La nouvelle ministre des Outre-mer Ericka Bareigts à Mayotte pour son premier voyage officiel

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Ericka Bareigts
La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts ©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
La nouvelle ministre des Outre-mer Ericka Bareigts effectuera jeudi et vendredi son premier déplacement officiel Outre-mer à Mayotte, jeune département de l'océan Indien aux besoins encore considérables, qui fait face à des difficultés récurrentes notamment en matière de sécurité et d'immigration.
Mme Bareigts avait annoncé dès sa prise de fonction le 31 août, que son premier déplacement officiel serait réservé au 101e département français, Mayotte, pour "accélérer certaines actions" et "faire le lien avec la population". Elle a pris la tête du ministère des Outre-mer après la démission surprise de George Pau-Langevin, qui a souhaité retrouver son poste de députée de Paris pour les prochaines législatives.
               
Les Mahorais sont en effet en très forte demande vis-à-vis du gouvernement, dans un territoire confronté à une importante croissance démographique - plus de la moitié des quelque 220.000 habitants a moins de 20 ans - et à une forte pression migratoire venue de l'archipel des Comores, à seulement 70 km de Mayotte, qui compte environ 40% d'étrangers. En 2015, il y a eu plus de 19.000 reconduites à la frontières à Mayotte contre environ 20.000 sur le territoire métropolitain.
               

84% de la population sous le seuil de pauvreté 

« L'Ile aux parfums » a des besoins importants en matière sociale, notamment sur l'éducation et la santé et connaît un taux de chômage de 36,6%. Son revenu médian s'élève à 384 euros/mois, et 84% de la population est sous le seuil de pauvreté. Depuis le début de l'année, les crises se sont succédées dans le département. Il a connu en février une série d'actes de violence aux abords et à l'intérieur des établissements scolaires.
               
En avril, un important mouvement social pour "l'égalité réelle avec la métropole" a paralysé l'île plusieurs semaines, auquel se sont ajoutées plusieurs nuits de violences urbaines, menées selon les autorités par des jeunes en déshérence, qui ont conduit au décès d'un homme de 38 ans, agressé par trois mineurs. Et en mai, la population locale, exaspérée par l'afflux de migrants comoriens, a organisé pendant plusieurs semaines des opérations d'expulsion de clandestins de leur logement, les accusant de tous les maux (délinquance, surpopulation hospitalière, etc.).
                               

Délinquance et immigration clandestine 

Pour tenter d'endiguer délinquance et immigration clandestine, le gouvernement a lancé début juin un "plan global de sécurité", prévoyant notamment de renforcer les forces de l'ordre sur place, de moderniser les radars permettant la détection des "kwassa-kwassa", ces barques de pêche comoriennes utilisées pour l'immigration illégale, mais aussi des vedettes d'interception plus performantes et plus nombreuses et l'expérimentation de drones.
               
Ce plan sécurité vient compléter le plan Mayotte 2025, une "feuille de route" lancée en 2015 pour permettre le rattrapage du territoire. Selon un premier bilan en juin, un tiers de ses mesures (santé, éducation, développement économique, environnement, logement et urbanisme, développement des services administratifs) ont été mises en oeuvre, mais des difficultés subsistent, notamment en matière de foncier et de développement économique.
               

Problèmes de fiscalité et de foncier 

Sur place, Mme Bareigts se rendra notamment à Acoua (nord-est) pour faire le point sur les mesures de lutte contre l'immigration clandestine. Elle devrait également parler éducation et lutte contre la délinquance, en rencontrant une association qui prend en charge les mineurs en errance, et en se rendant dans un lycée professionnel à Kaweni puis au collège de Doujani, l'un des plus importants de France avec plus de 1.500 élèves. Elle signera aussi un protocole avec le conseil départemental sur l'Aide sociale à l'enfance, dispositif en grande difficulté.
 
Elle va aussi rencontrer les élus locaux, et notamment les maires, pour évoquer avec eux, outre la délinquance et l'éducation, les problèmes de fiscalité (une grande majorité des communes sont dans une situation budgétaire préoccupante, selon la Cour des comptes) et de foncier. La ministre parlera également d'économie sociale et solidaire, en dévoilant les lauréats d'un appel à projet lancé en avril, pour lequel six Mahorais ont été retenus.