Coronavirus : "un afflux sans précédent" et des équipes fatiguées au CHU de Guadeloupe

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CHU Guadeloupe
Photo d'avril 2020 au moment de la première vague de patients au CHU de Guadeloupe. ©Cedrick Isham CALVADOS / AFP
La deuxième vague a commencé début août dans l'île placée mercredi en "zone d'alerte maximale".  En 24 heures, huit patients sont arrivés en réanimation au CHU. Au total, 101 personnes étaient hospitalisées mercredi pour des symptômes plus ou moins graves du coronavirus.
Le brancard passe dans le couloir, poussé par des soignants couverts de protections. "Cette dame arrive directement des urgences", murmure le docteur Marc Valette, chef du service de réanimation du CHU de Guadeloupe. Elle est la première patiente du 4e secteur de "réanimation covid" qui a ouvert dans l'hôpital mercredi. "C'est un afflux sans précédent", assure le docteur Bruno Jarrige, responsable de la cellule de crise Covid du CHU, qui a déjà 36 lits covid ouverts et qui en arme une dizaine d'autres.
 

Quatre secteurs d'accueil des cas graves

D'abord, c'est l'unité classique de réanimation et ses 22 lits qui s'est remplie avec des malades du coronavirus et les autres. "Les malades de réanimation non Covid sont orientés en général vers les autres établissements de santé du territoire, (...) mais il y a des actes qui ne se pratiquent qu'au CHU, comme la dialyse. Nous sommes donc obligés d'avoir une unité non Covid (10 lits)", précise Marc Valette.
    
Trois secteurs d'accueil des cas graves de Covid-19 sont déjà en service, dont un ancien réfectoire, déjà affecté au même usage lors de la première vague. "On l'appelle le self", indique Marc Valette en poussant la porte. Les appareils bipent, des radios de poumons infectés sont affichées, les soignants s'activent. "Il faut lui relever la tête", entend-on.
    
"Nous ouvrons ce mercredi un 4e secteur, dans une ancienne salle de réveil, nettoyée après l'incendie (qui a ravagé le CHU, ndlr) il y a trois ans", indique le médecin. Les lits sont faits, le matériel prêt à être branché. 
 

L'âge médian de nos patients c'est 55 ans, martèle le médecin. Nous avons des jeunes en réanimation : ils ont des enfants, des métiers, il faut perdre de vue que seules les personnes âgées sont touchées.

Marc Valette, chef du service de réanimation du CHU de Guadeloupe


Ces malades, précise-t-il, sont souvent atteints de comorbidités : surpoids importants, diabète, de vrais fléaux aux Antilles.
CHU Gudeloupe
Un patient au chu de Guadeloupe en avril pendant la première vague. ©Cedrick Isham CALVADOS / AFP

 

Equipes fatiguées

Mercredi matin, à l'entrée du quatrième secteur, il y avait une salle d'attente. L'après-midi, elle est devenue un nouveau lieu d'accueil pour futurs malades. "Nous devons toujours avoir un coup d'avance", résume Gérard Cotellon, le directeur du CHU. Cette zone sera le secteur 5. 
CHU Guadeloupe
©CEDRICK ISHAM CALVADOS / AFP

Grégoire Losbar, un logisticien, déballe des cartons de matériel. "Je suis retraité, mais ils m'ont rappelé", sourit-il. Car le problème du CHU, désormais, c'est le manque de personnel.
    
"Nous avons fait appel aux étudiants, aux retraités de la réanimation, à la réserve sanitaire de Santé Publique France, mais aussi à l'armée qui nous envoie des renforts et du matériel dès vendredi", explique Céline Mongis, cadre de santé en réanimation. "Les équipes sont fatiguées, font beaucoup d'heures supplémentaires. L'arrivée des médecins militaires relâchera un peu la pression", estime-t-elle. 
29 personnels soignants du Service de santé des armées et 8 militaires du régiment médical de l'armée de Terre vont être déployés, a confirmé le ministère des Armées.
    

Visites restreintes mais autorisées

Après la première vague qui avait fait une quinzaine de décès, le CHU a accueilli des patients Covid de Guyane, puis de l'île de Saint-Martin. "Nous n'avons pas eu de pause entre tout ça et cette vague qui déferle", souligne Marc Valette.

L'hôpital maintient un droit de visite, bien que très restreint, dans tous les services. "Priver les familles de contacts, c'est insupportable pour elles, d'autant que le risque de contamination est élevé partout." Alors, un par un, après autorisation par la cadre de service, les proches peuvent entrer dans la zone de réanimation, un peu craintifs. 
    
Trois agents du CHU discutent dans le couloir. La panique qu'on lisait en mars et avril sur tous les visages a disparu. "On est un peu moins dans l'inconnu", expliquent les médecins. Pourtant, note Marc Valette, "les modélisations qu'on avait, et même celles de la Guyane, ne se vérifient pas. Alors on fait au pragmatisme du moment."
 
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