La SLN : une histoire du nickel calédonien et de l'acier européen

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SLN
L'usine de ferronickel SLN (ERAMET) de Doniambo en Nouvelle-Calédonie ©Alain Jeannin

La grande usine de Doniambo a évolué dans le temps. Mais, depuis plus d'un siècle, mineurs et métallurgistes y produisent du nickel de haute pureté. De Tchernobyl à Glasgow, les trois lettre "SLN" sont une référence pour l'acier inoxydable européen.

Le premier producteur mondial de ferronickel fait face à l'adversité. Il ne peut pas profiter pleinement de la hausse spectaculaire des cours mondiaux du nickel qui ont de nouveau franchi le seuil des 18.000 dollars la tonne. "Le sauvetage de la SLN est néanmoins inéluctable" a indiqué l'analyste franco-allemand Oddo-BHF. 

Du nickel pour l'acier

L’acier inoxydable européen a toujours eu besoin du nickel calédonien.  "La SLN nous fournit le meilleur alliage de nickel et de fer au monde, le plus pur, et nous permet de produire le meilleur acier inoxydable, c’est un atout important face à nos concurrents asiatiques " a indiqué Yves Bernis, sidérurgiste belge et expert du nickel calédonien chez Aperam, producteur franco-belge d'acier.

Bobine acier
Bobines d'acier inoxydable au nickel APERAM-SLN ©Alain Jeannin

Du "75" à Tchernobyl

L’histoire de la SLN est plus que centenaire. C'est elle qui a produit jadis le nickel des "canons de la victoire", les fameux "75" de la Grande Guerre, c'est encore elle qui a fourni récemment le nickel à haute densité pour le dôme d'acier inoxydable qui confine et isole la radioactivité de la centrale dévastée de Tchernobyl en Ukraine.

acier inoxydable
Enceinte de confinement en acier inoxydable et nickel du sarcophage nucléaire de Tchernobyl en Ukraine ©Droits réservés
SLN 25 fer et nickel Eramet A. Jeannin
"Chips" de ferronickel calédonien SLN 25 [Eramet] pour l'acier inoxydable ©Alain Jeannin

Glasgow 1880

Glasgow, la capitale économique de l’Ecosse, fut l’une des premières villes de destination des grands voiliers du nickel. Ils ont livré sur ses quais le minerai de la Nouvelle-Calédonie, le minerai de Thio. En 1880, une usine est même née. Elle associait des investisseurs Calédoniens et Ecossais. 

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Métallurgistes écossais et calédoniens dans l'usine SLN de Glasgow-Kirkintilloch. ©Alain Jeannin

 

"A l’époque, courriers et câbles sous-marins permettent déjà de correspondre avec la Nouvelle-Calédonie, via Londres et l’Australie. Les messages sont courts et chers, mais ils permettent de passer des ordres, de commander des cargaisons de nickel calédonien. Il fallait six mois de navigation dangereuse, par le Cap Horn, pour relier la Nouvelle-Calédonie et l’Ecosse", rappelle Yann Bencivengo, historien du nickel.

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Jennifer Binnie, historienne de l'héritage industriel, montre l'emplacement de l'ancienne usine de la SLN à Glasgow. ©Nordine Bensmail

"Ruée vers le nickel"

"Dès la fin du dix-neuvième siècle, la Nouvelle-Calédonie est au cœur d’une ruée vers le nickel, comme il y a eu une ruée vers l’or en Californie. Pour transformer le nickel, les Calédoniens ont l’idée de construire une usine en Écosse. Elle va alimenter les grands centres britanniques et européens de l’acier", rappelle Philippe Chalmin, économiste et historien des matières premières.

De cette époque, il reste une fonderie. Celle d’Archibald Young. C'est l’un des derniers métallurgistes écossais, il travaille pour l’industrie navale britannique. Et utilise l'alliage de la SLN, des "chips" métalliques qui contiennent 25 % de nickel et 75 % de fer. 

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Métallurgie avec du nickel calédonien en Ecosse. ©Alain Jeannin

L’Ecosse est un pays de contes et de légendes. Ses paysages ne sont pas sans rappeler parfois ceux de la Nouvelle-Calédonie. Le "métal du diable", comme on surnomme le nickel, garde sa part de mystère. Il façonne encore les souvenirs et la mémoire des hommes. 

Ma grand-mère paternelle me racontait qu’un de ses frères, un MacArthur était parti travailler, en 1920, dans l’industrie minière en Nouvelle-Calédonie. Et ce lien entre ce Territoire, l’Écosse et ma famille, c’est encore aujoud'hui le nickel, le métal de la SLN

Ian Young Pdg d'Archibald Young à Glasgow

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Cloche en alliage de nickel calédonien SLN 25 (Eramet) du prochain porte-avions de la Royal Navy. ©Alain Jeannin

La SLN en Ecosse

Jadis, l’usine calédonienne de Glasgow, celle de la SLN, se trouvait au bord du canal de la Clyde. Les cheminées d’usines ont disparu pour laisser place à un paysage bucolique. Seules traces du passé, le nom du lieu, "Nickel cottage" et les mots "Nickel Smelter SLN New-Caledonia" gravés dans le sol à l'emplacement de l'ancienne usine, le long du parcours touristique consacré à l'héritage industriel de la région. 

L’Écosse a conservé la mémoire de ses liens avec la Nouvelle-Calédonie et la SLN. Il suffit pour s’en convaincre de rencontrer un autre l’historien, le conservateur du musée des Grands Voiliers à Glasgow. "Les grands voiliers du nickel transportaient leur cargaison de minerai de Nouvelle-Calédonie jusqu’ici dans le port de Glasgow. Le nickel était essentiel à la sidérurgie du Royaume-Uni, aux aciéries de Sheffield. Le minerai était stocké au bord du fleuve, c’était l’entrepôt du nickel calédonien".

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A droite, l'emplacement où se trouvait les docks du nickel calédonien ©Alain Jeannin

Filins d'acier 

Et l’épopée de la SLN s'est poursuivie, toujours dans la discrétion. Il a fallu beaucoup de nickel calédonien pour rendre inoxydable les filins d’acier du plus grand pont du Royaume-Uni à Edimbourg, le Queensferry Crossing. Hasard de l'Histoire, la petite ville de naissance de James Cook, le navigateur qui a fait connaître la Nouvelle-Calédonie à l’Ancien Monde - et lui a donné l'ancien nom romain de l'Ecosse (Caledonia) - se trouve de l’autre côté de l’estuaire. L'histoire de la SLN est loin d'être finie...

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Le grand pont du Queensferry crossing à Edimbourgh. Acier espagnol et nickel SLN. ©Alain Jeannin

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