Nouvelles révélations sur "l'intelligence" des corbeaux calédoniens

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Corbeau calédonien
©NC la1ère
Les scientifiques ont montré il y a quelques années que le corbeau calédonien, réputé pour son intelligence, utilisait des "outils" pour se nourrir. Une nouvelle étude publiée ce mercredi 4 novembre démontre cette fois qu'il pouvait aussi planifier une opération à venir. 
Les études sur le corbeau calédonien avait permis jusqu'ici de démontrer qu'il était capable de fabriquer et d'utiliser des "outils", tels que des brindilles, pour se nourrir, qu'il était aussi capable d'utiliser un distributeur automatique de nourriture en fabriquant, de mémoire, les "pièces" qui débloquent la machine. Mais cette fois, des scientifiques ont franchi une nouvelle étape. L'étude, publiée par le Professeur Markus Böckle, de l'Université de Vienne, montre que "les corbeaux néo-calédoniens peuvent utiliser des outils pour planifier des événements futurs spécifiques", l'une des caractéristiques déterminantes de l'intelligence humaine. 
 

L'épreuve du marshmallow

L'étude publiée dans les Proceedings of the Royal Society explique que les corbeaux, quatre femelles (Mercure, Neptune, Triton et Uranus) et cinq mâles (Io, Jupiter, Mars, Saturne, et Vénus) ont appris à utiliser trois outils, - une tige, un caillou et un crochet -, fonctionnant chacun exclusivement avec un dispositif dédié, contenant un petit morceau de viande. On les a entraîné ensuite à suivre une séquence bien précise, mais seulement avec le dispositif fonctionnant avec la tige, en l'occurence un tube de plexiglas. 

Dans un compartiment, on leur montrait le tube contenant un morceau de viande pendant une minute. On plaçait ensuite le corbeau dans un compartiment adjacent, où après cinq minutes on lui présentait cinq objets: les trois outils, un "distracteur" (une balle), et un petit morceau de pomme, qui fait partie de son régime alimentaire.

Après avoir choisi un des cinq objets, l'oiseau devait attendre encore dix minutes avant d'être remmené dans le compartiment où se trouvait le tube contenant la viande, qu'il récupérait grâce à la tige.

Ce faisant, les oiseaux ont passé avec succès l'épreuve du marshmallow, dans laquelle on propose à un enfant la gourmandise, - la pomme pour le corbeau -, en lui expliquant qu'en se retenant de l'engloutir, il en obtiendra un plus grand nombre plus tard, - la viande pour l'oiseau.
 

Capacité à se projeter dans le temps

Corbeau calédonien
©Capture d'écran NC la1ère

Cette expérience de "voyage mental dans le temps", comme on l'appelle, teste la capacité du sujet à se projeter dans l'avenir. "On la trouve chez l'enfant à partir de 4 à 6 ans", a expliqué à l'AFP le chercheur du département de biologie cognitive. Mais dans son expérience, "il y a une difficulté supplémentaire, parce que l'oiseau doit effectuer une tâche technique, choisir un outil, pour atteindre son objectif".

Quatre des six corbeaux testés ont fait la preuve de leur capacité à se projeter dans le temps. Comme dans la deuxième expérience, toujours avec le seul tube, mais contenant cette fois un morceau de pomme. Placés dans le compartiment à outils, où un morceau de viande les attendait à la place, ils n'ont pas hésité à s'en saisir plutôt que d'attendre une récompense moins goûteuse.

Puis les choses se sont corsées, pour les quatre corbeaux sur les six ayant passé avec succès ces deux épreuves. Afin de s'assurer que leur choix d'un outil ne résultait pas d'un "apprentissage par association", en associant en l'occurrence la tige à une récompense, on les a soumis, à cinq reprises et dans un ordre alternatif, à deux séquences qu'ils n'avaient jamais expérimentées. L'une avec le dispositif fonctionnant avec le caillou, et l'autre celui avec le crochet.
 

Exercice mental

"C'est la phase délicate", explique le Pr. Böckle, car les trois outils "ont la même valeur, chacun étant la solution dans une situation, mais pas dans les deux autres". Il leur a fallu "effectuer une sorte d'exercice mental sur ce qu'ils auraient à faire dans le futur". Trois des quatre corbeaux restant ont passé le seuil attribuable à la chance. Le champion, Neptune, a choisi le bon outil neuf fois sur dix, suivi par Triton et Uranus, avec sept sur dix.

Des succès qui, selon l'étude, sont un encouragement à vérifier plus avant la capacité des corbeaux calédoniens à maîtriser le "voyage mental dans le temps". Et à en expliquer les mécanismes.

Regardez la vidéo ci-dessous pour en savoir plus sur le corbeau calédonien : 
 
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