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Mondial-1998, les 20 ans - Thuram: contre la Croatie, "c'était pas vraiment moi!"

"J'ai essayé de faire revenir cette personne qui a marqué deux buts mais elle ne s'est jamais représentée !": 20 ans après, Lilian Thuram n'en revient toujours pas de son doublé inscrit contre la Croatie en demi-finale de la Coupe du monde 1998 (2-1), dans un entretien.

Lilian Thuram © Christophe SIMON / AFP
© Christophe SIMON / AFP Lilian Thuram
  • La1ère.fr avec AFP
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La Coupe du monde, ça représentait quoi pour vous enfant ?
Lilian Thuram : Enfant, ce n'est même pas un rêve, c'est plus que ça: c'est quelque chose qui existe, mais qui n'est pas vraiment vrai. On joue la Coupe du monde - j'étais le Brésil - avec les amis. Quand on est enfant, la Coupe du monde c'est toujours la finale: on joue, et on gagne, et si on perd on recommence. Je me souviens de la Coupe du monde 82, et j'étais en larmes. On s'imagine jouer une Coupe du monde, mais on ne s'imagine pas vraiment que c'est possible, parce qu'il n'y a pas de raison que je devienne joueur de foot et que je joue la Coupe du monde.

Lilian Thuram à la fondation Gol de Letra à Rio de Janeiro © TASSO MARCELO / AFP
© TASSO MARCELO / AFP Lilian Thuram à la fondation Gol de Letra à Rio de Janeiro

Coupe du monde 98: première image qui vous vient à l'esprit ?
Moi ça me donne envie de rire, j'ai l'impression que c'est une blague. Je sais très bien que nous avons gagné la Coupe du monde, mais ça me fait sourire, parce que je me dis que je n'ai pas gagné la même Coupe du monde que celle que les Maradona ou Platini ont jouée, ça n'a pas de sens, et pourtant je sais très bien que c'est la même Coupe du monde. C'est l'étonnement, et ça me fait sourire.

Est-ce que les gens vous en parlent ?
Il n'y a pas une journée, que ce soit en France ou à l'étranger, sans que quelqu'un ne me parle de la Coupe du monde. C'est toujours avec beaucoup de joie: très souvent, il y a beaucoup de plaisir et de bonheur dans les yeux de la personne qui m'interpelle.

C'est assez incroyable, parce que récemment je suis allé voir une pièce de théâtre, et quelqu'un m'a dit: On sait exactement où nous étions lors de la finale. C'est quelque chose qui a marqué profondément la France, et ceux qui aiment le foot, et c'est quelque chose qui est profondément ancré en moi. C'est un sentiment de plénitude, comme s'il y avait un bonheur éternel dans le fait d'avoir gagné cette Coupe du monde.

© GABRIEL BOUYS / AFP
© GABRIEL BOUYS / AFP

A l'étranger... On vous en a parlé, en Croatie ?
Non, je ne suis jamais allé en Croatie. Dernièrement, j'étais à Oxford pour faire une conférence. J'étais dans un restaurant, et en passant, un serveur me dit: Je suis croate ! et il est parti (rires). On en a souri. Je lui ai dit simplement: Vous êtes croate, vous savez qui je suis, mais ce qui s'est passé, je n'y suis pour rien !

Un peu quand même... Justement, quelles ont été les conséquences de votre doublé ?
Ç'a été une très bonne chose que je marque deux buts, parce que si on avait perdu 1-0, la France entière aurait dit : Ah ouais, on aurait pu gagner la Coupe du monde, mais Thuram s'est trompé sur le premier but... Donc ç'aurait été une catastrophe.

Tout le monde a été surpris, moi le premier, et on s'est dit  : Non mais c'est une blague, c'est pas lui ! Mes coéquipiers, après le match, rigolaient. C'était pas vraiment moi: j'ai essayé de faire revenir cette personne qui a marqué deux buts mais elle ne s'est jamais représentée!" (rires).

Lilian Thuram félicité par Laurent Blanc et Marcel Desailly le 8 juillet 1998 (France-Croatie) © OLIVER BERG / DPA
© OLIVER BERG / DPA Lilian Thuram félicité par Laurent Blanc et Marcel Desailly le 8 juillet 1998 (France-Croatie)

La pose du philosophe a-t-elle changé le regard sur vous ?
Beaucoup de personnes ont découvert que je jouais en équipe de France, notamment les personnes qui ne s'intéressaient pas au foot. Je pense que le geste est resté en mémoire parce que les gens ressentaient au plus profond d'eux que moi-même je ne comprenais pas ce qui se passait. On s'est rencontré sur ça : Le mec il est perdu, on voit bien qu'il ne sait pas ce qui se passe.

Ce geste, évidemment, je n'y ai pas pensé avant le match. S'il n'y avait pas eu les images, je n'aurais pas su que j'ai fait ce geste-là. Marcel Desailly est le premier à s'approcher vers moi et il me dit: Mais Lilian, qu'est-ce que tu es en train de faire? Moi j'ai dit: Ben j'en sais rien...


Comment regardez-vous le joueur Zinédine Zidane ?
Je le connaissais avant, en Espoirs, donc je connaissais la valeur du joueur. Le voir devenir le joueur qu'il était en train de devenir en équipe de France, ça ne m'étonnait pas. La première fois que je l'ai vu, lors d'un rassemblement de jeunes à Clairefontaine, je devais avoir 17 ans. Je vois un joueur en train de jongler, qui lance le ballon très haut, le récupère.

Le soir, j'appelle des amis: J'ai vu un mec, c'est incroyable, il est trop fort ! C'était Zidane. Les gens ne s'en rendent pas compte, mais la plus grande qualité de Zinédine Zidane, ce n'est pas sa technique: c'est un gros travailleur. Quand quelqu'un est très technique, les gens sont persuadés que c'est facile.

Raphaël Varane et Zinédine Zidane lors d'un entrainement du Real Madrid, le 15 avril 2016 © JAVIER SORIANO / AFP
© JAVIER SORIANO / AFP Raphaël Varane et Zinédine Zidane lors d'un entrainement du Real Madrid, le 15 avril 2016

Quand les gens m'observent, ils vont dire que je suis un travailleur : comme je suis limité techniquement, ils se disent que ma réussite est liée à mon travail. Mais pour quelqu'un de technique comme Zidane, on pense que sa réussite est liée à sa technique et non son travail. C'est quelqu'un qui a un très fort caractère, qui a une très grande intelligence des situations, et quelqu'un qui travaille plus que les autres. Ce n'est pas quelque chose qui m'étonne quand je le vois joueur ou maintenant entraîneur.

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