outre-mer
territoire

Comment fabriquer un vélo en bambou ? La recette d’un professeur polynésien

environnement
Comment fabriquer un vélo en bambou ?
Comment fabriquer un vélo en bambou ? ©CB
Il préfère rester anonyme. Et pourtant il dispose d’un savoir-faire unique. Petero (nom d’emprunt) sait fabriquer des vélos en bambou 100% écologique et d’une légèreté et d’une solidité incomparable. Outre-mer la 1ère a testé pour vous.
 
En banlieue parisienne, il existe un lycée technique où un professeur d ‘origine polynésienne a créé un atelier de fabrication de vélos en bambou. C’est un savoir-faire unique. Malheureusement, son concepteur préfère rester dans l’anonymat. Nous avons donc baptisé ce professeur d’origine polynésienne : Petero.
 
Vélo en bambou
Vélo en bambou ©CB
 

►Une passion

Avant de rencontrer Petero, nous avons échangé des messages. L’homme est un véritable passionné. Tout a commencé quand son fils lui a demandé un vélo en bambou. Au lieu de refuser, il a dit oui ne sachant pas trop comment faire. Petero a glané "des informations à droite et à gauche sur le net".

Aujourd’hui après la fabrication de six vélos en bambous, il maîtrise parfaitement la technique et ne regrette pas une seule minute d’avoir dit oui à son fiston car "aucun matériau n’arrive à la cheville du bambou". Petero peut en témoigner car tous les matins,  il traverse Paris avec son vélo, du sud au nord, qu’il pleuve ou qu’il vente, pour se rendre au travail.
 
Vélo en bambou
Vélo en bambou ©CB

Le professeur a écrit une notice très précise dans laquelle il retrace les étapes de la fabrication d’un vélo en bambou. Nous allons tenter de vous résumer tout ça en image et de la manière la plus pédagogique possible.
 

►Résumé en vidéo 

 

►Les bonnes questions

Alors pour faire un bon vélo en bambou qui soit "sympa, facile à utiliser, confortable et sur lequel on peut être heureux", il faut prendre le temps, selon Petero, de se poser toutes les bonnes questions. "A quoi va servir le vélo ? Pourquoi l’utilise-t-on ?".


►Mesures et dessin

Une fois que l’on a répondu à toutes ces questions, on peut commencer à prendre les mensurations puis dessiner son vélo avec toutes les mesures. Il faut reporter sur un papier à la main avec des règles, un rapporteur et des équerres ce que l’on a décidé auparavant. Ce dessin servira de plan pour la construction. "C’est une étape assez magique car on voit sortir le vélo de ses propres mains pour la première fois", s’enflamme Petero.
Plan du vélo en bambou
Plan du vélo en bambou ©CB

 

►Les pièces métalliques

Pour faire un vélo en bambou, il faut quand même des pièces métalliques : des pédales, la chaîne ou les roues. Petero conseille de récupérer des carcasses de vélo plutôt que d’acheter des pièces qui vont coûter extrêmement cher. Il y en a un peu partout. A Paris, la ville et les associations de réparation de vélos peuvent en fournir. Le problème c’est qu’il faut passer un temps considérable à limer, retordre, ajuster et remettre en état ces pièces.
Pièces métalliques
Pièces métalliques ©CB


►Rechercher et traiter le bambou

Pour faire un vélo en bambou, il faut bien sûr se procurer la matière première. Alors là, c’est un peu la débrouille. Petero a un ami jardinier qui le fournit en bambou. "Il y a toujours quelqu’un qui a des bambous dont il souhaite se débarrasser", dit-il. "Pour les variétés de bambou on n’a pas beaucoup de choix : les seules qui peuvent convenir et qui se trouvent à peu près partout dans les jardins sont les Phyllostachys Aurea et Mitis principalement".
Bambous
Bambous ©CB

Une fois que l’on a trouvé les tiges de la bonne longueur et du bon diamètre, il faut traiter le bambou pour le stabiliser. Cela consiste à le passer au chalumeau puis à faire sécher le bambou pendant deux à trois semaines. Après cette étape le bambou sera d’une solidité à toute épreuve.
Bambou passé au chalumeau
Bambou passé au chalumeau ©CB

 

►Monter, nouer et consolider le cadre

Une fois tous ces éléments rassemblés on peut monter le cadre. "C’est long mais très gratifiant", souligne Petero.  Sur une structure – le marbre -on retravaille les pièces pour qu’elles s’emboitent entre elles
Vélo sur un cadre
Vélo sur un cadre ©CB

Ensuite pour assembler le cadre, il faut utiliser de la ficelle de lin de 3mm de diamètre. L'une des caractéristiques du vélo en bambou de Petero est la complexité des nœuds qui relient les différentes parties.
Nœud de vélo
Nœud de vélo ©CB

Son enfance passée en Polynésie lui a été d’une grande utilité. "Je me suis souvenu alors des pirogues que j'utilisais pour aller pêcher dans le lagon, le bon vieux temps.... J’étais émerveillé par les nœuds que faisaient les vieux pêcheurs tahitiens pour relier les balanciers. C'était souple et incroyablement solide. J'étais jeune et avec les potes on allait faire les imbéciles sur les vagues du récif avec ces pirogues tout terrain. Je me suis dit que si des nœuds pouvaient affronter des vagues, ils pouvaient aussi servir à lier ces satanées tiges de bambou".
Nœud du vélo
Nœud du vélo ©CB


►Mettre en résine et finir le cadre

Pour réussir son vélo en bambou, il faut ensuite imprégner les nœuds de résine. La résine utilisée par Petero est de type époxy biosourcée c’est-à-dire issue pour une grande part de l’huile de lin. Les nœuds sont badigeonnés de résine avec une vieille brosse à dent. "On ne peut pas trouver mieux et moins cher", précise le professeur.
Nœud recouvert de résine
Nœud recouvert de résine ©CB

Une fois la ficelle bien imprégnée, on va l’envelopper avec une bande de polyéthylène de récupération bien sûr. Cette technique permet à la résine de pénètrer en profondeur dans les fibres.
Bande de polyéthylène
Bande de polyéthylène ©CB

Ensuite on va achever la mise en pression en enveloppant de manière très serrée le tout avec des bandes de caoutchouc découpées dans des pneus de vélo de rebut. Une fois la résine prise en masse et les bandes enlevées, on obtient un résultat très proche des techniques de mise sous vide des catamarans transatlantiques. "C’est léger et incroyablement solide", souligne Petero.
Caoutchouc
Caoutchouc ©CB

Pour finir le cadre, il est nécessaire d’enlever la fine écorce de la tige de bambou, en la grattant avec une plaque métallique. On protège ensuite le bambou avec une fine imprégnation de résine et on finit avec un vernis anti-UV
Gratter le bambou
Gratter le bambou ©CB


►Monter le vélo

C’est la dernière étape, la plus réjouissante : le montage du vélo définitif et la mise en place des roues, des freins, du guidon et de la selle. Quand les tiges de bambou utilisées ne sont pas parfaitement droites, il faut gratter et limer. Le vélo est alors terminé.
Montage du vélo
Montage du vélo ©CB

Tout ce travail nécessite du temps et beaucoup de patience. Il faut compter entre 40 et 100 h avec des temps de pause selon Petero pour fabriquer un vélo en bambou. C’est long, compliqué et difficile mais cela donne la satisfaction immense de faire un vélo 100% écologique.

Pour avoir eu le privilège de l’essayer, le vélo en bambou de Petero est à la fois élégant, original et d’une légèreté divine.
 
Publicité