L'association Phyto-victimes va ouvrir des permanences aux Antilles

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L'association Phyto-victimes va ouvrir des permanences aux Antilles
Antoine Lambert, président de Phyto-victimes ©DR
Forte de son expertise dans l'Hexagone, l'Association d'aide aux professionnels victimes des pesticides s'apprête à accompagner les Antillais qui ont développé une pathologie en lien avec des produits phytosanitaires, dont le chlordécone.

"Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'association a dix ans aujourd'hui et on n'a quasiment jamais accompagné de victimes des pesticides d'Outre-mer", reconnaît Antoine Lambert. Le président de Phyto-victimes, une association qui vient en aide aux professionnels victimes des pesticides, annonce que des antennes seront ouvertes dans les prochains mois à la Guadeloupe et à la Martinique. "Avant d'être victime vous êtes malade, poursuit-il. Vous contractez une maladie, et elle peut avoir un lien avec vos pratiques professionnelles. On peut donc se considérer comme une victime et demander à être reconnu comme tel et indemnisé, c'est un droit des travailleurs."

Antoine Lambert recommande aux personnes concernées de se faire aider par une association. "Parce que c'est un parcours administratif relativement complexe. Les organismes de sécurité sociale ne sont pas toujours force de proposition et d'accompagnement malheureusement... Pour mener à bien son dossier, éviter les impairs, respecter les délais, présenter son cas le mieux possible, nous guidons les victimes pour les amener jusqu'à la réparation."

Tableau de maladie professionnelle

Phyto-victimes s'intéresse de près au lien entre l'exposition aux pesticides et le risque d'apparition de maladies, tout comme les autres associations et syndicats membres de la COSMAP, la Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture. Dans un communiqué, l'organisation a plaidé pour la création d'un tableau de maladies professionnelles pour le cancer de la prostate (Ndlr : fréquent aux Antilles) en lien avec les produits phytosanitaires. "C'est une clef de voûte, puisque quand un tableau est mis en place, il donne l'imputabilité de la maladie. Si votre pathologie n'existe pas dans un tableau de maladie professionnelle, vous devez faire la preuve par vous-même que cette pathologie est due à votre travail. Alors que le tableau inverse la charge de la preuve", explique Antoine Lambert.

L'Etat a suffisamment d'éléments scientifiques pour écrire un décret mettant en place ce tableau qui décrira la pathologie, le délai d'exposition et de prise en charge, ainsi que la liste indicative des principaux travaux pouvant provoquer la maladie. "On demande à ce que les colonnes de ce tableau respectent les connaissances scientifiques actuelles, rappelle Antoine Lambert. Cela ouvrira l'accès à l'indemnisation. Le coût financier ne doit pas être le premier rempart à l'exclusion d'un certain nombre de personnes." Parues cette année, une étude de l'ANSES juge "probable", une autre de l'INSERM "vraisemblable" le développement d'un cancer de la prostate suite à une exposition prolongée au chlordécone.