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"Filatures" : la Guadeloupéenne Marie-Claude Pernelle signe un nouveau roman historique

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Marie-Claude Pernelle
Marie-Claude Pernelle ©DR
Autour de la figure de l’homme politique et écrivain guadeloupéen Albert Béville (1915-1962), alias Paul Niger pour son nom de plume, Marie-Claude Pernelle effectue une immersion documentée dans l’histoire de la décolonisation et des mouvements littéraires de l’époque. Interview.
Responsable culturelle de la ville du Moule en Guadeloupe, Marie-Claude Pernelle est également écrivaine à ses heures. Elle a publié son premier roman, « Emprises de conscience » (Ibis Rouge Editions), en 2005, qui traitait du Paris de l’entre-deux guerres et du mouvement de la négritude. Son deuxième ouvrage, « Filatures », chez le même éditeur, revient de nouveau sur cette période.
L’auteur raconte l’histoire de Nancy, agent secret opérant pour un réseau clandestin anticommuniste qui traque plus particulièrement l’homme politique et écrivain guadeloupéen Albert Béville, qui a réellement existé, connu également sous le pseudonyme de Paul Niger. Au fil de son histoire, Marie-Claude Pernelle nous plonge dans les mouvements politiques, littéraires et artistiques de l’époque, où l’on évoque et croise de grandes figures emblématiques comme Alioune Diop de la revue Présence africaine, les sœurs Nardal, Aimé Césaire, les écrivains afro-américains Richard Wright et James Baldwin, Léopold Sédar Senghor, Jean-Paul Sartre, etc. Entretien avec l’auteur.
 
Votre roman est un cheminement historique et littéraire dans la période de la décolonisation. Qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur cette époque ?
Marie-Claude Pernelle : Je suis passionnée par l'histoire dans ce qu'elle nous raconte de nous-mêmes. Je suis souvent surprise de saisir la différence entre les schémas idéologiques des faits et des personnages historiques et ce que nous révèlent réellement les témoignages de l'époque. On découvre comment la vie et les choix ne sont pas prédéterminés, les étapes par lesquelles passent les individus pour arriver à construire un projet ou une oeuvre.  Ce qui est important est de voir les interactions entre les personnalités célèbres et leur milieu, les appuis ou les oppositions qui ont fait d'eux ce qu'ils sont devenus.
Mon premier roman, "Emprises de conscience" chez Ibis Rouge était déjà un roman d'inspiration historique autour de l'entre-deux guerres et l'exposition coloniale de 1931. Aujourd'hui, je poursuis dans un univers plus contemporain, celui de la décolonisation. Personnellement, j'ai appris énormément de choses que je n'avais jamais abordées dans les livres scolaires, où tout est simplifié alors que c'est relativement complexe.
 
Vous vous intéressez plus particulièrement à la figure de l’homme politique et écrivain guadeloupéen Albert Béville, plus connu sous son nom de plume Paul Niger. Pourquoi ce choix ?
Albert Béville dit Paul Niger a une vie assez symptomatique et révélatrice de l'époque. On part de la colonisation en Afrique, de la seconde guerre mondiale, de la commémoration des 100 ans de l'esclavage, de la départementalisation de 1946 de l'Outre-mer puisqu'il était au ministère et qu'il a fait l'école coloniale, des étapes de la décolonisation puisqu'il était administrateur en Afrique puis membre du RDA (Rassemblement Démocratique Africain), des mouvements d'autonomie de la Guadeloupe et des premiers mouvements fédéralistes avec le Front Antillo-Guyanais, et pour finir par sa mort dans le crash de Deshaies en 1962. Il a fréquenté ou croisé toutes les personnalités de l'époque : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Edouard Glissant, Frantz Fanon, Gaston Monnerville, Richard Wright, James Baldwin, Alioune Diop, Cheikh Anta Diop, Rosan Girard, Jacques Stephen Alexis, Jean-Price Mars, Gabriel Lisette, Eugénie Tell Eboué, Gerty Archimède etc...
J'ai créé Nancy, totalement anti-communiste, obnubilée par Albert Béville, apprentie agent secret dans un réseau confidentiel. Cela me permettait de plonger dans les questions de la décolonisation des années 50 et 60, prise au piège dans la guerre froide entre communistes et capitalistes, entre l'URSS et les Etats Unis où chacun devait choisir son camp avec des conséquences importantes. J'aime aussi mettre en relief des hommes du passé qui ne méritent pas notre oubli. Après le formidable travail de Romuald Selbonne dans un essai biographique, j'ai pu imaginer le contexte, tenter de revivre cette époque comme on l'appréhende dans la vraie vie, avec des évènements qui traversent l'existence de manière éparse qui ne se comprennent dans leur globalité qu'à la fin, comme un puzzle.
 
Ce livre est visiblement le fruit de très nombreuses recherches. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’éventail historique que vous avez exploré ?  
J'ai constitué en effet une bibliothèque spécialisée en allant même commander des livres épuisés via Internet et consulter aussi la presse dans les archives départementales. Le plus passionnant reste les biographies où certains détails peuvent être regroupés, où l'on découvre les liens entre les personnalités et les lieux de rencontre. Mais il manque beaucoup de biographies sur de nombreuses personnes.
 
Marie-Claude Pernelle, « Filatures » - Ibis Rouge Editions, 346 pages, 24 euros.
 
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