L’athlète guyanaise Gemima Joseph cultive l’appétit olympique avec son mentor Katia Benth

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Gemima Joseph.
L'athlète guyanaise Gemima Joseph by herself. ©GJ
La Guyanaise Gemima Joseph n’a que 19 ans mais déjà des rêves en grand. La jeune sprinteuse vise les Jeux olympiques. Dès que possible. Pour ce faire, Gemima peut compter sur les conseils experts de son illustre entraîneure Katia Benth.
Un phénomène apparu soudainement sur les radars. Voilà comment définir l’arrivée de Gemima Joseph dans le monde de l’athlétisme tricolore. Taille modeste. Frêle silhouette. Un entraînement basé à Kourou en Guyane. Discrétion garantie. Sans oublier ce doux regard souriant. En apparence donc, rien d’une tueuse des pistes.

Qui aurait pu se douter ? La Guyanaise a commencé par tout rafler au niveau national. Sur 100 et 200 mètres chez les cadettes. Elle intègre alors l’équipe de France où elle devient vice-championne d’Europe du 200 mètres. Rebelotte chez les juniors. Désormais Gemima Joseph est la sprinteuse française leader dans sa catégorie d’âge. De quoi émouvoir son entraîneure et mentor, Katia Benth.
 
 

Gemima et Katia, bien plus qu’une équipe

Et pourtant, la belle histoire aurait pu tourner court. Il y a sept ans de cela, Gemima Joseph pratiquait l’athlétisme avant tout pour… s’amuser. Vive le sport loisir. Puis arrive la première année en tant que benjamine dans son club de Roukou. La nouvelle entraîneure s’appelle Katia Benth. Et attention, ça ne rigole plus : "J’ai tout de suite vu le changement d’ambiance. Avec Katia, c’était du sérieux. J’ai alors demandé à ma mère de ne pas me réinscrire. Sauf qu’elle ne m’a pas écouté. Et cette première année chez les benjamines a marqué le début d’une aventure unique. Aujourd’hui, je ne me vois plus quitter Katia."

Le duo Joseph / Benth fonctionne tellement bien que le petit prodige de Kourou décroche sa place dans les différentes équipes de France jeunes. La fusée Gemima est déjà programmée pour un lancement international lors des JO de Paris 2024.

Mais en 2019, la maladie frappe Katia Benth. Sans prévenir. L’ancienne relayeuse tricolore doit subir une amputation d’une partie de la jambe gauche à Paris. Le monde de Gemima, désormais seule en Guyane s’écroule. Pourtant, rien ne va s’arrêter : "Katia a été très forte. Même au plus mal, elle a continué à m’envoyer le programme des séances d’entraînement. La dynamique n’a jamais disparu. Elle a dépêché Gaetan Tariaffe, son ancien coach pour m’aider. Dès qu’elle est revenue en Guyane, elle a repris direct ! Katia, c’est une force incroyable. Impossible de baisser les bras avec une femme pareille à vos côtés."
 
Gemima Joseph.
L'athlète guyanais Gemima Joseph, vice-championne d'Europe junior du 200 mètres en 2019. ©FFA
 

Courir en 2020 malgré tout

Après une année 2019 particulièrement éprouvante, Gemima Joseph pouvait espérer une année 2020 apaisée. Son mentor Katia Benth était de retour en Guyane. De belles échéances approchaient. Avant qu’une pandémie mondiale ne vienne tout chambouler : "N’oubliez pas que la Guyane a été très longtemps confinée, rappelle Gemima. Au printemps dernier, je n’avais même pas le droit d’entrer sur un stade. J’ai manqué de temps. Lorsque je suis arrivée à l’INSEP en juillet pour la préparation finale des championnats de France élite, j’accusais un gros retard."

Pourquoi alors ne pas venir s’entraîner dans l’Hexagone ? À Paris ou même au CREPS de Boulouris comme la championne de javelot Alexie Alaïs ? "On m’en parle souvent en effet mais je me sens très bien en Guyane. Je peux profiter de ma famille et de ma coach. Sans compter qu’il peut faire tellement froid en Métropole !  sourit-elle. Plus sérieusement, je crois que plus les athlètes guyanais choisiront de rester dans le département et plus les moyens arriveront. Par exemple, il nous manque des appareils de cryothérapie. Mais je suis certaine que ça va changer."
 
Gemima Joseph.
L'athlète guyanaise Gemima Joseph en 2017 lorsqu'elle a terminé 3ème du 200 mètres au Festival Olympique de la jeunesse européenne. ©FFA
 

Vingt ans demain

En octobre 2021, Gemima soufflera ses vingt bougies. Hier encore, elle courait et gagnait sans mesurer l’étendue de son talent. Douce période d’insouciance des années cadettes et juniors. Mais en septembre dernier lors de ses premiers championnats de France élite, la Guyanaise a découvert le mot pression : "Ça m’a sauté en pleine face, confirme Gemima. En plus, il s’agissait de mon unique compétition de l’année. Si j’avais fait n’importe quoi, j’aurais pu perdre des partenaires précieux. Une fois encore, Katia Benth était à mes côtés. Heureusement. Elle m’apprend à contenir mon stress, à en faire une force."

En 2021, Gemima Joseph compte bien vivre une saison normale. À huis clos ou pas, les mesures sanitaires devraient autoriser la tenue de l’ensemble des rendez-vous annoncés en athlétisme. À commencer par les Jeux Olympiques de Tokyo. Un événement qui arrive peut-être un peu tôt pour une jeune championne surtout attendue aux JO de Paris en 2024 : "Je ne suis pas d’accord, conteste-t-elle tout sourire. Je prépare Paris 2024, c’est vrai. Mais s’il y a une place pour moi l’été prochain dans le relais par exemple, je ne refuserai certainement pas l’invitation à m’envoler pour le Japon !"

D’ici là, Gemima alterne études et entraînement avec le plus grand sérieux. Durant la semaine, elle étudie à Cayenne où elle est en première année de DCG (Diplôme de Comptabilité et de Gestion). Le week-end, elle rentre chez elle à Kourou.

Soutenue par un grand équipementier américain, subventionnée par un assureur-mutualiste sous le charme, Gemima Joseph est loin d’être esseulée en Guyane. Et rien ne peut la détourner de son chemin vers les sommets. Ne dit-elle pas : "D’autres passions ? Des passe-temps ? Désolée mais je ne fais rien du tout en dehors de l’athlétisme. C’est mon unique amour !"
 
Gemima Joseph.
La Guyanaise Gemima Joseph en 2019 après sa médaille d'argent sur 200 mètres aux championnats d'Europe juniors en Suède. ©FFA