"Ce rôle m'a permis de replonger dans la créolité" : Théo Christine est JoeyStarr dans Suprêmes

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Théo Christine
Théo Christine ©A.L
Le Martiniquais Théo Christine interprète le rappeur JoeyStarr dans "Suprêmes", le film d'Audrey Estrougo en salles ce 24 novembre. Grâce à ce rôle, le comédien fait partie de la liste des Révélations pour les César 2022. Il a répondu aux questions d'Outre-mer la 1ère.

Suprêmes, le film d’Audrey Estrougo sur la genèse du groupe de rap NTM, sort ce 24 novembre au cinéma. Dans le rôle du rappeur martiniquais JoeyStarr, un autre Martiniquais : Théo Christine. Grâce à sa prestation très physique, le comédien de 25 ans est en lice pour les César 2022 dans la catégorie Révélations masculines ; il est donc susceptible d'obtenir le César du Meilleur espoir ! Théo Christine répond aux questions d'Outre-mer la 1ère.

Outre-mer la 1ère : En tant que Martiniquais, ça vous fait quoi d’interpréter JoeyStarr qui est lui aussi d’origine martiniquaise ? 

Théo Christine : Au départ, je ne savais même pas qu’il était martiniquais ! j’ai découvert ça quand j’ai commencé à lire sa biographie ! Qu’est-ce que ça fait ? Franchement, c’est un honneur de jouer ce rôle et de raconter cette histoire, surtout par le prisme du hip hop, et de retracer leur épopée.

Comme ça faisait longtemps que je ne vivais plus en Martinique du tout, ce rôle m'a aussi permis de remettre le nez dans la créolité, dans toute cette culture : je l’ai vachement fait pour le travail et pour la prépa parce que c’est un mec qui était plus créole que moi. Donc j’ai replongé dans tout ça.

T Christine et JoeyStarr à Cannes
Théo Christine et JoeyStarr, pendant le dernier festival de Cannes (juillet 2021). ©Olivier Vigerie

 

Et pourtant, dans le film, on apprend qu’il ne parle pas créole. Vous non plus…

Théo Christine : Premier point commun ! 

Il y en a d’autres?

Théo Christine : Je ne sais pas, c’est assez dur de prendre du recul là-dessus. Après, c’est quelqu’un que j’admire, je me suis retrouvé chez lui dans la générosité, dans la véracité de ce qu’il dit et de  ce qu’il veut faire, et aussi dans la motivation : c’est quelqu'un de très motivé, qui a vachement confiance en lui. Ça m’a porté, ça m’a beaucoup aidé. 

( JoeyStarr est associé au projet, il était consultant sur le film, ndlr)

 

Quelle relation s’est établie entre vous?

Théo Christine : Une super relation ! Beaucoup de rires, beaucoup de travail aussi, mais beaucoup de plaisir.

Je le définirais un peu comme un tonton (rires). J’ai énormément de reconnaissance envers lui de nous avoir ouvert les portes. Il a été hyper généreux avec nous et il nous a soutenus à fond. Chaque moment passé avec lui, c’est un vrai bonheur. J’apprends encore aujourd’hui, j’aime passer du temps avec lui. C’est une super rencontre, comme la centaine d’autres que j’ai faites pour le projet, vraiment. 

 

Pourriez-vous me pitcher Suprêmes?


Théo Christine : Moi, je dirais que c’est une bande de copains qui, par leur art qui vient de la rue, par la musique, vont braquer les projecteurs sur les zones d’ombre de la société dans laquelle ils évoluent. Ils vont réussir à sortir de terre grâce à leur art et leur colère qu’ils ont envie de crier au monde. Moi je le définis comme ça, le film.

 

Il y a une dimension politique dans le film. Qu’en pensez-vous, vous qui n’étiez pas encore né quand le groupe NTM s'est créé ?

Théo Christine : Moi, je n’ai pas grandi en cité, j’étais en Martinique, puis en Vendée et je n'ai pas vraiment suivi toutes les histoires des banlieues, toutes les émeutes. Mais ce qui est sûr, c’est que pendant notre prépa, il y a eu l’assassinat de George Floyd : ça nous a galvanisés, permis d’aller manifester, de voir ce que c’est que de se battre contre les injustices et voilà, c’était en 2020 mais ça arrive encore aujourd'hui. Et ça veut dire que ça n’a pas changé depuis très très longtemps, trente ans en l'occurrence. 

Théo Christine, Audrey Estrougo, Sandor Funtek et JoeyStarr
Théo Christine, Audrey Estrougo, Sandor Funtek et JoeyStarr ( Cannes 2021). ©Olivier Vigerie

 

A quel point vous êtes-vous investi pour jouer ce rôle? 

