Présent dans l’inventaire du Patrimoine culturel immatériel national depuis 2012, le gwoka de Guadeloupe a connu sa consécration en novembre 2014 avec son inscription par l'Unesco sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Découverte en musique et en images.
Philippe Triay•
L’inscription sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) en novembre 2014, a été faite sous l’intitulé suivant : « Le gwoka : musique, chants, danses et pratique culturelle représentatifs de l’identité guadeloupéenne ».
Le gwoka regroupe en effet tous ces éléments et constitue le symbole emblématique de la culture de l’archipel de la Guadeloupe. Cette pratique, née dans les affres de l’esclavage, était une véritable catharsis et un mode de libération temporaire, un espace de résistance, la durée d’une ou plusieurs soirées, de ceux qui de l’aube à la nuit tombée travaillaient sous la férule des colons. Au fil du temps, le gwoka est devenu le vecteur de l’identité et de la fierté guadeloupéenne. On le retrouve dans toutes sortes d’événements, que ce soient des manifestations festives comme le carnaval, des ateliers scolaires ou associatifs, ou des marches de revendication. Des moments particuliers lui sont consacrés, comme les léwoz (soirées en plein air) ou les kout tanbou (performances informelles) dans les rues de Pointe-à-Pitre, d’autres communes du territoire… ou de Paris !
♦ VIDEO. Le gwoka : musique, chants, danses et pratique culturelle représentatifs de l’identité guadeloupéenne
Jusque dans les années 50 environ, le gwoka se pratiquait surtout à la campagne. La transmission s’effectuait au sein des familles de joueurs de tambours ka, ou de cercles fermés, sous la houlette de « maîtres-ka » aguerris. Dans les années 70, le gwoka débarque en milieu urbain en même temps qu’éclosent les mouvements nationalistes et indépendantistes qui associent étroitement cette musique à l’expression de leur lutte politique. C’est toujours le cas aujourd’hui, et progressivement, la culture du gwoka a imprégné toutes les strates de la société guadeloupéenne. En 2014, on dénombrait plus de 150 associations dédiées à l’apprentissage du gwoka, Guadeloupe et Hexagone confondues, certaines rassemblant plus de 600 membres dans l’archipel ou comptant plus de 400 membres dans des groupes de carnaval. La pratique a également suscité l’engouement de nombreux universitaires et de réalisateurs, et il existe dorénavant une solide littérature historiographique sur le sujet, ainsi que des documentaires. Les grands maîtres traditionnels du gwoka comme Ti Céleste (Aurélien Céleste), Carnot (François Moléon), Napo (Napoléon Magloire), Man Soso, Guy Konket, Philippe Makaïa, Robert Loyson et bien d’autres ont désormais une place de choix dans le panthéon culturel de la Guadeloupe.
♦ VIDEO. Guy Konket au club New Morning à Paris en octobre 2009 (extrait)
Le gwoka a également évolué avec son époque. « En s’affranchissant des contraintes de la forme traditionnelle, les expressions contemporaines du gwoka explorent de nouvelles pistes musicales, chorégraphiques, ou chantées : techni’ka, gwoka modèn, gwoka jazz », relevait le dossier de candidature de la Guadeloupe à l’Unesco. De manière plus collective et festive au sein des carnavals, plus recherchée dans les écoles de danse, et parfois expérimentale chez certains musiciens qui allient avec bonheur tradition et modernité, comme le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, le trompettiste Franck Nicolas ou le percussionniste Sonny Troupé. Tout récemment, le gwoka a encore renforcé ses lettres de noblesse en clôture du festival Jazz à la Villette à la mi-septembre 2020, avec le concept de Gwo Ka Pwojè décliné par cinq musiciens guadeloupéens. (Voir ci-dessous le reportage de Louis Otvas).