Incendies : en Gironde, les pompiers des Outre-mer sont "fiers de participer à l’effort national"

incendies
Pompiers réunionnais à Roissy
Dix sapeurs-pompiers réunionnais sont arrivés à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle mardi 16 août 2022. ©Jean-Michel Mazerolle
Dix pompiers réunionnais ont atterri mardi dans l’Hexagone. Ils ont retrouvé dix de leurs collègues mahorais arrivés lundi, comme 14 Polynésiens la veille. Tous ont pris la direction de la Gironde pour participer à "l'effort national" et renforcer les équipes locales épuisées par plus d’un mois de lutte contre les incendies.

6h mardi matin à Roissy-Charles de Gaulle. Les portes du terminal 2 s’ouvrent sur une dizaine de pompiers en uniforme. Ils ne travaillent pas à l’aéroport de Paris, mais arrivent tout droit de La Réunion, poussant des charriots chargés de matériel. A peine le pied posé dans l'Hexagone, ils sont aussitôt en mouvement. Direction Fleury-Mérogis. Les sapeurs-pompiers réunionnais sont accueillis puis briefés à l’École départementale d’incendie et de secours de l’Essonne où ils retrouvent dix de leurs collègues mahorais arrivés, eux, lundi soir dans l’Hexagone.   

Les sapeurs-pompiers de l'océan Indien ont pu faire connaissance à l’École départementale d’incendie et de secours de l’Essonne avant de partir pour la Gironde. ©Jean-Michel Mazerolle

Le lieutenant Patrick Clain est le commandant de ce détachement de pompiers de l’océan Indien. Pour ce Réunionnais, "c’est une fierté de prêter main forte à nos collègues métropolitains. On est satisfaits aussi quand ils arrivent chez nous, comme sur les feux du Maïdo en 2010, 2011 et 2020." En novembre 2020, 80 sapeurs-pompiers et militaires de l’Hexagone étaient partis épauler leurs collègues réunionnais pour venir à bout de l’incendie qui ravageait le Maïdo, l'un des sommets de l'île. Exerçant dans le Var, le Gard, les Bouches-du-Rhône ou encore le Vaucluse, ils avaient passé deux semaines sur place pour éteindre les reprises d'un feu qui avaient été fixé par les pompiers réunionnais.

"La grande famille des pompiers"

C’est exactement ce qui est aujourd’hui attendu des 34 Ultramarins en mission dans l’Hexagone. Le Colonel Patrick Vailly, le directeur des sapeurs-pompiers de l’Essonne qui accueille le détachement de l’océan Indien, détaille cette mission aux nouveaux arrivants : "Même si les conditions météo se sont améliorées sur le plan de l’opération et du feu qui a été annoncé fixé, il y a malgré tout un travail de préparation de terrains, de noyage de lisière, de grattage." Ils vont pouvoir ainsi "participer à l'effort national" en soulageant les soldats du feu locaux, épuisés par presque un mois et demi de combat contre les flammes. "D’habitude, ce sont les collègues métropolitains qui viennent nous aider, explique le lieutenant Maoulida Abdou de Mayotte. On a eu cette chance de venir ici en appui, donc c’est un vrai plaisir pour moi et surtout pour mon équipe." 

Ils sont vraiment déterminés. Ils ont l’habitude de voir des pompiers de métropole venir en renfort chez eux, sur des cyclones, sur des inondations ou même à La Réunion, sur des feux de forêts. Là, venir en renfort en Gironde aider les pompiers de la métropole, pour eux, c’est une grande satisfaction et c’est un retour de la solidarité des sapeurs-pompiers.