Théo Christine : Nous, on a décidé de tout donner, de vivre le truc et de faire un travail à l’américaine. C'était se dire que j’étais JoeyStarr, tous les jours. Au réveil, quand je me couche, quand je fais n’importe quoi en fait !

On a eu beaucoup de prépa, avec des cours de danse tous les jours, des cours de chant, des cours de rap, des cours de théâtre où on tissait des liens avec les autres comédiens. C’était un travail de longue haleine, vraiment très intense, mais à la manière la plus haute du terme ! C’était un acharnement, une obsession presque ! Mais beaucoup de plaisir encore une fois.

Je suis très fier d’avoir participé à ce film, les messages qui en sortent, j’en suis fier ! C’était une aventure vraiment incroyable. Je ne suis que redevable.

 

Ce film, c’est aussi l’histoire d’un garçon - JoeyStarr alias Didier Morville - qui manque d’amour…

Théo Christine : C’est l’histoire d’un jeune qui manque d’amour et qui se déconstruit à cause de cette relation qu’il n’a pas avec son père.

Pour me mettre dedans, j’ai moins parlé à mes parents parce que je voulais vraiment être concentré. Avec Jean-Louis Loca qui interprète mon papa - comédien aussi d’origine martiniquaise ndlr -, on se voyait toutes les deux semaines, et toutes les deux semaines, j’arrivais un peu en retard, parce que je me mettais un peu dans le truc aussi, un peu fatigué de la veille, j’en prenais plein la gueule pendant deux heures et je repartais.

C’était mon père à ce moment-là, donc j'expérimentais ce que c’est que de ne jamais être chez soi, de ne jamais avoir d’attache, de ne pas avoir de socle familial...Ouais, t’as besoin de l’amour du monde entier après ça, je pense.

 

Cette relation tumultueuse avec le père est un peu comme un fil rouge dans le film…

Théo Christine : C’est le fil rouge de son histoire à lui, Didier… Est-ce que c’est celui de l’histoire des NTM, je ne suis pas sûr ! Le fil rouge de l’histoire du film, selon moi, c’est plutôt sa relation avec Bruno (Bruno Lopes alias Kool Shen ndlr). Parce que c’est aussi un film d’amitié, une relation entre deux mecs qui ont besoin l’un de l’autre pour sortir de terre et qui vont y arriver !

T Christine et JL Loca
Théo Christine et Jean-Louis Loca, à Cannes (juillet 2021). ©Olivier Vigerie

Ce que raconte le film, c’est que Didier a un peu transféré ce manque paternel sur son meilleur pote, qui endosse du coup le rôle du père, en quelque sorte. Et avec lui, ça va être très intense, il va aussi s’engueuler, mais il va également y avoir beaucoup de fraternité entre eux. C’est vraiment ce truc : “dans ma famille il n’y a rien, alors je vais me concentrer sur ce que j’ai en face de moi. Et Kool Shen, c’était le mec en face de lui à ce moment-là.”

 

Une complicité est-elle née avec Sandor Funtek ( qui interprète Kool Shen à l’écran) ?

Théo Christine : Ça n'a pas raté : on a passé tellement de temps ensemble ! C’était vraiment un challenge, une grosse épreuve ce film. Donc traverser ça avec quelqu’un, je pense que ça crée des liens qui sont difficilement effaçables après ! C’est ce qui s’est passé : on est devenu super potes et on se voit limite tous les jours. La complicité qu’on voit à l’écran, elle est bien réelle.

Théo Christine et Sandor Funtek
Théo Christine et Sandor Funtek, alias JoeyStarr et Kool Shen sur grand à écran, à Cannes (juillet 2021). ©Olivier Vigerie

 

♦♦♦ "Il avait en lui cette capacité de travailler comme un acharné” : la réalisatrice Audrey Estrougo nous parle du travail de Théo Christine

 

"Théo, il a un truc très proche de Didier, il a une âme pure Théo, et Didier, il en a une, malgré tout ce qu’il peut faire comme cascades. Après, Théo partait de très loin, ce n'est pas un rappeur, ce n'est pas un danseur et pour arriver à ces prestations scéniques, il avait en lui cette capacité de travailler comme un acharné.Voilà, c’est un an de travail pour arriver à ce résultat, je savais qu’il y arriverait. C’est un bon comédien, mais c’est pas le plus important pour moi.

Le plus important pour moi c’est d’être capable d’encaisser cette charge de travail, et il l’a fait. C’est certainement dû à son passé de grand sportif.

 

 

(Théo a pratiqué le surf plus jeune, ndlr)

 

► En bonus, le reportage d'Outre-mer la 1ère sur la sortie de Suprêmes :