Mondiaux d'athlétisme : le Martiniquais Wilfried Happio effleure l'exploit sur 400 m haies

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Wilfried Happio
Le Martiniquais se contentera d'une place au pied du podium lors aux Mondiaux aux États-Unis. ©© KMSP / FFA
Sans grande référence internationale, le coureur de 400 m haies Wilfried Happio, âgé de 23 ans a échoué d'un rien à décrocher une première médaille pour les Bleus mardi aux Mondiaux de Eugene (Oregon) après une progression fulgurante et quelques semaines agitées d'un point de vue extra sportif.

En athlétisme tout va très vite, et pas seulement Wilfried Happio. Le 25 juin, cet espoir de l'athlétisme tricolore recevait un violent coup de poing dans la figure sur le stade d'un lycée caennais à quelques minutes d'une victoire aux Championnats de France avec un seul œil ouvert.

Vingt-quatre jours plus tard, il a retranché 1 sec 70 à son record, une folie à ce niveau, et failli monter sur le podium de l'une des plus grandes compétitions du monde. Dans un Hayward field bouillant, Wilfried Happio - 47 sec 41 a entrevu le bronze à l'issue d'une course superbe, avant de voir l'Américain Trevor Bassitt - 47 sec 39, poussé par la foule, le remonter dans la dernière ligne droite et le passer sur la ligne, la beauté et la cruauté de l'athlétisme réunies en un instant.

"Pour le moment c'est une déception, de rester au pied du podium. Mais je sens que je passe un cap. Je savais devoir partir fort, je me sentais bien, rapide. Les dernières haies ont été plus compliquées, sur la fin il m'en manque un peu. L'Américain est peut-être parti plus lentement, félicitations à lui, mais c'est la dernière fois qu'il me fait ça !", a réagi l'athlète en zone mixte, les yeux embués.

"Un déclic mental"

Un an après une course de légende aux Jeux olympiques de Tokyo, le 400 m haies a offert une nouvelle dinguerie. Devant, le Brésilien Alison dos Santos a gagné en 46 sec 29, un temps fou, le 3e de tous les temps derrière les chronos olympiques du Norvégien Karsten Warholm (45.94, record du monde) et de l'Américain Rai Benjamin (46.17).

Mardi, Benjamin a de nouveau pris l'argent (46.89), alors que Warholm s'est effondré après un début de course furieux (7e en 48 sec 52). Le double champion du monde en titre a fini par payer sa blessure subie début juin qui l'avait vu débarquer aux Etats-Unis sans référence.

Et là, tout prêt, le Martiniquais a tutoyé ces monstres du sport, qui ont ringardisé pour de bon l'ancien record du monde de l'Américain Kevin Young (46.78) qui avait tenu de 1992 à 2021.
Champion d'Europe junior en 2017 puis espoir en 2019, le Martiniquais vient de battre trois fois son record personnel en quatre courses, la combinaison d'un long travail et de l'apport des nouvelles chaussures de son sponsor, arrivées fin juin, dans la gamme des chaussures "magiques" qui contribuent au boom des performances sur la piste depuis trois ans.

"Ça paraît ouf, mais ça fait trois ans que je stagnais en 49 secondes alors que je m'entraînais dur. Il y avait surtout un déclic à avoir, mental. Quand on est fort jeune et que des doutes arrivent on trébuche, on se fixe soi-même des limites. Aujourd'hui je n'en ai pas fixé, voilà ce que ça donne." Il s'est même approché à seulement quatre centièmes du record de France de Stéphane Diagana (47.37). Consultant pour France Télévision sur la compétition, l'ex-recordman d'Europe (jusqu'en 2019) a soufflé quelques conseils payants à Happio et à son coach Olivier Vallaeys ces derniers jours.

Plainte pour agression sexuelle 

Sur son petit nuage sportif, le sportif a connu des semaines agitées hors des pistes. Le 30 juin, une athlète internationale française a porté plainte contre lui pour agression sexuelle. La plaignante dénonce des attouchements répétés qui auraient eu lieu à l'Insep, où les deux sportifs s'entraînent, dans la nuit du 20 septembre 2021. La jeune femme est la soeur de l'homme qui avait frappé Happio au visage à Caen, lui laissant une petite cicatrice qui l'a suivie à l'autre bout du monde dans l'Oregon.

L'Insep a ouvert une enquête interne. La Fédération française d'athlétisme (FFA), qui a sélectionné l'athlète pour les Mondiaux, a décidé de ne pas saisir sa propre commission de discipline. "Je ne pense pas qu'on ait à se substituer à la justice et on n'est pas dans l'urgence absolue", a estimé le directeur technique national Patrick Ranvier.