"J'ai trouvé les prix abordables" : à Orly, les voyageurs relativisent la hausse du coût des billets vers les Outre-mer

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Aéroport Orly
Hall d'enregistrement pour les vols Air France en direction des Outre-mer à l'aéroport d'Orly, le 26 avril 2022. ©Quentin Menu
Après la chute observée pendant la crise sanitaire, les tarifs ont augmenté de 13,5 % en moyenne pour les vols reliant l'Hexagone aux Outre-mer en un an. Reportage avec des Antillais, qui revolent parfois pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19.

"Nous indiquons aux passagers du vol Corsair en direction de Fort-de-France que l'enregistrement des bagages va fermer dans cinq minutes." La voix de l'hôtesse résonne dans le terminal 4 de l'aéroport d'Orly. Les retardataires se pressent. Il ne faudrait pas louper l'avion. Un vieil homme, marinière sur le dos, masque chirurgical sous le nez, se précipite vers le hall d'embarquement. Il se précipite tellement qu'il n'a pas le temps de donner son nom. Le Breton a une maison en Martinique. Il y va régulièrement depuis 30 ans. L'homme soupire lorsqu'on évoque le prix du billet d'avion. "Pas plus cher que d'habitude", lance-t-il. Même s'il a dû rajouter une centaine d'euros pour son prochain voyage déjà prévu pour le mois de juillet.

La plupart des voyageurs à destination de Fort-de-France rencontrés ce jour-là indiquent avoir payé 500 euros en moyenne pour le vol de 14 heures. "Ça a un peu augmenté je trouve", admet Manuel Solitude, un Martiniquais de 36 ans qui travaille dans la restauration dans la Sarthe. Il rejoint sa famille pour les vacances.

Hausse généralisée des prix

Depuis le début de l'année, pourtant, le prix des billets d'avion ne cesse d'augmenter. Selon les chiffres publiés par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) le 15 avril, les vols au départ de l'Hexagone étaient 5,5 % plus chers en mars 2022 qu'ils ne l'étaient en mars 2021. Pour les vols entre la France métropolitaine et les Outre-mer, les prix ont augmenté de 13,5 %.


"Là, je me dis qu'il faut économiser un peu plus pour partir
, sourit Manuel Solitude. Il faut faire un peu plus de sacrifices, on va dire." Mais l'homme est un cas à part parmi les passagers du vol Corsair. M. et Mme Alma, qui s'apprêtent à remettre leur caddie en place, ne trouvent pas que les prix des billets soient devenus déraisonnables. Ils ont payé 1000 euros à eux deux. Ils viennent de passer deux semaines à Paris. "Vous savez, ça fait longtemps qu'on prépare ce voyage, on a eu le temps d'anticiper les billets d'avion !", lance le mari, caché derrière ses lunettes de soleil.

Aéroport Orly
Des passagers attendent avant de s'enregistrer pour un vol Corsair en direction de la Martinique, le 26 avril 2022, à l'aéroport d'Orly. ©Quentin Menu

Retour aux prix d'avant la crise sanitaire

Les prix ont beau avoir augmenté, ce sont surtout ceux qui voyagent régulièrement entre l'Hexagone et les territoires ultramarins qui le ressentent le plus sur leur budget. À Orly, la plupart des voyageurs rencontrés reprennent l'avion pour la première fois depuis le début de la pandémie. Or, avant la crise sanitaire, les billets étaient plus chers. Selon Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners, "la hausse que l'on constate entre 2021 et 2022 ne fait que compenser la chute du prix du billet d'avion entre 2019 et le cœur de la crise sanitaire".

Claudine, 54 ans, qui va retrouver le soleil martiniquais pendant deux semaines, l'a d'ailleurs remarqué : "J'ai trouvé que le prix était abordable (...) Avant le Covid, on payait un peu plus cher à cette période-là." En tout, elle a dépensé 450 euros. "Mais attention, tient-elle à relativiser. C'est sans bagages inclus ! Il faut rajouter entre 40 et 50 euros lors de la réservation pour avoir un bagage en soute. Si on veut ajouter un bagage après avoir réservé, c'est 80 euros l'aller, et 80 euros le retour. Ça fait 160 euros de plus." Auparavant, Claudine payait le même prix, bagages inclus.

S'envoler vers les Outre-mer reste coûteux. D'ailleurs, même si la hausse des billets vient compenser la baisse liée au Covid, celle-ci est plus marquée pour les vols en direction des territoires ultramarins que vers les autres destinations. "Cette hausse est particulièrement liée à l'enrichissement du kérosène depuis la reprise économique vigoureuse de l'année dernière. Et surtout depuis la crise ukrainienne", expose Arnaud Aymé.

Les vols long-courrier sont beaucoup plus impactés par la hausse du prix du kérosène (...) Pour un vol long-courrier, le kérosène représente jusqu'à 50 % des coûts, alors que pour un court-courrier, un vol en métropole, c'est seulement 25 % du coût.

Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners

Résultat : l'impact est plus fort pour les vols à destination des Outre-mer. L'inverse est aussi vrai : les prix ont augmenté de 29,6 % sur un an pour les vols depuis La Réunion, de 11,4 % depuis la Guyane, 8,9 % depuis la Guadeloupe et 7,5 % depuis la Martinique. "J'ai payé 500 euros et quelques. Je n'ai pas trouvé ce prix plus cher que d'habitude (...) En revanche, le mois dernier, quand je suis revenue dans l'Hexagone, j'ai dû payer 1.000 euros pour un billet", raconte Bouboune Shaïna, une Guadeloupéenne de 34 ans qui fait régulièrement le déplacement entre Pointe-à-Pitre et Paris. Elle vient de déposer ses valises au stand d'enregistrement d'Air France. Son vol doit décoller à 16h10. "Maintenant, on cherche des billets en avance, des promos, on réduit le budget le plus possible... Au lieu de prendre son billet un mois en avance, on le prend six mois à l'avance", reconnaît-elle en rigolant, avant de se diriger lentement vers le hall d'embarquement.