Les Outre-mer, une chance pour la stratégie maritime française

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Les Outre-mer au cœur de la stratégie maritime française ©IPR
La France est le 2ème domaine maritime mondial derrière les Etats-Unis et devant l’Australie. Notre pays possède des atouts exceptionnels, mais avant que l’économie bleue ne devienne source d’emploi et de profits, notre pays doit relever des défis majeurs. A commencer par donner des moyens à chaque territoire ultramarin pour les encourager à déployer une stratégie maritime

Les océans représentent près de 71% de la surface du globe et 361 millions de kilomètres carrés. Cette immensité est un atout pour la France. Avec ses 20 000 km de côtes et ses 11 millions de km2 de surface maritime, la France possède, grâce aux Outre-mer, le deuxième domaine maritime du monde et le premier par sa diversité. Elle bénéficie à ce titre de l’exclusivité des ressources de la mer jusqu’à environ 370 km au large. Un potentiel exceptionnel que la France peine pourtant à valoriser. 

Il faut se jeter à l'eau parce que jamais la France n'a été aussi grande. C'est notre atout gagnant, car non seulement nous avons le plus beau, le plus formidable domaine maritime, mais nous avons aussi l'argent, arrêtons de pleurer, et nous avons également le savoir-faire

Christian Buchet, géo-politologue, spécialiste de la mer


Replacer les Outre-mer au cœur de la stratégie maritime

Encore faudrait-il que la France affirme ses ambitions et s’engage dans une grande politique de la mer. Ce qui, au regard de la Délégation sénatoriale aux Outre-mer, est loin d’être le cas. "La priorité est aujourd’hui d’inverser notre regard, en replaçant les Outre-mer au cœur de la stratégie maritime nationale, en crédibilisant notre souveraineté mise à mal sur les zones économiques exclusives (ZEE) et en accompagnant la transition économique des Outre-mer", écrivent-ils. 

95 % des bateaux militaires sont dans l'Hexagone alors que les Outre-mer représentent 97,5 % de notre domaine maritime.

Philippe Folliot, sénateur du Tarn et membre de la délégation sénatoriale aux Outre-mer

La France est un pays de terrien et elle tourne assez souvent le dos à la mer. Il faut qu'elle devienne une puissance maritime", estime Stéphane Artano, sénateur de Saint-Pierre et Miquelon et président de la délégation sénatoriale aux Outre-mer. Et le sénateur de Saint-Pierre et Miquelon d’aller plus dans son raisonnement. "La stratégie de l’Hexagone vis-à-vis des outre-mer a souvent été uniquement une stratégie d’assistanat et de paix sociale. Le vecteur de l’économie bleue pourrait-être un moyen pour pouvoir assurer des perspectives et un développement économique de nos Outre-mer. On dit que si la France suivait la croissance mondiale de l’économie bleue cela pourrait représenter de l’ordre de 300 000 emplois qui pourraient être créés dans les prochaines années", précise Philippe Folliot.

Dans la perspective de la prochaine stratégie maritime (2023-2029), le rapport de la Délégation sénatoriale aux Outre-mer préconise de "prévoir en amont une plus large association des élus de chaque territoire ultramarin à son processus d'élaboration". 

"Le 21e siècle sera maritime"

Ce constat, le président de la République semble le partager. En décembre 2019 aux assises de la mer à Montpellier, Emmanuel Macron affirme que Le XXIe siècle sera maritime. C’est sur cet espace que la France aura à se penser, à se vivre. Et nous avons tous les atouts pour y réussir . De la parole aux actes, il décide quelques mois plus tard de doter la France d’un ministère de la mer. Une première depuis trente ans, mais un engagement aux prises avec la réalité politique. Deux ans plus tard, et malgré les attentes des acteurs du maritime, le ministère de la Mer est supprimé. Le secrétariat d’État à la Mer qui le remplace est confié à Justine Benin, députée de Guadeloupe, et il désormais est directement rattaché à la Première ministre, Élisabeth Borne.

Les enjeux maritimes sont immenses et éminemment stratégiques pour nos territoires et pour la France tout entière, notre pays étant une puissance maritime mondiale par sa façade océanique.

Justine Benin, secrétaire d'Etat auprès de la Première ministre , chargée de la Mer

Une chance à saisir

La mer offre des trésors inexploités et les spécialistes s'accordent à dire que l'économie bleue demeure, malgré des vents parfois défavorables, une opportunité exceptionnelle pour la France. A condition de capitaliser sur cette richesse. "C'est vraiment notre grande chance pour mener des aventures maritimes, mais aussi pour l'énergie, les minerais, l'halieutique ou encore le combat contre le réchauffement climatique. Compte tenu de ce potentiel, la France peut devenir l'une des premières puissances mondiales par tête d'habitants", affirme avec enthousiasme Christian Buchet.

Des ressources

A ce jour, 90 % des océans restent encore inexplorés. Les ressources sont immenses et prometteuses, mais l’économie bleue a un coût. Elle se heurte également à des contraintes techniques comme dans certains grands fonds marins au large de la Polynésie française où l’on trouve des sulfures polymétalliques, des minéraux composés de soufre et de métaux (fer, zinc, cuivre,…) ou encore sur l’atoll de Clipperton qui contient des nodules polymétalliques, recherchés pour leur richesse en manganèse, cobalt, nickel et cuivre.

Les ressources halieutiques, elles, sont abondantes notamment dans les espaces maritimes qui relèvent des Terres australes françaises ou plus rare, mais très recherché, comme  à Saint-Pierre et Miquelon avec le concombre de mer, « le caviar de l’archipel ».

S’agissant de la biodiversité, les îles Éparses, qualifiées de "sanctuaires océaniques de la nature primitive", disposent d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. Les plages sont des lieux de ponte parmi les plus importants au monde pour les tortues marines.  

Des moyens de surveillance taillés au plus juste

Des ressources qu'il conviendra de défendre en augmentant les moyens pour assurer sa surveillance. La pêche illégale, les opérations de narcotrafics ou encore le réarmement naval dans l’indopacifique sont autant de menaces qui pèsent sur les intérêts français. Le domaine maritime français représente une superficie de plus de 11 millions de km² et les moyens pour assurer la surveillance prennent du retard. « Les six patrouilleurs Outre-mer qui doivent remplacer les P400 ne seront mis en service qu’entre 2022 et 2025 », mentionne le rapport de la Délégation aux Outre-mer. 

95 % des bateaux militaires sont dans l'Hexagone alors que les Outre-mer représentent 97,5 % de notre domaine maritime.

Philippe Folliot, sénateur du Tarn et membre de la délégation sénatoriale aux Outre-mer

Aujourd’hui le nombre de patrouilleurs destinés à la surveillance de la zone exclusive française est équivalant à deux voitures de police pour surveiller l’ensemble du territoire hexagonal.