Livre : les Kamikazés japonais dans la guerre du Pacifique (1944-1945)

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Japon
©Christophe Gerick AFP
Le Japon militariste a envoyé des jeunes gens à la mort en valorisant une approche semi-mystique du sacrifice. Il devait permettre à l’empire de montrer au Moloch américain la bravoure d’une civilisation millénaire. Un livre raconte cette histoire.
 
À l’orée du XXe siècle, le centre de gravité de l’Histoire bascule du bassin de la Méditerranée dans le vaste bassin du Pacifique. Les deux zones d’influence des Etats-Unis et du Japon se touchent en son centre.

Le Pacifique, enjeu économique et politique
Le Japon a devant lui un adversaire bien décidé à lui contester les points stratégiques les plus importants. "Dès lors, écrit Christian Kessler dans sa genèse de la guerre du Pacifique, les relations nippo-américaines ne cessèrent de se dégrader." La marine japonaise rêve au sud, la décision de guerre exprime le vouloir-vivre national alors que le pays se trouve privé de l’accès aux métaux, au pétrole. Si le raid sur Pearl Harbor est un succès tactique, "il réveille le colosse américain endormi".

Vers la formation des Kamikazés
Octobre 1944. Depuis déjà deux ans le Japon se trouve sur la défensive aussi bien sur terre que sur mer. Les défaites, puis les désastres se succèdent sans que les militaires qui contrôlent le pouvoir à Tokyo, ne cherchent à y mettre fin en proposant aux Alliés une reddition. Au fur et à mesure que les batailles sont perdues, le Japon se fige dans une résistance toujours plus acharnée où tous les moyens sont bons pour ralentir la marche en avant des forces américaines. La guerre du Pacifique, de par son immensité géographique, se transforme en un défi logistique que le Japon ne peut résoudre. Dévasté, sans ressources, à bout de souffle, le pays cherche encore par tous les moyens à se battre. Son célèbre chasseur Zéro est agile mais fragile, il exige moins de matières premières mais, très vite, il est surpassé par le chasseur P38 américain au blindage en acier.
 
Japon
©AFP
Etudiants et adolescents recrutés
Cette détermination fanatique passe notamment par la création du corps de kamikazés. Ces jeunes pilotes de l’armée de l’air vont se précipiter avec leurs avions chargés d’une bombe sur les navires de l’US Navy pour tenter de freiner leur remontée vers les îles de l’archipel.  "Au début, à bord des navires américains, il y a de la panique dans l’air" note Christian Kessler l’auteur de l’ouvrage. Ultime recours contre l’écrasante suprématie de l’ennemi. Sacrifier sa jeunesse, voilà où en est arrivé le Japon militariste. La première unité kamikazés est formée à Formose, des dizaines d’autres suivront, mais l’avancée américaine se poursuivra inexorablement.
 
JAPON CHASSEUR MITSUBISHI A6M ZERO
Chasseur Mitsubishi A6M Zero [Musée de l'aviation de Tokorozawa] ©Koichi Nakamura AFP
2 septembre 1945. Le Japon capitule, il est détruit, la population aux abois. Les kamikazés n’auront pas pu éviter les attaques dévastatrices sur le sol national. Dans son livre, remarquablement documenté, Christian Kessler évoque le recours massif aux amphétamines, la glorification des "héros dieux de l’air", il aborde aussi la question complexe du volontariat ou du caractère forcé, contraint de ces incorporations de la fine fleur sacrifiée de la jeunesse japonaise. Sur nos sept boutons d'élèves-aviateurs/ sont ciselés des fleurs de cerisier et des ancres/ aujourd'hui nous volerons sur des nuées d'orage/ vers le nuage clair de l'espérance/ qui surgit dans le ciel...(Hymne des Kamikazés)

Historien, Christian Kessler est professeur à l’Athénée Français de Tokyo et enseignant aux universités. Il a écrit de nombreux articles et livres sur le Japon où il réside depuis longtemps et dont il est un spécialiste. Les Kamikazés japonais dans la guerre du Pacifique, édition Economica
 
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