Maire et médecin, le double défi du Réunionnais Michel Pichan à Saint-Lizier

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Docteur Michel Pichan, maire de Saint-Lizier
Docteur Michel Pichan, maire de Saint-Lizier (Ariège) ©Pierre Lacombe
Son écharpe de maire à peine ajustée, le docteur Michel Pichan, anesthésiste-réanimateur au centre hospitalier Ariège Couserans, doit protéger la santé de ses administrés tout en se portant au chevet de l'économie locale frappée de plein fouet par la crise sanitaire. Un défi. 
À 68 ans, le docteur Michel Pichan, ancien chef de service anesthésie-réanimation au centre hospitalier Ariège Couserans et président jusqu'en 2016 de la très influente commission médicale de l'établissement (CME) durant 28 ans, aurait pu ranger sereinement sa blouse blanche et aspirer à une retraite tranquille dans sa belle ville de Saint-Lizier. Mais ce serait bien mal connaître cet homme passionné et débordant d'énergie. "J'ai toujours fait beaucoup de sport, ça permet d'avoir de l'endurance et d'acquérir un esprit de compétition avec cette idée de toujours donner le meilleur de moi-même", indique-t-il.  
 

Elu avec 78 % des voix

Au mois de mars dernier, ce Réunionnais d'origine, très attaché à son île où vit encore son père - 96 ans, créateur du supermarché qui porte son nom - sa sœur, sa fille et ses deux petites filles, a décidé de proposer sa candidature à la mairie de Saint-Lizier, cité gallo-romaine. 

Michel Pichan est élu au premier tour avec un résultat à faire pâlir de jalousie les élus de l'Ariège et au-delà, puisqu'il réunit plus de 78 % des suffrages. "J'y vois deux explications", affirme-t-il modestement, "l'usure du pouvoir du maire précédent qui avait fait quatre mandats consécutifs et l'arrivée d'une équipe jeune issue de la société civile, avec l'ambition de réveiller la belle endormie"
 

Au chevet de ses patients et de ses administrés

À peine le temps de savourer cette large victoire que le médecin-maire doit se confronter à un défi inattendu. Alors qu'il a consacré quarante années de sa vie professionnelle à soigner ses patients, Michel Pichan doit désormais protéger ses administrés de la Covid-19 et défendre, dans le même temps, une économie locale durement éprouvée par la pandémie avec un tourisme au point mort et des petits commerçants au bord de l'asphyxie. "Je fais ce que je peux", affirme Michel Pichan avec un léger soupir. 
 

D'un côté, je demande aux gens de respecter les gestes barrières et de porter le masque dans l'espace public, et de l'autre, je vais au contact des gens qui ont du mal à faire tourner leur entreprise ou leur commerce, ceux qui restent au bord du chemin comme les personnes en situation précaire, les étudiants, les familles monoparentales... C'est mon rôle de leur apporter un soutien moral et de les accompagner pour obtenir des aides, notamment de l'Etat.

Docteur Michel Pichan, Maire de Saint-Lizier 



A l'hôpital, le docteur Michel Pichan est aussi en première ligne pour soigner les malades atteints de la Covid-19. Epargné lors de la première vague, l'Ariège est aujourd'hui le deuxième département d'Occitanie le plus touché par la pandémie. "Nous sommes dans le cyclone et si nous n'y prenons garde, il y aura des dégâts, des décès, mais aussi des personnes qui après deux mois en réanimation conserveront des séquelles motrices ou respiratoires. Quand vous perdez l'odorat ou le goût, vous perdez deux sens qui font partie de la qualité de la vie", prévient-t-il.  

