'environnement par la pollution des sols et des eaux touche toutes les populations installées sur le Haut Maroni. Les Amérindiens, mais aussi les Noirs Marrons sont obligés de changer de régime alimentaire. Leur mode de vie traditionnel évolue avec l'afflux de chercheurs d'ors. Les jeunes délaissent les cultures sur abattis au profit de métiers plus faciles. Des chefs de village avouent avoir été rackettés par des orpailleurs. Certains l'acceptent, d'autres plus difficilement. Cela génère des tensions au sein même des communautés. L'orpaillage clandestin exacerbe les rivalités ethniques. L'insécurité et la violence augmentent.

Regardez les réactions de la communauté Djuka dans ce reportage de Laurent Pirotte diffusé sur RFO Guyane en 2004 : 
©la1ere

 

Le phénomène perdure

La semaine dernière, l'armée a perdu trois hommes lors d'une opération Harpie. Le bilan humain de lutte contre l'orpaillage illégal est lourd. Il s'élève à onze morts depuis 2009. Le nombre de garimpeiros exploitant de nouveaux sites dans la forêt guyanaise ne cesse de croître malgré l'augmentation continue des moyens matériels et humains pour combattre ce fléau. Le 23 juillet, Gabriel Serville, député guyanais, a posé cette question au gouvernement  :

Monsieur le Premier ministre, au vu de l’hécatombe de militaires et de l’empoisonnement irréversible au mercure des populations amérindiennes, votre Gouvernement est-il prêt à prendre la mesure de cette guerre qui ne dit pas son nom et à engager enfin des moyens proportionnés aux enjeux du maintien de notre souveraineté nationale ?

- Gabriel Serville, Assemblée nationale, Questions au gouvernement, le 23 juillet 2019

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