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Publication d’une biographie du poète et homme politique guadeloupéen Guy Tirolien

livres Marie-Galante
Tirolien
©Les éditions du Manguier
L’écrivaine guadeloupéenne Gerty Dambury publie aux éditions du Manguier une courte biographie du poète et homme politique Guy Tirolien, abordant les angles essentiels de son parcours intellectuel et littéraire dans le contexte de son époque.
Guy Tirolien (1917-1988), dont on a célébré le centenaire de la naissance le 3 février 2017, a peu publié, mais certains de ses poèmes ont eu une reconnaissance internationale. C’est le cas par exemple de "Prière d'un petit enfant nègre", que l’on retrouve dans son recueil "Balles d’or" aux éditions Présence africaine en 1961. Mais c’est finalement son itinéraire politique qui prendra le pas sur ses élans littéraires. Guy Tirolien fit en effet, entre 1944 et 1960, une carrière d’administrateur de la France d’Outre-mer dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : Côte d’Ivoire, Guinée, Mali et Niger. De longs séjours qui marqueront profondément sa pensée et sa vision du monde. 

La dramaturge et écrivaine Gerty Dambury, Guadeloupéenne comme Tirolien et qui l’a bien connu, revient sur ce parcours exceptionnel à l’époque pour un Antillais dans une biographie critique. Elle rappelle notamment que Guy Tirolien avait intégré le prestigieux lycée Louis-le-Grand, au cœur du Quartier latin à Paris. C’est là qu’il fera des rencontres déterminantes : le Guyanais Léon-Gontran Damas, co-fondateur de la négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor ; et des figures emblématiques du mouvement littéraire afro-américain de la Harlem Renaissance comme Langston Hughes et Claude McKay.
 

Tourbillon culturel

Dans ce tourbillon culturel, agrémenté par les bars de noctambules, les bals créoles et le jazz, Guy Tirolien prépare l’École nationale de la France d’Outre-mer, dont il sortira diplômé après la Deuxième guerre mondiale (durant laquelle il est fait prisonnier). Il y côtoie des étudiants africains dont certains deviendront plus tard ministre ou président de leurs pays. Nommé administrateur en Afrique (au Dahomey, l’actuel Bénin) en 1944, Gerty Dambury relève l’importance de la découverte du continent pour Tirolien. Et les contradictions et interrogations du poète. Être le représentant d’une nation colonialiste tout en étant favorable au processus d’indépendance en Afrique, et faire face au tabou de la même problématique de l’indépendance dans son pays d’origine, à savoir la Guadeloupe.

Elle conclut : "Guy Tirolien a, pour sa part, été clair sur ses rêves comme sur ses intentions, en Afrique comme en Guadeloupe. Dans sa poésie autant que dans ses nouvelles, dans ses écrits de circonstances autant que dans ses déclarations politiques, il n’aura cessé de revendiquer la remise en cause d’un statu quo sclérosant pour nos pays". L’intérêt de la biographie de Gerty Dambury est également de replacer le parcours de Guy Tirolien dans son contexte historique. Les lecteurs, notamment les plus jeunes, apprendront nombre de choses sur le Front populaire, le Guyanais Félix Eboué (1884-1944, qui repose au Panthéon et qui fut notamment gouverneur du Tchad), les Noirs dans le Paris d’avant-guerre, l’émergence des indépendances africaines, le mouvement de la négritude, la langue et la culture créoles etc.
 
 
Gerty Dambury
Gerty Dambury

 "Une intelligence pleine de grâce", se souvient Gerty Dambury

"En septembre 1980, j'ai été nommée à Marie-Galante" (ou Guy Tirolien est décédé en 1988), confie Gerty Dambury (photo) à La1ere.fr. "Le rectorat de la Guadeloupe avait du mal à persuader des enseignants à y aller. On m'a donc nommée là-bas après que j'ai affirmé que cela ne me posait aucun problème. Je suis arrivée à Grand-Bourg en pleine période électorale. Guy Tirolien était encore candidat à la mairie de Grand-Bourg mais, très rapidement, pour des raisons de santé, il a abandonné l'idée de se faire élire. Je ne sais plus qui m'a emmenée chez lui, chez Thérèse (son épouse, ndlr) et lui pour la première fois. Mais nous sommes tout de suite devenus des complices. J'ai pris l'habitude de monter le voir tous les jours à Latreille. Nous parlions de politique bien sûr, mais pas uniquement. Il m'a beaucoup parlé de son amour des écrivains noirs américains, de son amitié avec Claude McKay, de son admiration pour Langston Hughes, pour Louis Armstrong… Je l'écoutais parler, inlassablement. J'ai beaucoup appris à son contact sur l'histoire de l'Afrique, de la négritude, sur la poésie. Il est le seul à m'avoir encouragée à accepter la proposition de la ville de Pointe-à-Pitre de monter "Vents" de Saint John Perse. Il affirmait, à contre-courant de la pensée de l'époque, que Saint John Perse était un auteur guadeloupéen et que nous ferions mieux de le reconnaître et de trouver, dans sa poésie, ce qu'il y avait de nous-mêmes. Oui, Guy Tirolien était un poète féru de la chose politique, avec quelque chose de plus : une intelligence pleine de grâce."

"Guy Tirolien", par Gerty Dambury - éditions du Manguier, collection Orénoque, 12 euros.
(La collection Orénoque des éditions du Manguier, dirigée par Monique Dorcy et Lydie Ho-Fong-Choy Choucoutou, propose à la lecture des portraits d’auteur.e.s de Guyane et de la Caraïbe pour les rendre accessible à tous, en particulier au jeune public scolaire ou universitaire).


 
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