Madagascar : les multiples facettes d'un territoire en quête de stabilité

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Les Malgaches votent pour le second tour de l'élection présidentielle
Plus de dix millions de Malgaches sont appelés à élire leur président, dans un contexte politique tendu. ©GIANLUIGI GUERCIA / AFP
Le second tour de la présidentielle à Madagascar se tient ce mardi 19 décembre, après de nombreuses années de crises. L’occasion de retracer l'histoire et les multiples visages de ce pays de l'océan Indien, situé à seulement 400 kilomètres des côtes africaines.
Ce mercredi 19 décembre, Madagascar vote pour le second tour de son élection présidentielle. L'occasion de faire un tour d'horizon de ce qui caractérise cette grande île de l'océan Indien, premier producteur de vanille au monde et un des pays les plus pauvres, secoué par des crises politiques à répétition.
 

Une biodiversité exceptionnelle

Quatrième plus grande île au monde, Madagascar s'étend sur 587.000 km² et compte près de 25 millions d'habitants.
Elle est régulièrement balayée par des cyclones et des tempêtes tropicales. En janvier dernier, le cyclone Ava y a fait 51 morts et 22 disparus. Un an plus tôt, en mars 2017, Enawo avait déjà causé près de 80 décès.

Des catastrophes naturelles qui mettent en péril la biodiversité de l'île. Une richesse naturelle qui suscite par ailleurs de nombreux trafics d'espèces animales et végétales dont certaines sont menacées de disparition : bois de rose, tortues, lémuriens, reptiles, hippocampes, corail noir...
 
L'île de Madagascar se caractérise par la richesse de sa biodiversité
©AFP

 

Une histoire politique marquée par les crises

Cette ancienne colonie française devient indépendante en 1960, sous la présidence de Philibert Tsiranana.
Didier Ratsiraka, instigateur de la "révolution socialiste malgache", accède à la tête du pays en 1975. Après un mouvement de contestation en 1991-1992, il quitte le pouvoir, qu'il retrouve fin 1996.

De décembre 2001 à juillet 2002, une crise post-électorale dégénère en affrontements armés entre partisans du maire d'Antananarivo, Marc Ravalomanana, et de Didier Ratsiraka. Le premier est déclaré vainqueur de la présidentielle et son prédécesseur s'exile en France. Réélu fin 2006, le pouvoir de Marc Ravalomanana est, cependant, de plus en plus contesté.
En janvier 2009, le maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, en conflit avec le régime, réunit plus de 20.000 personnes dans la capitale. Des manifestations émaillées de violences secouent alors l'île pendant plusieurs semaines.

En mars, Marc Ravalomanana transmet les pouvoirs à un directoire militaire, qui les remet à Andry Rajoelina, lequel prend la présidence d'une transition non élue en attendant l'organisation d'élections.
En décembre 2013, Hery Rajaonarimampianina est élu lors d'une présidentielle, sans Marc Ravalomanana ni Andry Rajoelina. Ces deux derniers sont interdits de candidature dans le cadre d'un plan de sortie de crise.
 

Nouvelles manifestations en 2018

Entre avril et juin 2018, l'île est confrontée à une nouvelle crise avec une vague de manifestations de l'opposition, qui réclame le départ du président Rajaonarimampianina, accusé de vouloir faire taire ses rivaux avant les élections.
Pour sortir de l'impasse, la Haute cour constitutionnelle (HCC), la plus haute juridiction du pays, ordonne la nomination d'un nouveau Premier ministre et d'un gouvernement d'union nationale.

Après un scrutin mouvementé, au départ duquel 36 candidats étaient en lice, le verdict des urnes approche pour les deux grands rivaux de la scène politique malgache, Andry Rajoelina, 44 ans, et Marc Ravalomanana, 69 ans.
Des soutiens du candidat Andry Rajoelina face à des supporters de son rival, Marc Ravalomanana, durant une parade de campagne à Antananarivo, le 16 décembre dernier.
Des soutiens du candidat Andry Rajoelina face à des supporters de son rival, Marc Ravalomanana, durant une parade de campagne à Antananarivo, le 16 décembre dernier. ©GIANLUIGI GUERCIA / AFP
 

Vanille, saphirs... et malnutrition

Depuis 2016, Madagascar enregistre une croissance annuelle supérieure à 4%, mais les récoltes de ce pays essentiellement agricole, notamment le riz, ont été affectées par des catastrophes naturelles qui ont poussé les prix alimentaires à la hausse.
En revanche, Madagascar a bénéficié de l'envolée des cours de la vanille, dont elle génère 80% de la production mondiale.
L'île fournit aussi 40% de la production mondiale de saphirs.

Malgré la croissance, le pays affiche un taux d'extrême pauvreté de 76,2% en 2017.
La moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, un phénomène attribué par des experts à une trop grande dépendance au riz.
Madagascar est le cinquième pays au monde pour le nombre d'enfants non scolarisés.
A chaque hiver austral, l'île connaît une épidémie de peste, qui a été plus virulente en 2017 et causé plus de 200 morts.

Ces différents indicateurs montrent l'envergure de la mission que devra relever le prochain pouvoir malgache.
Ce mercredi, plus de dix millions de Malgaches sont appelés à élire leur président, dans un contexte politique tendu. Le scrutin a tourné au règlement de comptes entre les deux hommes qui, depuis dix ans, étouffent la vie politique du pays.