Procès Mediator : les parties civiles de La Réunion satisfaites des réquisitions

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Procès du Mediator à Paris avec Irène Frachon (à droite)
Procès du Mediator à Paris en présence d'Irène Frachon (à droite) ©Philippe LOPEZ / AFP
L'accusation a requis 8,2 millions d'euros d'amendes à l'encontre de Servier et trois ans de prison ferme contre son ex-numéro 2. Pour les nombreuses victimes de La Réunion, c’est une satisfaction de voir enfin leur souffrance reconnue. 
 
"Nous sommes très satisfaits des réquisitions à la hauteur de ce scandale sanitaire. Il s’agissait de juger un groupe corrompu qui a distillé avec la complicité de l’Etat du poison nocif en toute connaissance de cause et qui a fait de nombreuses victimes", déclare Maître Alain Antoine.
 

De nombreuses victimes à La Réunion

L’avocat représente 196 victimes de La Réunion. Environ 70 victimes étaient parties civiles devant le Tribunal correctionnel de Paris, les autres ont préféré lancer une action en indemnisation devant le juge civil à La Réunion. Or le juge civil est en attente de la décision pénale. Ce qui retarde encore l’indemnisation des victimes du Mediator.

"Une peine privative de liberté de 3 ans ferme à l’encontre de Jean-Philippe Seta (ex-numéro 2 de Servier) est à la hauteur de ce scandale de même que les 10 millions requis (NDLR 8,3 millions pour Servier et 1,85 million d'euros requis requise contre la maison-mère SAS Servier ainsi que contre la société Les Laboratoires Servier)", ajoute maître Alain Antoine.

"Voir aussi que le parquet reconnait la responsabilité pénale de l’agence du médicament, c’est un signe fort", insiste l’avocat qui précise que c’est une action dont "La Réunion est à l’origine". Maître Antoine espère maintenant que le tribunal suivra ces réquisitions. "Les clients sont résignés, ils n’y croient plus, ça fait 10 ans qu’on porte ce combat", ajoute-t-il. "Tant qu’ils n’auront pas obtenu une condamnation de Servier, ils auront une attitude de résignation".

►L'interview radio de Me Alain Antoine


►Reportage de Réunion la 1ère (22 septembre 2019) à la veille du début du procès :
Médiator : demain l'ouverture du procès
 

Victimes en Guyane

Le Mediator a fait de nombreuses victimes dans les outre-mer. L’association guyanaise de défense des utilisateurs de médicaments dangereux recensait en 2016, 54 victimes du Mediator. Dans un reportage de Guyane la 1ère, George Laroche témoignait. Il avait pris du Médiator pour maigrir pendant deux ans et demi. Quelques années plus tard, il a eu de très gros problèmes cardiaques, et a du subire quatre opérations.

 

Les révélations d'Irène Frachon

Le Mediator a été prescrit à environ cinq millions de personnes pendant les 33 ans de sa commercialisation. Le nombre de parties civiles s'élève à plus de 6500 à ce jour, selon Aude le Guilcher, la procureure. Le médicament est tenu pour responsable d’une centaines de décès.

Le procès du Mediator, s’est ouvert le 23 septembre 2019 devant le tribunal correctionnel de Paris, près de dix ans après le retrait du marché du médicament. Il avait été mis sur le marché en 1976 comme un adjuvant au traitement du diabète mais largement détourné comme coupe-faim.

Des alertes sur sa dangerosité ont été émises dès 1995. Des premiers cas de graves maladies cardiaques ont été signalés à partir 1999. Le scandale sanitaire avait été révélé il y a dix ans par la pneumologue de Brest Irène Frachon, auquel le parquet a rendu hommage. La firme pharmaceutique et l'ancien numéro 2 de Jacques Servier - le tout-puissant président et fondateur des laboratoires décédé en 2014 - sont accusés d'avoir sciemment dissimulé la toxicité du Mediator et sa toxicité.
 
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