Journée internationale du sport féminin : "Les choses progressent, il faut continuer", expliquent Lucie Décosse et Laura Flessel

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Laura Flessel et Lucie Decosse
Laura Flessel et Lucie Decosse, deux des quatre championnes olympiques issues des Outre-mer ©DR

Ce 24 janvier est la journée internationale du sport féminin. Deux des quatre championnes olympiques venues des Outre-mer, Laura Flessel et Lucie Décosse, se sont confiées à Outre-mer la 1ère pour faire le point sur la place des femmes dans le sport.

Elles sont quatre ultramarines à avoir décrocher la plus belle distinction du sport, le titre olympique. Parmi elles, Laura Flessel, l’escrimeuse guadeloupéenne, quintuple médaillée olympique, la judokate guyanaise Lucie Décosse, l'athlète guadeloupéenne Marie-José Pérec, seule athlète française à être triple championne olympique et la judokate Emilie Andéol, d'origine martiniquaise, médaillée d'or aux JO en 2016.

Quatre noms seulement alors qu'en France, on compte près de 6 millions de femmes licenciées dans les fédérations sportives, pour 10 millions d'hommes. Si elle tend à évoluer, la part du sport féminin dans les retransmissions télévisées reste très faible : en 2016, elle était de 16 à 20% seulement, selon un rapport du CSA.

Deux modèles

Pourtant, au-delà de la représentation, "il faut parler à la femme pour sa santé à titre préventif et curatif", estime Laura Flessel qui raconte avoir été l'une des premières à soulever la question de la valorisation du sport au féminin. "Nous avons de belles championnes ultramarines qui véhiculent ce message de bien-être", rappelle celle qui a été ministre des Sports de mai 2017 à septembre 2018.

A l'occasion de la journée internationale du sport féminin, Outre-mer la 1ère a tenu à donner la parole à Laura Flessel et à Lucie Décosse sur la question de la représentation des femmes dans le sport en France. Des modèles pour plusieurs générations de sportives, qui ont contribué à la promotion du sport féminin mais également à la médiatisation des compétitions féminines.

► Est-ce  que vous considérez que votre médaille olympique a contribué à la médiatisation du sport féminin et au développement du sport féminin ?

Laura Flessel : Il a fallu des championnes pour être devant le train et aujourd’hui, il y a plein de petits wagons qui se rattachent, qui sont partout, qui sont dans nos îles, qui sont sur l’Hexagone, à l’étranger, et se disent moi j’ai envie d’être comme ça. A notre époque, on est pas si vieilles, il n’y avait pas beaucoup de références au féminin. Mes références étaient masculines et elles n’étaient pas dans l’escrime, parce qu’il n’y avait pas d’Ultramarin champion. Du coup je me suis dit ce n’est pas grave, on va créer et aujourd’hui y’a Yannick Borel. J’ai envie de dire que nous sommes championnes aussi avec la gente féminine. Aujourd’hui on a pas à rougir mais l’on doit continuer à aider demain pour que demain s’améliore.

Lucie Décosse : Je pense que oui. En Guyane, les championnes olympiques féminines Malia [Metella, championne de natation, nldr] et moi, on a été bien médiatisées.

►  Est-ce que l’escrime et le judo ont favorisé l’égalité entre le sport féminin et masculin ?

Laura Flessel : L’escrime c’est une arme mixte. On a trois armes masculines et trois armes féminines. On s’entraîne avec les garçons, tous ensemble. On a toujours connu la mixité. J’ai plus connu des problèmes de racisme que de mixité. J’ai même été protégée à l’escrime par la gente masculine pour me permettre d’avancer.

 Peut-être qu’on a inspiré d’autres disciplines. Rapidement en 96, on a eu l’entrée de l'épée dames aux Jeux Olympiques, dans la grande famille de l’Olympisme. Puis très vite la 3ème arme, le sabre dame aux Jeux d’Athènes. On a profité de ce changement de mentalité.

Lucie Décosse : Oui en judo, il y a une égalité. Les compétitions ont lieu le même jour, sur les mêmes tatami. Au niveau de la fédération française les aides sont les mêmes.

► Est-ce que vous avez constaté l’apport de cette médaille olympique en Outre-mer surtout en Guadeloupe ?

Laura Flessel : Oui, récemment avec le président de la fédération nous avons fait un déplacement aux Antilles. C’était son premier déplacement en tant que président en Outre-mer. Il a vu l’émergence, il a vu les infrastructures naissantes, l’implication des bénévoles, d’ailleurs il en était ravi. Il a vu le positionnement féminin sur l’Outre-mer, l’émergence des petits comme Yannick borel, Enzo Lefort, Ysaora Thibus.

Effectivement en Outre-mer on a cette fierté. Ce qui fait que nous restons très proches de l’Outre-mer et de la réussite, c’est que l’on retourne sur nos îles pour que derrière, il puisse y avoir ce passage de relai et qu'en cas de questionnement on puisse aider dans le cheminement vers le haut niveau et l’engagement vers le sport.

Laura Flessel

 

En 2012, on comptait 7% de retransmissions de compétition de sport féminin, aujourd’hui 18%. Quelle est votre réflexion par rapport à cela ?

Lucie Décosse : Cela a quand même progressé. Il faut que cela continue. Il n'y a pas d’égalité à plusieurs niveaux et dans beaucoup de sports. Mais cela a bien progressé parce que les femmes se sont battues pour cela. Les journées pour la femme permettent d’en parler pour médiatiser les sportives.

Laura Flessel : Cela progresse. Il faut renforcer des actions auprès des plus petits et seniors. Ce n’est pas tant gagner plus ou moins, mais c’est être respectée…Grâce aux médias, grâce à vous, on va y arriver. On va repousser le curseur.

► A la tête des 113 fédérations de sport, on compte seulement  16 présidentes, quelle est votre réaction ?

Laura Flessel : Il y a une obligation de féminiser les instances. Avoir à gérer ce temps logistique, c’est un coup de pouce qui nous permet de nous envoler.

C’est à l’image de la société aussi, très peu de femmes dans les hauts postes...On fonctionne par modèle et plus il y en aura, plus cela créera des ambitions et des envies pour les femmes.

Lucie Décosse

 

 

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