Primaire populaire: Taubira ou la confusion ?

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Christiane Taubira à Rennes
Christiane Taubira à Rennes ©Damien MEYER / AFP
La gauche est suspendue dimanche au verdict de la Primaire populaire. Si Christiane Taubira est donnée favorite, une surprise n'est pas à exclure, y compris la victoire d'un candidat refusant de reconnaître le résultat, au risque d'ajouter encore à la confusion.

Les quelque 467.000 inscrits, qui ont commencé à voter en ligne depuis jeudi, avaient jusqu'à 17H00 pour se prononcer. Le résultat sera connu aux alentours de 19H00. À la fermeture des votes, 392.738 votants ont été enregistrés, soit un taux de participation de 84,1%, selon les organisateurs.

À l'origine, la Primaire populaire avait un objectif simple : désigner un champion capable de réunir toute la gauche pour porter le fer à la présidentielle. Pour cela, cette initiative citoyenne a fini par sélectionner sept candidats, issus des différentes sensibilités de gauche : écologiste, socialiste et insoumise. Limpide.
Sauf que trois des sept candidats et pas des moindres - Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon - ont demandé, en vain, à ne pas être mêlé à cette affaire et refusent quoi qu'il en soit de se plier au résultat du vote.
"Pour moi, la page de la primaire populaire est tournée depuis un moment", a répété M. Jadot samedi. La présidente du groupe socialiste à l'Assemblée, Valérie Rabault, a dénoncé dimanche sur radio J "une fausse primaire""Mettre des candidats à l'insu de leur plein gré, c'est antidémocratique, c'est ahurissant", a ajouté cette porte-parole d'Anne Hidalgo.

Le chiffre de 467.000 inscrits à ce scrutin a pourtant été salué comme un vrai succès populaire. Le signe aussi, selon ses promoteurs, que l'heure n'est plus aux grands partis, mais aux citoyens prêts à se réapproprier la politique et ressusciter une famille de gauche aussi divisée qu'affaiblie, qui pèse à peine un quart des intentions de vote.
Mais que se passera-t-il si dimanche l'un des trois "malgré nous" est désigné vainqueur ? Un cas de figure qui n'est pas à écarter car les partis n'ont pas interdit à leurs militants de participer à la Primaire. Au contraire, plusieurs fédérations socialistes ont même appelé à voter et la numéro 2 du PS, Corinne Narassiguin, a indiqué qu'elle allait le faire.

Le mode de scrutin pourrait également réserver son lot de surprises. Les votants doivent classer les candidats avec les mentions suivantes : "Très bien", "Bien", "Assez bien", "Passable", "Insuffisant(e)". Et le candidat qui obtient la meilleure médiane remporte l'élection.


    "Elle se ralliera à elle-même" 


Pour bénéficier du soutien de la Primaire populaire, le vainqueur devra ensuite signer un "contrat de rassemblement" et "inclure l'esprit du socle commun programmatique dans son programme". Un prérequis qui paraît totalement illusoire pour les candidats réfractaires. M. Mélenchon décrit la Primaire populaire comme "une farce", M. Jadot comme une "machine à perdre", et Mme Hidalgo comme "une démarche qui ne crée aucune obligation""On n'est suspendus à rien du tout, on continuera notre campagne", a insisté Mme Rabault.

Dès lors, le scénario le plus "confortable" reste une victoire de Christiane Taubira face aux trois autres candidats moins connus, le député européen Pierre Larrouturou et deux personnes de la société civile, Charlotte Marchandise et Anna Agueb-Porterie.
À l'inverse de ses trois principaux concurrents, l'ex-Garde des Sceaux a promis de respecter à la fois résultat et modalités pour la suite. "Je vais rejoindre la personne qui aura été désignée. À charge pour elle évidemment
de créer les conditions de l'union"
, a-t-elle répété vendredi sur BFMTV.

Mais si le vainqueur ne reconnaît pas le processus ? Alors "on n'est pas dans le même cas de figure, mais nous verrons tranquillement dimanche", a-t-elle ajouté.
"Tout ça est cousu de fil blanc, c'est l'investiture de Mme Taubira qui est annoncée", a estimé le député LFI Adrien Quatennens dimanche sur France inter/franceinfo/Le Monde, déplorant "une espèce de vote préférentiel qui va écarter les candidats
les plus clivants". 
Pour Anne Hidalgo, "il n'y en a qu'une qui reconnaît le processus, c'est elle, et donc elle se ralliera à elle-même".
Et au final, ajoute la maire de Paris, l'ex-ministre de la Justice ne sera donc qu'"une candidate de plus" à gauche, où il faut également compter sur le communiste Fabien Roussel, non sélectionné pour la Primaire populaire.