Réveiller la "belle endormie"

Saint-Lizier
©Pierre Lacombe

Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire, Michel Pichan n'a pas renoncé à son désir de "réveiller" Saint-Lizier. La cité médiévale possède un patrimoine religieux exceptionnel avec deux cathédrales, la première est située en hauteur dans l'enceinte du Palais des Évêques, la seconde, Notre Dame de Saint-Lizier, en contrebas. A cela, s'ajoutent un superbe cloître roman, un buste reliquaire en argent doré ciselé de Saint-Lizier ou encore l'Hôtel Dieu et sa pharmacie du XVIIIe siècle dont on peut admirer un bel ensemble de pots en faïence. Depuis 1998, les principaux monuments de Saint-Lizier sont également inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle.  

Malheureusement, cette cité médiévale du XIIe siècle qui possède autant d'atouts que Saint-Paul-de-Vence dans les Alpes-Maritimes, Cordes-sur-Ciel dans le Tarn ou encore Conques dans l'Aveyron s'est endormie. Elle possède des joyaux bruts qu'il faut polir, façonner pour atteindre une harmonie d'ensemble. C'est une tâche immense, mais exaltante. 

Docteur Michel Pichan, Maire de Saint-Lizier 


Jusqu'ici plus à l'aise dans les couloirs du centre hospitalier Ariège Couserans qu'avec une écharpe tricolore, Michel Pichan porte un regard lucide sur ses deux fonctions. "En réanimation, il faut prendre des décisions immédiates, rapides pour effectuer un diagnostic et proposer des soins qui garantiront la survie du malade. À la mairie, il faut sans cesse franchir des obstacles politiques, administratifs ou juridiques. Le moindre projet peut prendre des mois, des années même. Le tempo n'est pas le même."
 

La "Georgette"

fourchette cuillère "georgette"

Ses monuments exceptionnels et ses joyaux qui l'entourent ne sont pas les seules richesses de Saint-Lizier. Paul Fontvieille, l'un des chefs de référence de la région, a installé il y a plus de dix ans son restaurant le Carré de l’Ange dans l’ancien Palais des Évêques et propose à sa clientèle des produits labellisés des Pyrénées comme l’agneau, le bœuf gascon ou encore l’Azinat revisité au foie gras. "Une cuisine généreuse, soignée et accessible" peut-on lire dans les guides spécialisés. Une référence dont le Maire veut se servir pour développer le rayonnement de sa ville. 

Autre atout et pas des moindre, la fameuse "Georgette" de Jean-Louis Orengo. Cette cuillère qui fait aussi office de fourchette et de couteau a été récompensée d'une médaille d'or au concours Lépine en 2016 et depuis, elle a été adoptée par des chefs aussi prestigieux que : Alain Ducasse, Hélène Darroze ou encore Gilles Goujon. 


Fin stratège 

Sur le point de quitter définitivement ses malades et le personnel soignant, Michel Pichan va laisser un grand vide dans cet hôpital dont une salle de réunion porte déjà son nom. "Durant 28 ans, à la tête de la CME, il a démontré des qualités politiques. Il aime le dialogue, le débat et même la contradiction. Il est aussi très vif, toujours pressé. S'occuper de 70 médecins et arriver à les concilier démontrent des qualités de stratège qui lui seront très utiles dans ses nouvelles fonctions", affirme admirative le docteur Sylvie Baqué qui travaille à ses côtés depuis plus de trente ans et qui vient de prendre sa suite à la présidence du commission médical de l'établissement (CME).  


"Non négociable"

Michel Pichan
©MP

Depuis sa mairie, le docteur Michel Pichan gardera toujours un œil sur l'avenir de son hôpital. Si le docteur est sur le départ, le maire devrait être élu en décembre président du conseil de surveillance du CHAC (centre hospitalier Ariège Couserans). Une nouvelle fonction dont il s'acquittera avec la passion et l'énergie qui l'ont toujours animé, mais qui ne l'empêcheront pas de se rendre à La Réunion. "J'y vais en moyenne une fois par an". Un rendez-vous que Michel Pichan, toujours ouvert au débat, juge cette fois "non négociable".  
 
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