Covid-19 : impatience, colère, compréhension... le long isolement des Guyanais arrivés dans l'Hexagone

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©Outre-mer la 1ère

Depuis samedi 24 avril, les Guyanais qui arrivent dans l'Hexagone doivent respecter une quarantaine de dix jours suite aux restrictions prises contre la circulation du variant brésilien du Covid-19. Des Guyanais nous racontent leur long isolement, entre colère et compréhension.

"Je me souviendrai de ce voyage, c'est comme si j'avais fait un Cayenne-Nouméa !" Derrière son grand éclat de rire, une pointe d'amertume se fait ressentir chez Henri Magne, en isolement avec son épouse Etiennise dans leur appartement de Villeneuve-le-Roi (94).

"Comme du bétail"

Arrivés dimanche depuis la Guyane, ils ont dû se conformer aux nouvelles restrictions mises en place dès le 24 avril pour les voyageurs : test PCR moins de 36h avant, test antigénique avant et après le décollage et quarantaine de dix jours. "Un parcours du combattant", souffle Henri. Il faut en effet presque trois heures pour contrôler, tester, enregistrer chaque passager à leur arrivée à l'aéroport de Paris-Orly.

 

Alors après presque 24h de voyage contre moitié moins habituellement, dur de ne pas conserver une certaine rancœur. "Je n'ai pas de colère, nous sommes dans une période très difficile et personne n'a de baguette magique pour régler ce problème mondial, confie Etiennise. Mais je trouve qu'il y a eu un manque de considération. Je me suis sentie traitée comme du bétail.

Contrôles à domicile

Etiennise et Henri ont ensuite eu la visite des forces de l'ordre, à peine arrivés chez eux. "C'était la goutte d'eau", lâche Etiennise. Un premier contrôle, comme le prévoit l'arrêté préfectoral qui lui a été remis à l'aéroport. "Quand on revient de Guyane avec le décalage horaire, ça dort sérieusement, ils auraient pu attendre le lendemain", regrette-t-elle. "Ils ont juste toqué à la porte, ajoute son mari, on aurait pu ne pas entendre et ils auraient dit que nous n'étions pas là... c'est 1500 euros d'amende par personne !"

Armelle Chrétien, arrivée samedi, s'est elle sentie comme "en sursis ou en permission". Trois heures après avoir enfin posé ses valises chez son frère, à Saint-Denis (93), la police toque à sa porte... devant ses voisins, interloqués. De quoi l'agacer et lui donner envie de transmettre un message aux membres du gouvernement : "Nous ne sommes pas des cobayes ! Nous sommes Français. J'aimerais que les mesures prises à Bordeaux, Paris, soient pareilles pour les Guyanais."

Des policiers armés 

Un sentiment partagé par une autre Guyanaise arrivée elle aussi ce week-end et qui souhaite rester anonyme. "Très choquée", elle raconte avoir "été un peu surprise de voir des gens armés jusqu'aux dents." Après avoir reçu deux appels de la police alors qu'elle n'avait pas encore quitté l'aéroport, son premier contrôle a lieu lundi matin, réalisé par deux policiers. "Ils étaient de chaque côté de la porte, avec gilet pare-balles, l'habit vraiment GIGN pratiquement. Dont un qui avait son arme contre son épaule, le doigt au niveau de la gâchette."

C'est très excessif parce qu'on n'est pas là pour s'amuser. Pour venir voir si nous sommes confinés chez nous, j'estime que c'est un contrôle administratif. Et on n'est pas obligés de venir habillés comme si on allait arrêter des fugitifs ou des bandits.

 

Occuper le quotidien

Passées les mésaventures des contrôles à Orly et à domicile, il reste à trouver de quoi occuper le quotidien pendant ces dix jours d'isolement. "Je me dis que 10 jours ça va être long", raconte Maria Dolorès Chevalier, débarquée samedi et installée en Normandie.

Maria Dolorès Chevalier
©Maria Dolorès Chevalier


"J'ai la chance d'être dans une maison donc je pense plutôt aux personnes isolées dans une chambre d'hôtel ou dans un appartement." Jusqu'au 4 mai, elle s'occupera avec du jardinage, du ménage, et peut-être une virée à la mer toute proche lors des deux heures de sortie quotidiennes autorisées. 

C'est un temps qui correspond à la période d'incubation du Covid donc je pense que c'est un mal nécessaire pour ne pas contaminer les autres, c'est une mesure de précaution. C'est peut-être pas évident mais je préfère ça que de contaminer mes proches ou d'autres personnes.

Maria Dolorès Chevalier

 

Etiennise Magne relativise, elle aussi : "On va se mettre dans les papiers, on avisera et puis il y a Netflix on ne va pas s'ennuyer."