Disparition des coraux : les Outre-mer entre espoirs et inquiétudes

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Cas de blanchissement de coraux observé à La Réunion
Cas de blanchissement de coraux observé à La Réunion ©Mathilde Facon
C’est un rapport inédit, le "Status of Coral Reefs of the World : 2020" qui a été rendu public mardi. C'est la plus grande analyse jamais réalisée sur l’état de santé des récifs coralliens. Certains territoires d'Outre-mer sont en première ligne face aux changements constatés par les scientifiques.

Si beaux et, en même temps, si fragiles. Les récifs coralliens ne couvrent que 0,2 % du plancher océanique. Cette toute petite surface abrite au moins un quart de l’ensemble des espèces marines. C’est pour cela que les conclusions rendues par le rapport sont inquiétantes. En moins d’une décennie, entre 2009 et 2018, 14 % des coraux dans le monde ont disparus, selon le Réseau mondial de surveillance des récifs coralliens (GCRMN). En surface, cela fait 11 700 km2, ce qui équivaut à la taille de l’Île-de-France et représente plus que tout le corail vivant d’Australie. Un chiffre inquiétant, mais avec une répartition inégale dans le monde.

Ce rapport - le premier depuis 13 ans - sur l’état des récifs coralliens mondiaux ces 40 dernières années, est le travail de plus de 300 spécialistes issus de la communauté scientifique mondiale. Pour arriver à cette analyse, 40 ans ont été nécessaires, avec des études dans 73 pays et sur 12 000 sites. Au-delà de l'importante baisse du nombre de coraux, certaines régions ont des résultats encourageants qui permettent d’espérer de recouvrer les récifs perdus.

La Polynésie particulièrement touchée

Dans le Pacifique, l’étude de la couverture de coraux montre une hétérogénéité selon les régions dans l’exposition aux perturbations et à la récupération qui suit. La Nouvelle-Calédonie voit ainsi son récif corallien resté stable dans l’ensemble, malgré une hausse de la couverture algueuse. En revanche, la Polynésie française a connu une tendance contraire.

Ces archipels français du Pacifique ont vu leur couverture de coraux durs augmenter jusqu’en 2010, après quoi le déclin est "substantiel" selon le rapport. Une décennie noire pour les récifs coralliens de la région. Surtout, les scientifiques ont un haut degré de confiance (à 93 %) quant au déclin sur le long terme de la couverture de coraux durs du territoire. Et si ce déclin a semblé s’accélérer au cours des cinq dernières années, l’exemple des récifs de Moorea laisse un espoir puisqu’après le cyclone Oli - qui a détruit presque tous les coraux - ces derniers sont à un niveau proche d’avant la perturbation.

Une situation plus stable dans les autres territoires

Dans la partie ouest de Océan Indien, la situation est aussi hétérogène que dans le Pacifique. Ainsi, les récifs coralliens dans la zone de La Réunion montrent un déclin léger mais constant depuis le début des années 2000. Un déclin qui va de pair avec l’augmentation de la couverture algueuse, très importante depuis 2015. En revanche, sur la côte Est du continent africain, les récifs coralliens sont en augmentation.

Entre ces deux situations se trouve Mayotte. En effet le101e département français, situé dans le Canal du Mozambique, se trouve dans un secteur qui connaît une situation relativement stable. Après une forte hausse de la couverture de coraux entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, la baisse est légère. Mieux, la couverture algueuse s’est effondrée peu avant 2000 et ne remonte pas dans l’ensemble.

Dans l'Atlantique, la région des Caraïbes - qui comprend les Antilles - ainsi que les côtes du Brésil sont une exception : les scientifiques ont constaté une augmentation moyenne de coraux durs de 1,6 % depuis 2005. Mais la couverture algueuse de la zone a augmenté de pair avec les coraux.

Les causes du déclin

C’est donc une situation contrastée qui règne dans les territoires ultramarins, et au-delà dans le monde. Néanmoins, les causes de ce déclin général sont connues. En premier lieu, il y a le réchauffement climatique, les récifs coralliens étant très vulnérables aux pics de chaleurs. En 1998, cela a provoqué un blanchiment massif des récifs et a tué 8 % du corail mondial. Il a fallu dix ans pour que ceux-ci se régénèrent.

Seulement, avec la répétition des épisodes de réchauffement de la température des eaux, les récifs n’auront pas le temps de se reconstituer. A terme, le GIEC estime qu’avec une augmentation de la température globale de 1,5 degrés, 70 à 90 % des récifs coralliens disparaitront. En cas de hausse de deux degrés, ils auront virtuellement tous disparu. Associé à la sédimentation des sols, à la surpêche et aux pollutions marines, les récifs coralliens sont en grand danger à travers le monde et, donc, dans les Outre-mer.

Des raisons d’espérer

Les bonnes nouvelles existent. Tout d’abord, les récifs du Triangle de corail dans l’Est asiatique (qui représentent plus de 30 % des récifs mondiaux), ont plus de corail aujourd’hui qu’en 1983, date des premières données sur ce secteur. Et puis les récifs peuvent se régénérer, à condition qu'ils aient du temps entre deux épisodes de perturbations. L’exemple des récifs de Moorea montre que c'est tout à fait possible. D'autres situés au large du Kenya et de la Tanzanie se montrent particulièrement résilients aux changements climatiques, un espoir pour les scientifiques.