Le Martiniquais Dimitri Demonière ou l’art d’entraîner en télétravail des athlètes confinés

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Dimitri Demoniere
©Dimitri Demonière
C’est peut-être le plus grand défi de sa carrière d’entraîneur : coacher à distance des sprinteurs privés de sorties. Le martiniquais Dimitri Demonière s’adapte. Mais le confinement a tout d’une épreuve d’endurance inédite pour lui.

100. 200. 400 mètres maximum. Dimitri Demonière est entraîneur national de sprint court. Depuis le 16 mars dernier et la fermeture de l’INSEP, le Martiniquais découvre d’autres distances. Celle avec ses athlètes confinés un peu partout. Celle avec un programme de compétitions en mode pause prolongée. Et celle avec sa vie d’avant. Le voilà confiné en famille chez lui à Paris. Le quotidien de Dimitri s’est transformé en un marathon digital inédit :

Comme nous ne pouvons plus nous voir, tout se fait par ordinateur. Je reçois entre 60 et 80 mails par jour. Sans compter les audio et les visioconférences avec les athlètes. C’est très particulier.


Depuis août 2019, Dimitri Demonière travaille en tandem avec Ladji Doucouré, l’ancien champion du monde du 110 mètres haies. Avec la mise en place du confinement, ils ont demandé à l’ensemble de leurs athlètes d’envoyer des photos de leur cadre de vie : "Savoir où ils vivaient était la seule façon de leur proposer des séances adaptées. Certains ont la chance d’être dans une maison avec un terrain. Le sprinteur guyanais Amaury Golitin est ainsi parti chez son père en Guadeloupe. Il est en famille, au soleil et avec un bout de jardin pour s’exprimer. C’est précieux."
 
 

Repenser un programme toujours en pointillé


Dimitri Demonière ne s’autorise qu’une seule sortie par semaine : "Pour faire les courses. C’est tout. Je reste à la maison le reste du temps. Respecter les consignes à la lettre, c’est la seule solution pour qu’on en termine au plus vite avec cette pandémie sanitaire." Devant son ordinateur, le Martiniquais travaille aussi sur le jour d’après. Ce fameux jour qui annoncera un retour progressif à la normal. Sauf qu’il y a un hic : "Mon métier d’entraîneur consiste à préparer des athlètes pour des rendez-vous bien précis. Or pour l’instant, tout est annulé. Les Championnats d’Europe au Stade Charlety à Paris fin août demeurent toujours au programme mais pour combien de temps ?"
 

Certains athlètes un peu démotivés

Un programme incertain et des athlètes forcément décontenancés. L’arrivée du coronavirus a fait passer le sport au second plan. "Avec Ladji Doucouré, nous avons noté une petite démotivation chez certains" confie Dimitri. "Tout est remis en cause. Nous sommes en guerre comme a dit le Président. Cette situation est à la fois inédite et anxiogène."
 
Dimitri Demonière
Dimitri Demonière période pré-coronavirus dans les locaux de La1ere ©Sandra Bacon
 

Même les JO semblent lointains

Le report d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo n’a fait qu’accroître ce sentiment de désoeuvrement. Certes, le soulagement général a prédominé après l’annonce du CIO. Mais désormais, après quoi courir en 2020 ? "Je reconnais que c’est compliqué. Il va falloir repartir sur un cycle court d’un an pour préparer Tokyo avant une préparation inédite de trois ans pour les JO suivants à Paris. Mais qui peut nous dire ce qui va se passer en 2020 ? Malheureusement personne."
 

Marathon online

Seul devant son écran, Dimitri continue son marathon online. Il attend sa liaison vidéo quotidienne avec l’hémisphère sud. Le Martiniquais s’occupe depuis peu de Sasha Zhoya. Cet athlète de 17 ans a la particularité d’être de nationalités franco-australo-zimbabwéenne. En janvier dernier, Sasha annonçait qu’il avait décidé de concourir sous le maillot français. Une très bonne nouvelle puisque les spécialistes prédisent à Zhoya un avenir radieux sur 110 mètres haies et à la perche.

Depuis début mars, le jeune prodige est en Australie pour un programme d’entraînements établi bien avant la venue du Covid-19. "Sasha était le seul athlète du groupe qui pouvait encore s’entraîner normalement", lâche Dimitri. "Le seul ! Mais l’Australie a tout interdit à partir du 1er avril. Cette guerre contre le coronavirus ne fait que commencer." Une guerre ou pour certains comme Dimitri Demonière, une épreuve longue distance. Un ultra-marathon sans ligne d’arrivée annoncée.

 
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