La consommation d’insectes en Europe pourrait mettre en lumière les territoires ultramarins qui pratiquent l’entomophagie

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Ver de bancoule
©Louis Perin

Les institutions européennes viennent d’autoriser la vente des vers de farine, appellation donnée aux larves du ténébrion meunier. L’entomophagie ou la consommation d’insectes ainsi que leur commercialisation sont déjà répandues dans certains territoires d’Outre-mer.

Crackers au criquet, barres protéinées à base de larves de guêpes, grillons grillés… Ces aliments composés d’insectes sont déjà consommés dans certains territoires d’Outre-mer. Une consommation qui pourrait bien se généraliser depuis que l’autorité européenne de sécurité des aliments (EPSA), a annoncé mi-janvier dernier que la consommation du vers de farine, appellation qui désigne les larves du ténébrion meunier, était sans danger. Une consommation qui peut se faire “soit sous forme d’insecte entier séché, soit sous forme de poudre”, indique l’agence. C’est ce qui a conduit les 27 états membres de l’Union européenne d’autoriser, début mai, la mise sur le marché d’insectes comestibles.

 

Une consommation très répandue

Dans certains territoires ultramarins, les larves de certains insectes, comme le charançon de palmier, sont déjà prisées pour agrémenter des mets. Notamment en Nouvelle-Calédonie, où l’entomophagie est symbolisée par le ver de bancoule. Cette espèce de ver à bois comestible est très plébiscitée. Un festival lui est même dédié et se tient chaque année dans la commune de Farino depuis plus de 30 ans. 

 

À La Réunion, certains insectes sont capturés, séchés, grillés et réduits en poudre avant d’être incorporés dans certaines recettes phares de l’île. Comme l’explique le Réunionnais Johann Cuffaro, “la consommation de larves de guêpes et de larves "zandettes" est ancrée dans les mœurs". L’engouement est tel que selon lui, sur l’île, “les nids d’insectes se font de plus en plus rares dans la nature”, du fait des prélèvements trop fréquents. Après plusieurs années passées dans l’élevage d’animaux et d’insectes, il s’est spécialisé dans la commercialisation d’insectes comestibles : scorpions noirs, criquets, grillons ou même des tarentules.  

Aujourd’hui, Johann Cuffaro est même à la tête de Z’andettes distribution, une société qui propose à la vente des insectes “à consommer sans modération seul ou entre amis, en apéritif ou à cuisiner”, précise-t-il sur son site internet. 

 

Un apport riche en nutriments 

En Guyane, certaines communautés amérindiennes ont toujours consommé des insectes. Les larves de palmiers bâche et de comou, les fourmis manioc et certaines larves de guêpes.

Ti’iwan Couchily, artiste plasticienne de la communauté amérindienne Teko installée en Guyane, se rappelle. “Quand j’étais petite, j’allais chercher des larves avec mes parents, mes grands-parents. Aujourd’hui encore on emmène les enfants quand on va couper les troncs d’arbres”. Et depuis toutes ces années, pour se fournir en larves, leur pratique reste inchangée. Ils coupent des troncs de palmiers, les laissent pourrir et reviennent des mois après. “Quand on revient, les larves sont très nombreuses. On n’a plus qu’à se servir”, résume Ti’iwan Couchily. 

Selon elle, “ces insectes sont riches en protéines”. Si riches qu’ils peuvent servir de substitut à certains aliments, indique l’artiste. “Parfois, on mange des larves de palmiers à la place du poisson, quand on ne peut pas aller pêcher soit parce l’eau est trop haute, soit parce qu’elle est trop basse. Ces larves sont grasses et celles issues du tronc du comou contiennent même une protéine proche du lait maternel”. Ce qui fait que chez les Teko, la consommation d’insectes et notamment des larves de palmiers comou est conseillée à tous les âges. 

“Chez nous, tout le monde peut en manger, les enfants, les femmes enceintes…”,

Ti'iwan Couchili, Amérindienne Teko

 

Une solution possible contre la malnutrition selon les Nations Unies

Dans l’Hexagone, on n’a pas non plus attendu le feu vert de l’Union européenne pour proposer à la vente des insectes. “Manger des insectes devrait être tout à fait naturel. Malheureusement, en Métropole, et en Occident en général, nous avons perdu ces habitudes”, déplore Christophe Coumes, agriculteur et éleveur d’insectes depuis cinq ans installé en Savoie. Aujourd’hui, il effectue un véritable tour de France métropolitaine pour “expliquer au public sur les marchés, dans les écoles, qu’il n’y a, dans le monde, qu’en Europe et aux Etats-Unis que la consommation d’insectes a disparu” et dit espérer que “la jeune génération ultramarine saura préserver cette culture ancestrale”.

 

Mais la tendance pourrait s’inverser plus rapidement, notamment depuis l’autorisation à l’échelle européenne de la commercialisation d’insectes comestibles. Riches en nutriments, la consommation d’insectes est très populaire auprès des personnes qui souhaitent se tourner vers une alimentation plus respectueuse de la nature. L’entomophagie, si elle parvenait à se développer à plus grande échelle, pourrait aussi permettre de lutter contre la malnutrition. C’est ce que révèle une étude publiée en début d’année par la FAO, l’agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

L'UE a enfin reconnu et autorisé le vers de farine. Mais certains pays le tolérait déjà, d'autres l'autorisent, quelques rares l'avaient interdit. Disons que cela permet surtout une harmonisation au sein de l'UE”, tranche de son côté Johann Cuffaro.