Les sous-marins océaniques de DCNS pour l’Australie pourraient protéger la Nouvelle-Calédonie

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Valls en Australie 020516
Le 1er ministre Manuel Valls avec son homologue australien Malcolm Tunrbull ©NC1ère (Alain Jeannin)
L'échec retentissant du constructeur naval ThyssenKrupp face à DCNS dans l'appel d'offre pour les prochains sous-marins australiens aurait fait sa première victime. Selon l’agence Reuters, l’un des responsables de la direction navale du conglomérat allemand est sur le départ. 
Hanz Christoph Atzpodien a dirigé l’équipe des négociateurs de TKMS en Australie rappelle le quotidien économique Les Echos. Durant plus de huit mois, un lobbying intense a été mené sur place par ThyssenKrupp. Les Australiens n’ont pas retenu le sous-marin U-Boot de la série 216. Il serait trop bruyant. Le négociateur allemand paie là son manque de réussite.

Après la publication par la presse australienne de données anciennes concernant des sous-marins français Scorpène en Inde, force est de constater que notre industrie de défense ne compte pas que des amis.

Avec les Barracuda, un océan pacifique

Le contrat, remporté par DCNS, est estimé à 50 milliards de dollars australiens (34 milliards d'euros). L'Australie a décidé en avril d'engager des discussions exclusives avec le constructeur naval français, détenu à 62 % par l'État. L’équipe de DCNS à Canberra a remporté une victoire phénoménale contre les Allemands et les Japonais. Le contrat porte sur la conception et la construction des 12 grands sous-marins océaniques australiens. Dans le cadre des accords de défense et de sécurité entre l’Australie et la France, ces bâtiments pourront protéger, en cas de nécessité, l’environnement maritime de la Nouvelle-Calédonie.
SOUS MARIN
Sous-marin Shortfin Barracuda Block 1A de DCNS pour la marine australienne ©DCNS


Un environnement maritime stratégique

Le 26 avril dernier, le Premier ministre australien Malcolm Turnbull appelle François Hollande pour l’informer que le français DCNS a remporté l’appel d’offres pour la construction de sa prochaine génération de sous-marins. L’Australie entend se protéger contre la montée en puissance de la marine de guerre chinoise. Manuel Valls est le premier responsable politique français à s'être rendu à Canberra après la conclusion de l’accord. Le 2 mai, il affiche sa volonté de passer du temps de la décision à celui de la réalisation.


Le Shortfin Barracuda, une assurance pour la Nouvelle-Calédonie

Pour les deux pays, le choix en faveur de DCNS est stratégique. Il permet de renforcer le partenariat régional de sécurité. Un signe fort adressé à la France, pour lui exprimer la nécessité de sa présence dans la région pour les pays voisins de la Nouvelle-Calédonie. La Nouvelle-Zélande et l’Australie, sont toutes deux liées à la France par les accords de défense Franz et Quad. "Nous partageons avec l’Australie des espaces communs dans l’océan Pacifique comme dans l’océan indien", a déclaré le Premier ministre à plusieurs reprises. La proximité de la Chine, et le renforcement de sa puissance navale, est un facteur d’inquiétude qui pousse l’Australie, à réassurer ses alliances militaires internationales.

Le partenariat franco-australien dérange

La fuite de documents techniques sur les sous-marins Scorpène dans la presse australienne, quelques semaines après la sélection de DCNS, n’est sans doute pas le fruit du hasard. La victoire française en Australie n’a pas fait que des heureux. Rivaux commerciaux évincés ou services de renseignements, le spectre des adversaires de DCNS est large. L’objectif serait d’abord de faire capoter les négociations exclusives entre australiens et français. Mais la divulgation d’informations et de documents sur les sous-marins Scorpène destinés à l’Inde serait une torpille parmi d’autres...

La France produit des sous-marins furtifs

DCNS enregistre des succès commerciaux qu'envient ses concurrents sur le marché des sous-marins. Lun d'entre eux est peut-être à l'origine de la fuite australienne avec pour objectif de porter le discrédit sur l'industrie française. Pour un ancien responsable des services de renseignements, le scénario le plus probable est qu’un concurrent chercherait à saboter les négociations exclusives entre la France et l’Australie. « Jeter la suspicion sur DCNS c’est aussi tenter de fragiliser les alliances de la France dans le Pacifique Sud » précise Alain Juillet expert en intelligence économique et fin connaisseur de la Nouvelle-Calédonie : « n’oubliez pas que l’industrie calédonienne pourrait fournir le nickel pour les sous-marins australiens » conclut Alain Juillet.

Les concurrents de DCNS, l’Allemagne et le Japon ont bien du mal à accepter leur échec. D’autant que l’entreprise française fait figure de sérieux outsider dans la compétition avec ThyssenKrupp (TKMS) pour la livraison de sous-marins à la marine norvégienne mais aussi à la Malaisie. La guerre économique souterraine que se livrent les entreprises est sans pitié. Il faut noter, en conclusion, que dans ce domaine, presque tout est opacité et conjecture. Pour le contrat des sous-marins australiens, la cible est cependant clairement identifiée. Elle s’appelle DCNS.
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