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Avec le Brexit, "les Outre-mer français ont un potentiel de développement énorme"

Le Royaume-Uni a jusqu'au 31 octobre pour quitter l’Europe. Dans l'accord actuel, les Outre-mer britanniques ont peu de place et les conséquences pourraient être lourdes en interne, mais aussi pour la France. Explications avec Mikaa Mered, professeur de géopolitique à l'ILERI.

Une habitante de Gibraltar appelant à rester dans l'Union Européenne, juste avant le référendum sur le Brexit le 23 juin 2016. © JORGE GUERRERO / AFP
© JORGE GUERRERO / AFP Une habitante de Gibraltar appelant à rester dans l'Union Européenne, juste avant le référendum sur le Brexit le 23 juin 2016.
  • Par Marie Boscher
  • Publié le , mis à jour le

Après avoir posé ses valises à Bruxelles, pour comprendre les enjeux des élections européennes dans les Outre-mer, puis à Londres, à la rencontre des ultramarins face au Brexit, la 1ère s'interroge sur l'avenir des Outre-mer britanniques si le Royaume-Uni venait à sortir de l'Union Européenne. Les conséquences sont multiples et pourraient concerner la France et ses territoires ultra-marins, comme nous l'a expliqué Mikaa Mered, professeur de géopolitique des Pôles et des Outre-mer à l'ILERI. Interview.

Mikaa Mered, professeur de géopolitique des Pôles et des Outre-mer à l'ILERI © DR

La1ère.fr : Quel poids ont les Outre-mer britanniques dans les négociations sur le Brexit ?

Mikaa Mered : Les Outre-mer britanniques vont sortir de l'Union Européenne sans même avoir voté ! Sur les 14 territoires, seul Gibraltar a participé au vote et les habitants ont voté "non" à 96%. Les autres n'ont pas pu voter pour des raisons statutaires. La décision de sortir de l'Union Européenne leur a été imposée et ils n'ont pas eu leur mot à dire. On comprend donc que les relations pourraient se distendre avec le Brexit... Ces territoires n'ont pas de représentants dans les négociations. Mais via l'association des PTOM (pays et territoires d'Outre-mer, ndlr), dirigée par Saint-Pierre et Miquelon, ils peuvent faire passer des éléments de négociations, même si c'est marginal.

Les capacités d'actions de ces territoires vis-à-vis de Bruxelles sont limitées en termes de force mais aussi de temps. Toute la logique de la négociation, c'est l'Union Européenne qui dit à Londres "Vous allez appliquer l'accord que nous avons décidé". Donc le temps des négociations pour les Outre-mer est terminé. Mais il y aura sûrement des accords à la marge car ces territoires sont importants pour l'Union Européenne. Prenons l'exemple des Îles Féroé qui ont refusé d'entrer dans l'UE avec le Danemark en 1973. L'Union Européenne avait négocié des accords directs. Pourquoi l'Europe ne développerait-elle pas ce genre d'accords avec les Îles Malouines, par exemple ? Mais il y aura des gagnants et des perdants ! Est-ce que l'UE voudrait négocier avec les Îles Vierges britanniques ou les Îles Caïman qui sont des paradis fiscaux, alors qu'elle doit lutter contre la corruption et la fraude fiscale ? Cela pourrait lui être reproché.
 

 

"La France a une carte à jouer"


Est-ce que la France, dont certains territoires ultra-marins sont voisins des Outre-mer britanniques, pourrait subir les conséquences du Brexit ? 

M. M. : Avec le Brexit, l'UE va voir partir des territoires qui, même s'ils sont limités en termes de population avec 300 000 habitants, représentent un immense espace maritime de 6,8 millions de km2. L'espace maritime de l'UE qui est le plus grand avec 22 millions de km2, passerait à environ 15 millions de km2. La France, qui en représente la moitié aujourd'hui avec 11,6 millions de km2, aurait donc plus des deux tiers de l'espace maritime européen si le Royaume-Uni sortait !

Cela donne aux Outre-mer français un potentiel de développement énorme en matière de lobbying, mais aussi encore plus de responsabilités dans les politiques européennes. Soit la France la porte et accepte les conséquences en termes de leadership, soit elle passe à côté et laisse passer cette chance. Aujourd'hui, les Outre-mer ne sont pas au cœur des enjeux maritimes de l'Europe mais avec son "archipel France", la France a les moyens d'y aller.

La 1ère : Et en matière de coopération régionale ?

Les territoires ultramarins du Royaume-Uni sont dépendants de l'UE. Gibraltar par exemple, pour les paris en ligne et les assurances qui sont une part importante de l'activité et qui a su attirer de grands groupes européens, pourrait perdre cette manne financière et industrielle s'il n’avait plus accès au marché européen.

Pareil aux îles Malouines où 40% du PIB provient de la pêche avec 94% exporté vers l'Europe ! Ils vont faire face aux barrières douanières. Et pour les îles Pitcairn, voisine de la Polynésie française, qui dépendent des revenus de transfert (environ 400 000 euros par an), que va-t-il se passer ? Pour Anguilla, est-ce que la coopération avec Saint-Martin et Sint Marteen qui ont deux statuts européens différents, pourra se maintenir ?

Le Brexit va compliquer les relations sur beaucoup de territoires. L'Espagne a par exemple déjà réussi à inclure dans le "draft" (brouillon, ndlr) de l'accord que Gibraltar était une colonie britannique et non pas un territoire. Cela veut dire que la présence du Royaume-Uni sur ce territoire n'est pas légitime et que que l'Epsagne pourrait profiter l'affaiblissement du Royaume-Uni et de son statut européen pour le réclamer. C'est pareil aux îles Chagos que l'île Maurice veut récupérer. La Cour Internationale de Justice de La Haye a publié le 26 février dernier une décision consultative intimant à la Grande-Bretagne de les rendre. Mais il y a là-bas la base américaine de Diego Garcia qui contrôle tout l'espace de l'Océan Indien au nom de l'Otan. C'est une base clé, ils ne la rendront jamais l'île. Mais cela pourrait avoir des conséquences sur la position britannique dans l'Océan Indien.

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