En Guyane, des villages du Haut-Maroni attendent toujours l'électricité.

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Apagui est un des nombreux campoe implantés le long du fleuve Maroni de la commune de Grand Santi.
Apagui est un des nombreux campoe implantés le long du fleuve Maroni de la commune de Grand Santi. ©FABRICE JUSTE / GUYANE LA1ERE
Des centrales solaires qui tournent à vide et des habitants qui perdent confiance: dans le Haut-Maroni, dans l'ouest de la Guyane, la mise en électrification très attendue des villages amérindiens de l'intérieur connaît des ratés.
Aimawale Opoya est le chef coutumier d'un des cinq villages amérindiens du Haut-Maroni, à plusieurs heures de pirogue et d'avion de Cayenne. Il a grandit à Taluen, à la lumière des lampes à pétrole.
L'homme de 45 ans plaide pour l'électrification. C'est "un souhait des villageois depuis des années. Ils en ont absolument besoin"
 

J'ai l'impression qu'on se moque de nous
 

André Cognat (fondateur du village voisin Antécume Pata)

 

Un projet à 12 millions d'euros

Ce territoire de grande nature où vit un millier d'habitants en relative autonomie regroupe des lieux-dits fluviaux des communautés amérindiennes wayana, teko et apalaï, dans la forêt à 350 kilomètres du littoral. Jamais reliés à un réseau électrique, ces villages sont promis à l'électrification depuis 2009. Le projet d'installation d'une centrale solaire dans chacun des cinq lieux de vie, pour un montant total de plus de 12 millions d'euros, est porté par EDF et la Communauté de communes de l'ouest guyanais. 
 

2 ans de retard, des centrales qui tournent à vide

En 2016, l'inauguration anticipée du dispositif avait eu lieu en présence de Jean-Bernard Lévy, Pdg d'EDF. On n'avait "jamais vu un tel balai d'hélicoptères", s'agace André Cognat, en écho aux deux à quatre heures de pirogue plus une heure d'avion nécessaires pour rejoindre Cayenne. Après deux ans de retard, les centrales ont été mises en service au premier trimestre 2018. Mais depuis, elles tournent à vide car seuls "16 foyers" sur 230 sont reliés, selon EDF. La plupart des bâtiments publics (salles de classe, logements de fonctionnaires...) sont eux connectés.

 

Enjeu économique

Atayu Kuliyaman, le directeur d'une des écoles raconte qu'en juin, l'équipe enseignante avait "mis la pression" au maire de Maripasoula, dont dépendent les villages, pour obtenir le courant. "La veille de la rentrée, on a été raccordés". EDF a "anticipé", "on a tiré tous les câbles" pour aller jusqu'aux foyers, se défend le directeur régional d'EDF. Michel Durand cite un "problème de mise en conformité" des systèmes électriques des habitants, qu'il a fallu d'abord mettre aux normes. Il évoque aussi l'"obstacle financier" que constitue le raccordement pour les "familles" dans un territoire à faibles ressources. Plusieurs d'entre elles disent pourtant avoir payé ou sollicité EDF mais restent dans l'attente. "Certains aimeraient monter un micro-projet de vente de poissons", presse Aikumalé Alemin, élu municipal.
 

Une subvention pour les habitants?

La Collectivité territoriale de Guyane doit se prononcer le 8 octobre sur une subvention à apporter aux habitants. Depuis des décennies, les familles équipent leur carbet (habitat traditionnel amérindien) de petits générateurs. Les dépenses mensuelles sont six fois plus élevées que celles de tout autre citoyen français. Miki, la trentaine, consomme "30 euros
d'essence par jour" pour "la lumière, recharger le téléphone et le congélateur".


 
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