Coronavirus : Outre-mer, les professionnels de santé sonnent l'alarme

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Santé : une grande enquête sur la santé des Réunionnais débute ce lundi
©RÉUNION LA 1ÈRE
L'épidémie de coronavirus n'en est qu'à ses débuts en Outre-mer, mais déjà les professionnels de santé et les politiques alertent sur une possible catastrophe sanitaire face à la progression rapide de l'épidémie. 
L'inquiétude est notamment forte à La Réunion et à Mayotte, passées au stade 2 de l'épidémie mardi, alors que les autres Outre-mer sont toujours en stade 1 et l’Hexagone déjà en stade 3.


La Réunion et Mayotte   

La Réunion compte désormais 94 cas, souvent "importés" de l'Hexagone. Le territoire le plus peuplé d'outre-mer avec près de 860.000 habitants, peut s'appuyer sur 112 lits de réanimation. La Réunion est "tellement loin de tout, avec une telle pauvreté, précarité, promiscuité et avec des comorbidités si nombreuses, une population si souvent cruellement démunie, que nous pouvons nous attendre à des taux de mortalité plus élevés que ceux en métropole", affirme le docteur Kathia Cadinouche, généraliste et régulatrice au Samu, au nom d'un collectif informel de professionnels de terrain". "Nous sommes sur une île, loin de la métropole : quand nos moyens de prise en charge des cas sévères seront saturés, il n'y aura aucune possibilité de prise en charge alternative", ajoute le conseil départemental de l'ordre des médecins.
           
Face au système hospitalier défaillant des îles voisines, Madagascar, les Comores et même Mayotte, la seule évacuation sanitaire possible devra se faire vers l'Hexagone à 10 heures d'avion. Mayotte aussi s'attend au pire. "Ce n'est pas une vague qu'on attend, c'est un tsunami", alerte le député LR Mansour Kamardine, qui réclame un avion-cargo et le porte-hélicoptère. Le Mistral avec ses 69 lits médicalisés. "Trois fois moins bien équipée que La Réunion par habitant,(...) Mayotte n'est pourvue que de 16 lits de réanimation" pour 256.000 habitants, déplore-t-il, alors que des soignants sont déjà infectés par le virus. "Je crains de m'exposer et d'exposer mes patients", avoue Saïndou Allaoui, président du Syndicat national des infirmiers libéraux. "Tout le monde a peur, on n'est pas équipés, on n'a pas les moyens nécessaires".
           
Ousseni  Balahachi, secrétaire général de l'UI CFDT Mayotte et infirmier à l'hôpital de Mamoudzou, appelle à un "droit de retrait" du personnel hospitalier. "En temps normal, on n'est pas assez, on n'arrive pas à s'occuper de la population. Si tout le monde est contaminé, l'hôpital va fonctionner comment ?", demande-t-il, regrettant que "le matériel arrive au compte-goutte".
 

Les Antilles-Guyane

La Martinique et La Guadeloupe, aux populations majoritairement âgées, déplorent chacune leur premier mort du Covid-19. La Guadeloupe, compte pour l'heure 94 cas avérés, dont 7 en réanimation et dispose d'une grosse cinquantaine de lits de réanimation.

"On attend une vague, c'est sûr, mais on ne sait pas de quelle hauteur", explique le professeur Michel Carles, chef de service de réanimation du CHU de Guadeloupe, lui-même testé positif, avec le directeur général du CHU. Pour Delphine Roux, infirmière libérale à Sainte-Anne, "l'anxiété monte. (...). Nous n'avons plus de masque FF2P, plus de surblouses, (...) J'ai mis en place un rituel plus rigoureux que d'habitude quand je rentre chez moi : je désinfecte ma voiture, je me douche immédiatement, je demande à mes enfants de ne pas me toucher, etc..."
           
En Martinique, où 57 cas sont enregistrés, "la situation sanitaire était déjà tendue avant l'arrivée du Covid -19, ce qui la rend d'autant plus démunie face à la prise en charge des cas graves", car "le nombre de lits en soin de réanimation est bien inférieur à la moyenne nationale", affirme un collectif du personnel hospitalier. Plusieurs médecins réclament la venue de médecins cubains.
           
La Guyane, qui compte actuellement 27 cas, dispose elle, de 11 à 13 lits de réanimation à l'hôpital de Cayenne, selon le syndicat UTG santé, le double, selon des sources hospitalières, pour 290.000 habitants. De plus, il a "une pénurie chronique de professionnels de santé", témoigne une soignante, sous anonymat. "Nombreux médecins spécialistes exercent sur le territoire par un système de vacations. Insuffisants en temps normal, nous déplorons leur désistement pour les semaines à venir".
           
(Les bilans donnés dans cet article datent de mardi soir. Ils étaient les plus récents disponibles au moment de la publication.)