Colonel Patrick Vailly

directeur sapeurs-pompiers de l’Essonne

Pompiers Mayotte et La Réunion
Les sapeurs-pompiers de Mayotte et de La Réunion ont été accueillis par des collègues de l'Essonne avant leur départ pour la Gironde. ©Jean-Michel Mazerolle

À 9h, ce mardi, les soldats du feu de l'océan Indien ont pris la route du domaine d’Hostens, dans le sud du département de la Gironde, où ils retrouveront 14 collègues arrivés dimanche de Polynésie. Là-bas, ils seront dispatchés vers les différentes zones où les besoins se font sentir. La préfecture a annoncé lundi que le feu était fixé, mais pas éteint, le département en vigilance rouge pour le risque de feux de forêt. Malgré la pluie, les secours craignent des reprises et une propagation de l’incendie en sous-sol. "Ils sont habitués à ces conditions, poursuit le Colonel Vailly. Ils sauront s’adapter à la mission sur place. Ils ne sont pas habitués aux feux de forêt mais ils sont habitués aux feux de brousse et les feux de brousse et feux de tourbe, ça passe en sous-sol. Ils seront dans leurs conditions opérationnelles habituelles."   

"Préparés à tout"

Si les incendies de Gironde sont fixés, le travail est loin d'être terminé. Il faut prévenir les potentielles reprises de feu et peut-être faire face aux conséquences de la pluie qui s'abat sur un sol très secs : "On est préparés à tout, on vient pour une mission, on est pompiers avant tout, affirme le lieutenant Maoulida Abdou. Le pompier va sur tous les fronts. On est prêt à affronter ce qui se présentera à nous. On est briefés à tout. Les missions de pompier, c’est de porter secours et de faire en sorte que la population soit dans des bonnes conditions de vivre." 

"Chez nous, on vit des feux de forêt mais ça n’a rien à voir avec ce qui se passe en métropole. Donc c'est une vraie expérience au niveau de ma carrière." La caporale Salima Toybou, sapeur-pompier à Mayotte, est l'une des deux femmes de la mission. Elle compte, elle aussi, gagner en expérience, mais elle aimerait aussi faire ses preuves pour ouvrir la voie à d'autres femmes mahoraises : "On dit que c’est un métier d’homme, mais je ne connais aucun métier facile. Si moi aujourd’hui, je suis là, je pense que toutes les femmes peuvent être utiles. Il suffit juste d’avoir le courage et de vouloir faire ce qu’on aime."

"Ensemble, on est plus forts"

S'ils vont beaucoup donner pendant deux semaines, les sapeurs-pompiers ultramarins comptent aussi ramener avec eux quelque chose de cette mission un peu spéciale. "C’est une richesse, confie le lieutenant Maoulida Abdou, commandant-adjoint du détachement de l'océan Indien. Tout seul, on ne peut pas être fort. Ensemble, on est plus forts. Avoir des personnes qui viennent d’autres horizons, c’est aussi une richesse pour nous. C’est le partage, le pompier est aussi là pour partager pour voir comment les autres travaillent. On est prêts à travailler avec tout le monde." Et ça tombe bien, car outre les pompiers hexagonaux, ils vont collaborer avec des soldats du feu venus en renfort de plusieurs pays européens. 

"Ils viennent chercher de l’expérience, de l’expertise opérationnelle, de l’organisation, voir un peu comment ce méga-feu était sectorisé, comment la réponse organisationnelle a été mise ne place sur le terrain. Et ça leur permettra, une fois de retour chez eux, de capitaliser sur cette expérience", abonde le colonel Vailly. Pour mener à bien cette mission, ils pourront compter sur le soutien de la lieutenant Sylvie Mulot arrivée avec l'équipe réunionnaise mardi matin. Infirmière, elle est là pour apporter "un soutien sanitaire" à l'équipe : "Je vais prendre soin de mon équipe et de toute la délégation de Mayotte : parer à tout ce qui est bobologie, les petites plaies, conseiller en matière d’hygiène, de sécurité, le temps de repos, l’hydratation… Je vais veiller à ce qu’ils aillent bien et qu’on retourne à La Réunion en forme !"

Pompiers de l'océan Indien
Le lieutenant Sylvie Mulot et les sapeurs-pompiers de l'océan Indien ont quitté l'Essonne en bus mardi matin pour rejoindre la Gironde. ©Jean-Michel Mazerolle

Regardez le reportage de Jean-Michel Mazerolle et Emmanuel Morel à l'arrivée des sapeurs-pompiers de l'océan Indien dans l'Hexagone : 

Ce mardi, une équipe de France 2 a suivi les sapeurs-pompiers polynésiens pour leur première journée sur le terrain en Gironde :