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Jacques Chirac : une relation particulière avec l'outre-mer

Président de la République
Entre Jacques Chirac et les Outre-mer, c'était une histoire d'amour, avec la promesse d'égalité des chances en 1995, mais aussi parsemée de crises violentes : assaut sur la grotte d'Ouvéa en 1988, ou encore reprise des essais nucléaires en Polynésie en 1995.
Jacques Chirac et l’outre-mer, c’était une histoire d’amour. "En fait, c’est le seul homme politique qui aime l’outre-mer", disait le député centriste Jean-Paul Virapoullé en mars 1996, lors d’un déplacement présidentiel à La Réunion. Jacques Chirac avait placé sa campagne présidentielle victorieuse sous le signe de la fracture sociale et cette préoccupation ne concernait pas uniquement l’Hexagone. En fin d’année 1994, lorsqu’il était au plus bas dans les sondages, il s’était rendu sur l’île de La Réunion pour roder son discours social. C’est lors de ce déplacement qu’il avait prononcé cette déclaration d’amour si imagée dont il avait fait sa marque de fabrique et qui lui attirait la sympathie :
 

L’outre-mer français, c’est comme une femme, il faut l’aimer. Et, quand on l’aime, on ne peut rien lui refuser.
- Jacques Chirac en 1994 à La Réunion

 

"Réussir le pari de l'égalité sociale"

Durant la campagne présidentielle de 1995, Jacques Chirac avait promis "l’égalité sociale" entre les départements d’outre-mer et la métropole. Chose promise, dès le 1er janvier 1996, le salaire minimum et les prestations sociales et familiales versées dans les DOM sont alignées sur la métropole.

Puis en février 1996, son Premier ministre, Alain Juppé, avait proposé un Pacte pour les DOM, 50 ans après la départementalisation. "Reconnaître les spécificités de l'Outre-mer, réussir le pari de l'égalité sociale, voilà des ambitions qui sont partagées par l'ensemble du Gouvernement", promettait Alain Juppé.
  

Les barons ultramarins de Jacques Chirac

A l’époque, l’Outre-mer était pleinement chiraquienne, avec ses inconditionnels : Lucette Michaux-Chevry en Guadeloupe, Léon Bertrand en Guyane et Gaston Flosse en Polynésie française.
 
Plus tard, Nicolas Sarkozy, candidat à sa succession, avait voulu tourner la page de "l’assistanat" en Outre-mer. 
 
e président Jacques Chirac et la présidente RPR du conseil régional de la Guadeloupe, Lucette Michaux-Chevry saluent la foule, le 9 mars 2000 à la mairie de Basse-Terre, en Guadeloupe.
Le président Jacques Chirac et la présidente RPR du conseil régional de la Guadeloupe, Lucette Michaux-Chevry saluent la foule, le 9 mars 2000 à la mairie de Basse-Terre, en Guadeloupe. ©© GEORGES GOBET / AFP
 
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Émeutes et Evénements

Mais l’Outre-mer sous la présidence Chirac, c’est aussi la reprise des essais nucléaires en Polynésie française. Il rompt le moratoire décidé par François Mitterrand et fait réaliser six essais souterrains entre le 5 septembre 1995 et le 27 janvier 1996. La conséquence est immédiate : des émeutes éclatent, l’aéroport de Papeete est incendié et saccagé. Avec la fin des essais et le manque à gagner pour le Territoire, l’État met en place un pacte de Progrès qui débouchera sur ce qu’on appellera "la dette nucléaire".
 
Autre page sombre, qui aura contribué à son échec à la présidentielle de 1988, ce sont les "Événements" en Nouvelle-Calédonie. Le 5 mai 1988, sur l’île d’Ouvéa, les forces spéciales françaises et le GIGN prennent d’assaut une grotte dans laquelle des indépendantistes kanak retiennent des gendarmes. Au terme de combats très violents, dix-neuf ravisseurs kanak ainsi que deux militaires sont tués. La gestion très musclée de la crise en Nouvelle-Calédonie par Jacques Chirac joue un rôle-clef dans le dénouement de l’élection présidentielle. Durant le débat de l’entre deux tours, François Mitterrand lui reproche la manière "brutale" avec laquelle il a géré la crise. L’attaque de la grotte d’Ouvéa ne jouera pas en faveur de Jacques Chirac. La crise calédonienne a handicapé le candidat Chirac et François Mitterrand saura en profiter.
 
Jacques Chirac, sur l'aéroport de Tahiti-Faa'a, le 25 juillet 2003
Jacques Chirac, sur l'aéroport de Tahiti-Faa'a, le 25 juillet 2003. ©© PATRICK KOVARIC / AFP
 

Jacques Chirac et l’Histoire

Sa présidence sera également marquée par une vive polémique autour du "rôle positif" de la colonisation, inscrit dans la loi du 23 février 2005. Le 9 décembre 2005, il prononce une déclaration solennelle dans laquelle il affirme que "dans la République, il n’y a pas d’histoire officielle". Il livre alors sa vision de l’histoire : "Comme toutes les nations, la France a connu la grandeur, elle a connu les épreuves. Elle a connu des moments plus sombres. C’est un héritage que nous devons assumer tout entier, c’est un héritage que nous devons assumer dans le respect des mémoires de chacun, des mémoires parfois blessées et qui constituent chez beaucoup de nos compatriotes une part de leur identité." Deux mois plus tard, la référence au rôle positif est supprimé de la loi.

Jacques Chirac a également été le premier président de la République à commémorer l’abolition de l’esclavage, après la loi Taubira du 10 mai 2001. Le 30 janvier 2006, il déclare, dans un discours : "La grandeur d'un pays, c'est d'assumer, d'assumer toute son histoire. Avec ses pages glorieuses, mais aussi avec sa part d'ombre. Notre histoire est celle d'une grande nation. Regardons-la avec fierté. Regardons-la telle qu'elle a été. C'est ainsi qu'un peuple se rassemble, qu'il devient plus uni, plus fort."

Le 11 mai 2007, Jacques Chirac prononçait sa dernière allocution radiotélévisée en tant que président de la République. Il commençait par ces mots, pour souligner la valeur qu’il portait à chacun : "Mes chers compatriotes de métropole, de l’outre-mer de l’étranger". Un discours resté dans les mémoires dans lequel il demandait aux Français de ne "composer jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme, ou le rejet de l’autre".
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