Glasgow 1880 : l'épopée du nickel de la Nouvelle-Calédonie en Ecosse

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Glasgow nickel
Jennifer Binnie, historienne de l'héritage industriel, montre l'emplacement de l'ancienne usine de la SLN à Glasgow. ©Nordine Bensmail
L’Ecosse s'est bâtie au fil des âges autour de la mer, actrice à part entière de son histoire. Elle possède un patrimoine industriel et maritime exceptionnel qui conte son passé. Ce fut aussi celui des Grands Voiliers du nickel et d’une usine de la SLN à Glasgow.
Glasgow, la capitale économique de l’Ecosse, n’a pas oublié les grands voiliers du nickel qui livraient sur ses quais le minerai de la Nouvelle-Calédonie, le minerai de Thio. En 1880, une usine est même née à quelques kilomètres au nord, à Kirkintilloch, à l'époque c'était une cité minière. L'usine métallurgique associait des calédoniens de la Société Le Nickel (SLN) et des investisseurs écossais. De cette époque il reste une fonderie. Celle d’Archibald Young. Il est l’un des derniers métallurgistes écossais. Il travaille, notamment, pour l’industrie de la Défense et utilise encore du nickel calédonien.
 

"Les principales pièces métalliques produites ici sont toujours en nickel associé à de l’aluminium et à du bronze. Nous créons un alliage à partir de ces trois grands métaux. Le nickel, nous l'utilisons depuis 1880. Une usine a été construite à Kirkintilloch dans la banlieue de Glasgow. Elle appartenait à la Société Le Nickel de la Nouvelle-Calédonie "
Ian Young, président de la fonderie Archibald Young

 
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Tradition maritime. Cloche en cuivre et nickel d'Archibald Young pour un navire de la Royal Navy. ©Alain Jeannin
L’Ecosse est un pays de contes et de légendes. Ses paysages ne sont pas sans rappeler, parfois, la Nouvelle-Calédonie. Le soleil en moins.140 ans plus tard, le nickel du Pacifique Sud garde sa part de mystère. Il façonne encore les souvenirs et la mémoire des hommes. Eté 1902, le trois-mâts Loch Long est un minéralier écossais, un grand voilier du nickel, qui porte le nom d’un lac de mer - Loch maritime - qui borde Glasgow. Le navire et sa cargaison feront naufrage au retour de la Nouvelle-Calédonie, dénommée "tombeau des grands voiliers" par les capitaines au long cours. Le Loch Long, immatriculé à Glasgow, transportait du minerai de nickel qui devait être livré sur les docks de la Clyde. Aujourd’hui, l’ancienne grande ville portuaire est devenue une ville du tertiaire, avec ses jobs de service, ses maisons parfois pimpantes, son vieux centre historique et ses quais sans navires. Disparues les cheminées d’usines, les mines de charbon, les sordides habitations ouvrières. Disparus aussi l’usine de la SLN et les entrepôts de matières premières, mais la tradition de la métallurgie du nickel s’est poursuivie avec la fonderie Archibald Young dont l’histoire familiale est encore reliée à la Nouvelle-Calédonie.
 

"Ma grand-mère paternel me racontait qu’un de ses frères, un Mac Arthur avait quitté Glasgow à bord d'un grand voilier du nickel. Il était parti travailler dans l’industrie minière en Nouvelle-Calédonie. C'était à la fin du XIXe siècle. Et ce lien entre la Nouvelle-Calédonie, l’Ecosse et ma famille c’est toujours le nickel, le métal calédonien"
Ian Young 

 
©la1ere

L’usine calédonienne de Glasgow se trouvait au bord du canal de la Clyde à Kirkintilloch. Ici aussi, les cheminées d’usines et les mines de charbon ont disparu pour laisser place à un paysage bucolique mais silencieux. Seule trace du passé, le nom du lieu, "Nickel Cottage", ça ne s'invente pas.
 

"Le minerai de nickel importé de Nouvelle-Calédonie arrivait de Glasgow par le canal sur des péniches, Le minerai alimentait l’usine métallurgique qui se trouvait derrière cette maison, c’était les bureaux de la direction. C’est important de savoir que le nickel de la Nouvelle-Calédonie a bénéficié à nos métallurgistes et à nos chimistes dont quelques uns ont fait le long voyage vers Nouméa"
Jennifer Binnie, coordinatrice Héritage Industriel de Kirkintilloch


L’Ecosse n’a rien oublié de la Nouvelle-Calédonie. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’historien du nickel, le conservateur du musée des grands voiliers. A la fin du XIXe siècle, Glasgow était la ville la plus importante du pays après Londres, c’était le premier port du Royaume-Uni. Des dizaines de grands voiliers en fer sortis de ses chantiers navals sillonnaient les mers du globe. Ces minéraliers instables rapportaient du cuivre d’Afrique et du nickel de la Nouvelle-Calédonie pour la sidérurgie du Royaume-Uni, qui était encore la première au monde.
 

"Les grands voiliers du nickel transportaient leur cargaison de minerai de Nouvelle-Calédonie jusqu’ici dans le port de Glasgow. Le nickel était essentiel à la sidérurgie du Royaume-Uni. Un des navires les plus fameux, le France 2, était le plus grand navire à voile jamais construit et uniquement pour transporter à Glasgow le nickel des mines de Thio en Nouvelle-Calédonie. Le minerai était stocké sur les quais. Là où se trouve aujourd'hui l'immeuble de la BBC c’était à l'époque, de 1880 à 1920, l’entrepôt du nickel calédonien"
Franck Brown, conservateur du musée des Grands Voiliers (Tall Ship) Glasgow


Et l’épopée du nickel n’est pas finie. On le retrouve dans les filins d’acier gris métal du plus grand pont du Royaume-Uni à Edimbourg, le Queensferry Crossing. Du nickel calédonien, du nickel de la SLN a été utilisé. L'alliage calédonien fait briller d'une luminance unique les haubans en acier inoxydable livrés par l'industriel espagnol Acerinox.
Clin d'oeil de l'Histoire, la ville de naissance de James Cook, le navigateur qui a fait connaitre la Nouvelle-Calédonie à l’ancien monde, se trouve un peu plus au Sud, de l’autre côté de l’estuaire du Forth.
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