Malgré les ravages de la crise sanitaire, les croisières espèrent sortir la tête de l'eau

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Le costa Magica au large de la Floride  (26 mars 2020)
Le Costa Magica au large de la Floride (26 mars 2020) ©CLIFF HAWKINS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
Les croisières sont un enjeu Outre-mer, mais leur image a été affectée, et leur activité suspendue par la pandémie. Contaminations et décès à bord, paquebots errant de port en port... Le secteur s'estime touché mais pas coulé et veut reconquérir sa clientèle avec de nouvelles normes sanitaires. 
Pour l'année 2020, le secteur des croisières tablait sur 32 millions de passagers dans le monde. Un objectif rendu caduc par l'épidémie de Covid-19 qui laisse sur le flanc une industrie générant plus d'1,1 million d'emplois directs et indirects, en incluant entre autres la construction navale.

Dans ce domaine, les Outre mer sont concernés au premier chef. En effet, selon l’agence Atout France, ce sont plus de 2 millions de croisiéristes qui faisaient escale Outre mer en 2017. En tête, Le Pacifique avec la Nouvelle Calédonie et la Polynésie française, avec 1, 5 millions de vacanciers en 2017.


Le Diamond Princess, "navire de l'angoisse"

Or, avec la crise sanitaire, l’image de la croisière qui s’amuse a pris un coup :  on se souvient de l’épisode du Diamond Princess, ce navire qui comptait à son bord 3700 personnes et qui n’a pas eu le droit d’accoster au Japon pour cause de covid 19.  "il y a notamment eu ce navire de l'angoisse, une espèce de bateau de pestiférés version 21e siècle", souligne Paul Tourret, directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime (Isemar).

Au final, le Diamond Princess est resté en quarantaine tout le mois de février au large du Japon, le nombre de cas de coronavirus culminant à 700 pour une dizaine de morts confirmées.
 
Diamond princess en quarantaine, Japon, 24 février 2020
Le Diamond princess en quarantaine, Japon, 24 février 2020 ©Philip FONG / AFP

D’autres images de  navires "contaminés" - Zaandam, Coral Princess, Costa Magica - ont également fait le tour du monde. Et les réactions à leur approche n’ont pas manqué : C’est ainsi que le paquebot Costa Magica avec à son bord 200 passagers italiens a été refoulé de plusieurs ports de la Caraïbe. L’annonce de son arrivée en Martinique le 12 mars a suscité la colère de certains habitants.
"Les médias d'une manière générale ont ciblé, avec beaucoup d'insistance par moments, la croisière. Cela a été fait avec un peu trop d'acharnement, il y a eu un besoin à un moment donné d'illustrer le coronavirus, les croisières ont servi à cela", juge Erminio Eschena, président de Clia France, l'association regroupant les principaux armateurs. Après une crise sanitaire d'une telle ampleur, "aucune activité dans le tourisme ne peut reprendre à l'identique, la croisière n'y fait pas exception", résume-t-il.


Redonner l'envie de monter à bord

A présent, le principal défi des compagnies - à l'arrêt total au moins jusqu'à début août - est de redonner l'envie de monter à bord. "Il faut beaucoup travailler pour transmettre un sentiment de sécurité, en développant des innovations en termes de produits et services : la demande pour les croisières dépendra de ce qui sera mis en place", souligne Giuliano Noci, professeur de stratégie à l'école de commerce de Polytechnique à Milan.

Un protocole sanitaire est en cours d'élaboration pour le secteur, et sera bouclé d'ici fin juin. Clia, l'association regroupant les armateurs, en détaille les grandes lignes :

Toutes les options sont à l'étude pour prendre en compte la distanciation sociale: envisager un taux d'occupation qui ne serait pas à 100% à bord ou dans les navettes, une refonte des flux d'accès et de circulation, l'arrêt des buffets pour ne proposer que de la restauration à table.


"L'attention se porte aussi sur le contrôle à l'embarquement, l'évolution de l'offre de divertissement, les technologies numériques. Pour les excursions, nous travaillons sur des circuits avec un nombre de participants restreint par bus, eux-mêmes plus petits", complète Costa Croisères, marque du numéro un mondial du secteur Carnival. "Cette situation pourrait favoriser l'innovation technologique", comme la réalité vituelle pour remplacer les excursions, note Giuliano Noci.


Bémols

Mais la reprise dépend aussi d'autres secteurs: sans trafic aérien, impossible d'acheminer les clients sur le lieu de départ de leur périple. Et avec des frontières fermées ou des quarantaines, pas d'escales à terre. Certains pays ont également proscrit les croisières pour une longue période, comme les Seychelles jusqu'en 2021. "Nous adopterons une approche progressive en fonction de la situation de chaque pays. Une première phase pourra éventuellement privilégier des itinéraires nationaux, avant un élargissement aux pays voisins", indique Costa.


Déclaration maritime de santé renforcée

En attendant, au coeur de la crise, certaines mesures avaient déjà été prises. Exemple en Guadeloupe où dès fin février les navires qui voulaient accoster devaient transmettre 24h avant leur arrivée, la déclaration maritime de santé, un certificat qui atteste de l’état sanitaire du navire. Ces déclarations sont obligatoires pour tous les bateaux qui souhaitent entrer dans le Port de Pointe-À-Pitre ou ailleurs en France. En Polynésie française, Etat et Pays ont édicté début mars des mesures de sécurité à destination de l’enceinte portuaire.


Juste une "mauvaise passe"?

La Chine - deuxième marché derrière l'Amérique du nord - devrait être la première à repartir en croisière: "les Chinois sont tracés constamment, ce qui réduit significativement la probabilité de contamination", selon Giuliano Noci. "Nous avons de nouvelles réservations pour cet automne et l'hiver prochain. Les vacanciers savent faire la part des choses", juge pour sa part Erminio Eschena.

Reste à savoir si les armateurs tiendront le coup : le géant Carnival, qui avait levé plus de 6 milliards de dollars en avril, vient de se faire évincer de l'indice phare de la bourse de Londres, après avoir perdu les deux tiers de sa valeur depuis le début de l'année.

Mais pour Paul Tourret (Isemar), l'optimisme reste de mise: "Les grandes compagnies s'attendent à une année difficile, mais considèrent que c'est juste une mauvaise passe". Elles tablent sur l’essor spectaculaire du secteur ces dix dernières années : en l’espace d’une décennie, la fréquentation des croisières a quasiment doublé.