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Documentaire : "Inna de Yard", une ode aux légendes oubliées du reggae jamaïcain

Actuellement dans les salles, le documentaire "Inna de Yard", du réalisateur britannique Peter Webber, va à la rencontre de figures emblématiques du reggae dans les années 70, et brosse en filigrane un tableau de la société jamaïcaine. 

De gauche à droite, les musiciens Winston McAnuff, Kiddus I et Cedric Myton. © Audoin Desforges
© Audoin Desforges De gauche à droite, les musiciens Winston McAnuff, Kiddus I et Cedric Myton.
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
"Inna de Yard" signifie "dans l’arrière-cour" en créole jamaïcain. Beaucoup de choses s’y passent. On y discute notamment entre amis, fume des joints, cuisine, et organise des répétitions en prévision d’enregistrements sur place. C’est dans ce cadre qu’est né le projet musical "Inna de Yard", initié par des légendes du reggae, sur les hauteurs de Kingston, la capitale de la Jamaïque. De ce projet, des répétitions jusqu’à la tournée internationale dont le Trianon à Paris, le cinéaste britannique Peter Webber en a fait un passionnant documentaire.

Le Londonien, amoureux de reggae depuis son adolescence, est loin d’être un inconnu. Il a réalisé entre autres "La Jeune fille à la perle" avec Scarlett Johansson et Colin Firth, "Hannibal Lecter, les origines du mal", ainsi que de nombreux documentaires à succès. Cette fois, sa caméra s’attache aux destins croisés de ces musiciens jamaïcains, légendes vivantes dans leur pays dans les années 70, tombés progressivement dans l’oubli.
 

Années de gloire

Tous ont côtoyé les plus grands comme Bob Marley, Peter Tosh et Jimmy Cliff, et ont eux-mêmes connus leurs années de gloire. Ce sont Ken Boothe, Winston McAnuff, Kiddus I, Cedric Myton, Horace Andy, The Viceroys et Judy Mowatt (qui fut la choriste de Bob Marley). Dans le film, les musiciens reviennent sur leur parcours, parfois avec émotion, comme quand le crooner Ken Boothe évoque son ancienne addiction à la drogue ou lorsque Winston McAnuff parle du meurtre de son fils.
Inna de Yard
 
"Certains pays ont des diamants, d’autres des perles, nous nous avons le reggae", dit un musicien au réalisateur. Le reggae qui, rappelons-le, figure au Patrimoine mondial immatériel de l’humanité de l’Unesco. Avec des archives tirées des années 60 et 70, de magnifiques prises de vue de la Jamaïque actuelle avec les artistes pour guides, le documentaire évoque non seulement l’histoire de cette musique mais également sa dimension socio-politique. Unanimes, les musiciens témoignent du reggae comme musique de conscientisation, de revendication et de libération.
 

Marronnage et rastafarisme

Le cinéaste, avec les musiciens, effleurent au passage les problématiques spécifiques à la Jamaïque : la violence politique, la pauvreté endémique de certaines zones, l’histoire de l’esclavage, du marronnage et du rastafarisme. Mais le film manifeste aussi une gestuelle d’amour et de bienveillance quand les protagonistes parlent de leurs conjoints ou enfants et partagent leurs solides amitiés devant la caméra. A voir et pas seulement pour les nostalgiques des années 70 !
("Inna de Yard" c’est aussi un album du même nom sorti cette année chez Chapter Two/Wagram, après le succès en 2017 de "The Soul of Jamaica" [Chapter Two/Wagram] du même groupe. Les deux opus sont disponibles en CD et sur les plateformes légales de téléchargement).
Kiddus I, "If You Love Me"

 

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