L'athlète Gémima Joseph se ressource en Guyane avant les championnats d'Europe à Munich

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Gémima Joseph.
L'athlète guyanaise Gémima Joseph avec ses deux entraîneurs Gaëtan Tariaffe et Katia Benth. ©Facebook Gaëtan Tariaffe.
Sa blessure cet hiver. Les soins nécessaires. Une préparation retardée. Les doutes qui s'installent. Avant la libération d'un titre national espoir sur 200 mètres qui qualifie Gémima Joseph pour les championnats d'Europe à Munich en août. Ce long feuilleton méritait une pause salvatrice en Guyane.

Pour les stars de l'athlétisme, l'été rime rarement avec farniente. Il serait plus juste de parler d'un gigantesque feu d'artifice… de compétitions prestigieuses. À ce titre, l'été 2022 se révèle pétaradant : championnats du monde en juillet et championnats d'Europe en août. Si faute de minimas, Gémima Joseph n'est pas à Eugene aux États-Unis pour le rendez-vous mondial, elle a obtenu son billet pour se confronter aux meilleures européennes à Munich, le mois prochain. Le fruit d'un long travail pour revenir au top après une vilaine blessure en février dernier.

Afin de conserver une forme optimale en Allemagne, Gémima fait une pause de quelques jours chez elle en Guyane. Un break capital après de nombreuses semaines de soins médicaux, puis des séances d'entraînement à la recherche de sensations. Aujourd'hui, Gémima a de nouveau confiance en son corps. Quant aux chronos, ils ne cessent de baisser. Libérée des doutes, l'athlète du Rou Kou s'offre donc quelques jours en Guyane parmi les siens. Retour prévu début août dans l'Hexagone avec un dernier stage fédéral à Boulouris. Avant le décollage pour Munich où Gémima compte bien jouer les artificières expérimentées.

Gémima Joseph
Gémima Joseph lors des Jeux Olympiques de Tokyo en 2021. ©FFA.

La course contre-la-montre de Gémima

Miramas. 26 février 2022. Gémima Joseph devient vice-championne de France en salle du 60 mètres. Un podium de plus pour le prodige guyanais. Sauf qu'il n'échappe à personne qu'elle a relâché son effort à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Comme poignardée à la cuisse. "Un vilain claquage" dira-t-elle sobrement. Une IRM confirme l'étendue des dégâts. Commence alors un lent travail de réathlétisation. "Les équipes du CERS de Capbreton m'ont énormément apporté. Il n'empêche que je n'ai pas pu courir avant le mois de mai. Dans les premiers temps, j'avais du mal à regarder les autres s'entraîner normalement. Je voyais bien que ma préparation avait du retard."

Les premières compétitions en juin montrent une Gémima moins rapide qu'à l'accoutumée. Logique. La Guyanaise est toujours en phase de reconstruction. Mais avec un atout majeur. "Mes coachs et mon entourage étaient à fond derrière moi. Ils n'ont jamais douté. Ça m'a vraiment reboosté." Aux championnats de France élite à Caen, Gémima Joseph se classe quatrième de la finale du 200 mètres. Pas de Mondiaux. Trop loin des minimas. Mais dans la tête, la Guyanaise a retrouvé un équilibre. "Tout s'est joué au mental. Me faire à nouveau confiance. Faire confiance à mon corps. J'étais comme relancée."

Albi, la libération

Le week-end des 9 et 10 juillet constituait sa dernière chance. Dernière opportunité de réaliser les minimas qualificatifs pour les championnats d'Europe à Munich. Gémima Joseph doit courir son 200 mètres en 23 secondes 05. En finale des championnats de France espoirs à Albi, la Guyanaise retrouve ses ailes. Profitant de la vitesse de la sprinteuse belge invitée Nkansa, Gémima coupe la ligne en… 23 secondes 05. Médaille d'or et sélection officielle pour Munich. "C'était le plan, se félicite Gaëtan Tariaffe, l'un de ses deux entraîneurs. La blessure de cet hiver a retardé toute la préparation. Il fallait du temps pour revenir. Restait juste à savoir quand."

À Munich (du 15 au 21 août 2022), Gémima devrait être engagée sur deux fronts : le 200 mètres en individuel et le 4 fois 100 mètres dans les collectifs relais. Comme toujours avec la Guyanaise, il n'est pas question de se rendre en Allemagne pour faire de la figuration. "D'autant plus que maintenant, elle est bien, poursuit Gaëtan Tariaffe. Voire super bien. Je pense qu'il y a un coup à faire à Munich. Une place en finale sur le 200 mètres par exemple. Et si possible, une médaille. J'y crois."

En osmose avec ses coachs et Dieu

Gémima (ou Mima comme disent ses proches) est un modèle de stabilité et de fidélité. Stable car elle se sent bien en Guyane. Hors de question d'aller s'installer à l'INSEP ou aux États-Unis. Et fidèle car elle a conservé les entraîneurs de ses débuts : Katia Benth et Gaëtan Tariaffe. Le trio fonctionne bien, dialogue beaucoup, se fait confiance. À 20 ans, Gémima Joseph compte déjà une participation olympique. En 2021 à Tokyo. La Guyanaise n'avait alors cédé qu'en demi-finale du 200 mètres. Un bel exploit. Et déjà à l'époque, Mima remerciait ses deux entraîneurs. Des perles rares, écrivait-elle sur sa page Instagram. Des perles rares mises sur sa route par… Dieu.

Car Gémima Joseph ne cesse de le dire et de l'écrire : tout ce qui lui arrive est un cadeau de Dieu. "J'aimerais montrer sa puissance à travers mon parcours. Ma relation avec Dieu est à la base de tout ce que je fais." Une relation très forte unit l'athlète guyanaise au divin. À chaque médaille obtenue, elle remercie Dieu. Et quand c'est plus compliqué, Mima s'interroge intérieurement. "Par exemple, si je ne suis pas bien en athlé ou à l'école, je me dis qu'il y a un peut-être un truc qui gêne ma relation avec Dieu. J'essaie donc d'arranger les choses et généralement, tout se débloque."