L'aide à la presse Outre-mer va-t-elle atteindre son objectif de pluralisme ?

médias
Collage titres presse outremer
©La1ere.fr
Le gouvernement lance un dispositif pour les titres imprimés ou bi-média des Outre-mer, un coup de pouce de 2 millions d’euros par an pour favoriser le “pluralisme de la presse”. Mais cet objectif sera-t-il vraiment atteint ? Entretien avec Benoît Huet, spécialisé dans le droit des médias.

Dans le monde de la presse Outre-mer, il s'agit d'une première. Le gouvernement met en place une aide de 2 millions d'euros par an, exclusivement dédiée à ces territoires. Elle concerne les titres imprimés ou bi-média (à la fois sur le papier et sur internet) afin de favoriser le pluralisme de la presse. Pour cette première année du dispositif, les journaux ont jusqu'au 30 septembre pour déposer leur dossier. 

Une histoire compliquée

Pour bien comprendre le contexte de la presse Outre-mer, il faut remonter à l’effondrement du groupe Hersant qui détenait l’essentiel des quotidiens sur ces territoires. "On parle ici de France-Antilles en Guadeloupe et en Martinique, de France Guyane, du Journal de l'île de la Réunion, de La Dépêche de Tahiti, des Nouvelles calédoniennes", précise Benoit Huet, avocat au barreau de Paris et spécialisé dans le droit des médias. "Et l'essentiel de ces journaux rencontre des difficultés assez graves avec des mises en liquidation judicaire, en redressement judiciaire ou en sauvegarde encore très récemment."

Quelle répartition ?

Ce contexte explique la volonté de l’Etat de mettre à disposition cette enveloppe. Mais plusieurs questions se posent, notamment concernant la répartition entre les quotidiens d'un côté, et les hebdomadaires, les mensuels et les trimestriels de l'autre. "On peut à ce titre s'étonner d'une certaine forme d'opacité, explique Benoît Huet, également co-auteur du livre, L'information est un bien public: Refonder la propriété des médias (2021). "Il y a une enveloppe de 2 millions d'euros. Mais il reviendra au ministère de la culture de décider arbitrairement la part qui revient aux quotidiens d'une part, et la part qui revient à tous les autres d'autre part, en fonction des candidatures qui seront présentées."

Les critères d'attribution

Le montant de l’aide sera aussi attribué en fonction du nombre d’exemplaires vendus, ce qui là encore interroge Benoit Huet.

Le nombre d'exemplaires vendus n'est pas forcément un gage de la qualité de l'information qui est produite. 

Benoît Huet, avocat spécialisé dans le droit des médias

 

"Aujourd'hui, ce qui est important pour les départements d'Outre-mer, c'est d'avoir une information fiable, de qualité, d'avoir des journalistes d'investigation, qui vont aussi enquêter sur différentes affaires qui peuvent toucher les institutions dans ces départements là", affirme Benoît Huet.

france-antilles

Des entreprises favorisées au détriment d'autres ? 

Avec ce dispositif, les pureplayers, titres disponibles uniquement en ligne, sont mis de côté puisqu’ils ne peuvent pas prétendre à cette aide. Le spécialiste des médias redoutent aussi que cet argent bénéficie seulement aux groupes les plus riches, comme dans l’Hexagone.  "Il a été démontré récemment que l'essentiel des aides à la presse en métropole revenait en fait aux groupes les plus riches, ce qui est assez contestable."

Il risque de se passer exactement la même chose dans les Outre-mer.

Benoît Huet, avocat spécialisé dans le droit des médias

 

"Par exemple, dans les Antilles-Guyane, l'essentiel de la diffusion est assuré par le quotidien France-Antilles pour la Guadeloupe et la Martinique, et France-Guyane, décrit Benoît Huet. On peut se demander s'il est légitime que l'essentiel des aides aillent au plus gros acteur ou s'il ne faudrait pas la répartir entre tous les acteurs en prenant en compte d'autres critères que la diffusion, comme le nombre de journalistes qui disposent d'une carte de presse dans les rédactions."

Benoît Huet espère tout de même que cette aide aura un impact positif Outre-mer. "Après on peut en douter. Cela dépendera de la répartition qui sera faite entre, d'un côté les très grands quotidiens qui généralement accaparent l'essentiel des aides, et de l'autre côté, tous les autres titres qui peuvent avoir des voix un peu différentes auprès du public."