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Sur les plages de Madagascar, la quête désespérée de familles de disparus du vol MH370

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MH370 Madagascar
Grace Nathan, qui a perdu sa mère dans le crash fait partie des familles présentes à Madagascar ©Manan VATSYAYANA / AFP
Le 8 mars 2014, le vol MH370 disparaissait avec 239 personnes à bord. 18 mois plus tard, les premiers débris sont retrouvés sur les côtes de La Réunion, mais le mystère reste entier. Pour tenter de comprendre, certaines familles sillonnent Madagascar à la recherche de débris et d'explications.
"On a vu un débris sur les rochers. C'est comme s'il nous attendait". Jian Hui, dont la mère a disparu dans le crash mystérieux du vol MH370, s'emballe après sa découverte sur une plage malgache. Le fragment pourrait cependant tout aussi bien provenir d'un bateau et doit encore être analysé. Faute d'explications officielles, des familles de victimes ont décidé de sillonner Madagascar, en 4X4, en quad ou encore à pied, dans l'espoir de trouver des indices à tout prix du drame qui a fait basculer leur vie. Une mission impossible, diront certains.
 

Le crash de 2014

Le 8 mars 2014, le Boeing 777 de la Malaysia Airlines se volatilisait peu après son décollage de Kuala Lumpur à destination de Pékin avec 239 personnes à bord. A ce jour, ni le lieu ni l'origine du crash n'est connu, alimentant les plus folles théories.  Des fragments identifiés avec une "quasi-certitude" comme provenant de l'appareil ont cependant été découverts ces derniers mois sur les côtes d'Afrique de l'Est et dans l'océan Indien, notamment à La Réunion en juillet 2015. D'où le choix d'une poignée de familles de disparus de se rendre cette semaine à Madagascar.
 
 

Deux fragments découverts

En deux jours, la petite équipe - accompagnée d'un enquêteur amateur américain, Blaine Gibson, qui parcourt le monde pour essayer de résoudre le mystère du MH370 - découvre sur des plages de l'île Sainte-Marie (ouest) deux fragments qui pourraient, selon elle, provenir d'un avion.  A moins que ce ne soit des débris de bateau ou autre... L'émotion est pourtant à son comble. "Quand j'ai trouvé un premier débris mercredi, j'étais très excité et très triste", reconnaît Jian Hui, après une journée éprouvante pour le corps et les nerfs. "A chaque fois que nous découvrons ce type de morceau, je pense que nous nous rapprochons un peu plus de la vérité.... C'est en tout cas ce que je veux espérer", lâche ce Chinois de 44 ans sous un soleil de plomb. Jeudi, l'équipe tombe sur un deuxième fragment. Une Malaisienne, qui a perdu son mari et participe aux recherches, fond en larmes.  Avec la découverte de ces deux débris en composite et structure en nid d'abeille, "je pense que notre déplacement à Madagascar était justifié", estime Jian Hui.
 

Une quête désespérée 

Mais l'origine des fragments, qui ne porte aucun chiffre ou sigle, reste encore à déterminer. Les débris vont être confiés aux autorités malgaches puis remis à la Malaisie pour analyse. Un processus qui peut prendre des mois. Jian Hui veut pourtant y croire dur comme fer. "J'ai fait beaucoup de recherches sur les débris d'avion afin de savoir à quoi ils ressemblent. Je sais très bien ce que je dois chercher", affirme-t-il confiant.

Quelques familles de disparus du vol MH370 se sont lancées dans cette quête désespérée, exaspérées par le manque de coordination, selon elles, des opérations de recherche. Il n'y avait, à leurs yeux, plus d'autre solution que de prendre les choses en main.  "Je préfèrerais que les autorités se chargent des recherches" plutôt que de nous "appuyer sur les touristes ou les pêcheurs pour trouver par hasard des débris", se plaint Jian Hui. Ce serait "plus efficace".
 

Sensibiliser la population

A Madagascar, les proches de disparus voyagent avec des représentants du gouvernement malaisien. "Plus la pièce trouvée est grande, plus nous avons de chance de déterminer son origine", explique Aslam Basha Khan du ministère malaisien du Transport. "Mais parfois, nous ne sommes pas capables de faire le lien direct avec l'avion", prévient-il. Les familles profitent aussi de leur séjour à Madagascar pour sensibiliser la population à leurs recherches. A Sainte-Marie, le guide Cyriak Rakotosoa, qui avait trouvé un débris en octobre, leur sert de relais. "J'ai dit aux pêcheurs que s'ils découvraient quelque chose de similaire, il fallait l'apporter à l'hôtel. Mais d'habitude, prévient-il, s'ils trouvent quelque chose comme ça, ils l'utilisent par exemple pour réparer un toit".
 

Bouteille à la mer

Signe de la détresse abyssale des familles, Li Er You, un Chinois dont le fils unique était dans l'avion, jette à la mer, depuis un bateau, une bouteille contenant de l'argent et une lettre.  "On a mis tout notre coeur dans cette bouteille, confie-t-il. On espère que quelqu'un la trouvera et saura où est tombé l'avion. Si quelqu'un trouve cette bouteille, qu'il me contacte au plus vite."
 
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