Outre-mer : reconquérir l'autonomie alimentaire

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Plants d'ignames. Port-Laguerre
Champ expérimental d'ignames à Port-Laguerre ©Caroline Antic-Martin
Les territoires ultra-marins dépendent beaucoup des importations pour l'alimentation de leurs habitants, mais à l'heure où les conflits internationaux, la pandémie mondiale et le cours des matières premières pèsent sur les prix et perturbent les liaisons maritimes, la question de reconquérir l'autonomie alimentaire est de plus en plus urgente.

"Cette année, c'est une explosion des coûts à tous les niveaux : l'alimentation des bovins, l'électricité, les engrais, les semences, le matériel agricole avec l'augmentation des métaux, tout explose. Le deuxième problème, c'est la disponibilité de ce qu'on veut acheter. Et le troisième, c'est la livraison des conteneurs, aléatoire parce qu'il n'y a plus assez de place dans les bateaux", explique Bruno de la Coopérative d'éleveurs de bovins de Tahiti.

Pour ces territoires souvent éloignés de plusieurs milliers de kilomètres de l'Hexagone, tous les biens transitent par bateau, avec les contraintes que cela génère, y compris les biens essentiels comme l'alimentation, car l'agriculture locale ne suffit pas aujourd'hui à nourrir les près de 2,2 millions de personnes qui y habitent.
Les cinq départements d'outre-mer (la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Réunion et Mayotte), où les terres arables subissent une forte pression foncière, ont une agriculture dominée par les cultures d'exportation.

Sur 135.000 hectares de surfaces agricoles recensés en 2020, 38.300 étaient dédiés à la culture de la canne à sucre et 7.700 à la banane. Le nombre d'exploitations est globalement en baisse de 10% sur 40 ans, sauf en Guyane, département qui a également vu augmenter sa surface agriculture utile ces dernières années.
Si tout ne peut pas être produit sur place, institutions et élus locaux cherchent à enrichir l'offre de production agricole "pays".

Obstacles fiscaux et financiers

"L'amélioration de la trajectoire d'autosuffisance alimentaire passe par la production locale d'un certain nombre de fruits et légumes importés", indique ainsi le Cirad, dans un rapport paru en début d'année proposant 23 leviers pour atteindre cet objectif dans les cinq départements d'outre-mer. Ces mesures concernent l'agriculture, l'agronomie, mais aussi l'emploi, la formation et les politiques publiques, car il faudra bouleverser des habitudes et des situations établies pour faire bouger les choses. Il existe en effet des obstacles fiscaux et financiers à la production locale.

Pour Alain Plaisir, spécialiste de la fiscalité qui menait une liste autonomiste lors des dernières élections régionales en Guadeloupe, "le problème, pour atteindre la sécurité alimentaire en Guadeloupe provient de deux choses : d'une part, des mécanismes du marché qui font que les importateurs et les consommateurs iront toujours au moins cher, mais aussi le statut de département qui ne permet pas aux élus locaux d'avoir une politique de prix".

Pour protéger les productions locales, il existe une taxe locale sur les importations, l'octroi de mer, spécifique aux Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte, La Réunion). Mais elle est à la fois considérée comme responsable de la cherté de la vie ou inefficace. "Les prix des produits alimentaires importés en Guadeloupe sont si bas au départ que même avec la taxe, ils restent plus bas que les prix locaux", note M. Plaisir.

"Les politiques publiques en matière de souveraineté alimentaire, dans le contexte départemental, ne sont que des vœux pieux qui ne peuvent pas aboutir. C'est pourquoi je suis favorable à l'autonomie, mais aussi à une refonte totale de notre fiscalité locale, notamment sur ces questions d'importations", assure encore M. Plaisir.