À Mayotte, des entraves majeures à l'accès aux soins

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Hôpital Mayotte
Femme présentant des signes de typhoïde, aux urgences de l'hôpital de Mayotte, à Mamoudzou, le 11 février 2017. ©MARIE MAGNIN / HANS LUCAS
Le défenseur des droits dénonce, dans un rapport rendu public mardi 11 février, des "entraves à l’accès aux soins" dans le 101e département : une offre de soins sous-dimensionnée, des obstacles à l’accès à l’assurance maladie ou encore le difficile recrutement des médecins.
L'accès aux soins est l'une des priorités décrétées par le défenseur des droits en Outre-mer. Les indicateurs de santé présentent en effet des résultats inquiétants : une espérance de vie plus faible qu'en métropole, une surmortalité infantile et maternelle, ainsi qu'une forte prévalence du diabète et des maladies infectieuses et parasitaires, par exemple.
 

Offre sous-dimensionnée

A Mayotte, malgré une offre libérale très peu développée, il n'y a qu'un seul hôpital pour une population évaluée à 256 500 habitants par l’INSEE : au centre hospitalier de Mayotte (CHM), situé à Mamoudzou, sont rattachés quatre centres délocalisés qui traitent les premières urgences et assurent des consultations de médecine générale et spécialisée. Enfin, 13 centres de consultations assurent des soins de proximités et de prévention. L'État a, par ailleurs, doté Mayotte d'une enveloppe de 172 millions d’euros pour permettre l’extension du CHM. 

Si le défenseur des droits salue l'effort financier de l'État pour améliorer le système de santé local, il le juge insuffisant. Car, au total, le nombre de lits à Mayotte s'élève à 411 pour l'ensemble de l'île (180 lits de médecine, 69 de chirurgie, 152 d’obstétrique, 10 en psychiatrie), soit 1,6 lit pour 1 000 habitants. Ces chiffres permettent de prendre la mesure de la pression subie par le secteur public à Mayotte. Pour comparaison, la moyenne nationale se situe autour de 6 lits pour 1 000 habitants.
 

Malades privés de couverture sociale

En matière de protection sociale, la législation française ne s'applique pas à Mayotte où un système dérogatoire a été mis en place. Ainsi, la couverture maladie universelle complémentaire (CMU) et l’aide médicale de l’Etat (AME) n’existent pas. Les prestations sociales sont versées par la caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM) spécifique au département. Pour le défenseur des droits, l'absence de CMU et d'AME contribue "à freiner le développement de l'offre de soins libérale".

Ainsi, il n'y a pas d’ophtalmologue à Mayotte et deux ORL à l'hôpital, peu de psychiatres (10 lits pour toute l'île). L’offre de soins en cancérologie est également très limitée : il n'existe pas de service d’oncologie au CHM, seul le suivi des traitements par chimiothérapie y est possible.
 

Difficultés à recruter

Quant aux médecins généralistes, on en compte 20 pour l'ensemble de l'île dont la population totale est estimée à plus de 250 000 habitants. "Les carences sont également notables dans le domaine de la médecine du travail : on compte un unique médecin de prévention pour l'ensemble des fonctionnaires et également un seul médecin pour le secteur privé."

La médecine scolaire est quasiment inexistante. L'île ne dispose que de deux médecins scolaires pour plus de 100 000 enfants, quand, en moyenne en France, un médecin s’occupe de 11 772 élèves, selon le Syndicat national des médecins scolaires et universitaires (SNMSU-UNSA Education).

Afin de pallier ces carences anciennes mais persistantes, le CHM a mis en place un système financier incitatif à l'égard des médecins spécialistes, visant à les faire venir sur de courtes missions. L'agence régionale de santé (ARS) tente aussi de favoriser la mise en place de Maisons de santé pluriprofessionnelles avec un contrat d’aide à l’installation des médecins (CAIM) pour les médecins libéraux (50 000€ pour un engagement de 5 ans).
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