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Qui est Casanova Agamemnon, le plus ancien détenu de France, qui a obtenu sa libération conditionnelle ?

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Casanova Agamemnon
©Family handout / afp
La libération conditionnelle de Casanova Agamemnon a été acceptée. L'homme de soixante-huit ans va pouvoir sortir de prison après quarante-huit années cumulées d'incarcération. Retour sur l'histoire du plus ancien détenu de France, qui s'étale des années 1970 à nos jours.
Les ennuis avec la justice débutent en 1969 pour Casanova Agamemnon. C'est alors un jeune homme de 19 ans qui travaille dans un restaurant en tant qu'apprenti cuisinier. Agamemnon poignarde son patron, après que celui-ci l'ait accusé de vol. Il est placé en détention provisoire, puis condamné quelques mois plus tard à la réclusion criminelle à perpétuité. Une condamnation rare pour un mineur -la majorité étant à l'époque fixée à 21 ans-.
20140416 Agamemnon
©Réunion1ere
Agamemnon est dans un premier temps détenu à La Réunion. Il est ensuite transféré dans l'hexagone en 1973, après avoir profité de l'évasion d'une bande de détenus pour lui même s'échapper. Le Réunionnais y passe onze ans, avant d'être à nouveau transféré sur son île en 1984. Il y obtient sa libération conditionnelle l'année suivante. Agamemnon est alors âgé de 35 ans. 
 
 

L'ennemi public numéro 1

Le natif de Saint-Benoît "replonge" quelques mois après son retour. En 1986, il se dispute avec sa compagne. Celle-ci est grièvement blessée après un coup de feu, accidentel selon Agamemnon. Dans la foulée, l'homme rejoint son frère Joseph sur son lieu de travail et l'abat d'une balle en plein coeur, officiellement pour une histoire d'héritage. Il prend la fuite et parvient à rester caché pendant près de trois mois. 

Durant cette cavale, la femme d'un policier dépose une plainte pour viol, en affirmant avoir été agressée par Casanova Agamemnon. Le fugitif est alors l'ennemi public numéro 1 à La Réunion. Il est finalement arrêté chez un ami en mai 1986. Une arrestation pour le moins périlleuse : Agamemnon reçoit deux balles dans les jambes en tentant de fuir. Il essaie de se suicider avec son arme, sans succès.
Casanova Agamemnon libérable
Le Réunionnais Casanova Agamemnon a purgé l'essentiel de sa peine dans l'Hexagone. ©DR
Son procès a lieu en juillet 1988. Le Réunionnais est acquitté de la tentative d'assassinat sur sa compagne, ainsi que du viol de la  femme du policier. Il est en revanche condamné à dix ans de réclusion pour le meurtre de son frère Joseph. 

 

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Casanova Agamemnon en prison
©FAMILY HANDOUT / AFP
La peine de dix ans de prison en cache une autre : Casanova Agamemnon ayant commis un meurtre durant sa libération conditionnelle, c'est en réalité la perpétuité qui "reprend ses droits". En novembre 1988, Casanova Agamemnon est de retour dans l'hexagone pour y purger sa peine. 

Il dépose à partir de 1991 de nombreuses demandes de libération conditionnelle. Aucune d'elles n'aboutit. Agamemnon doit attendre vingt-trois ans pour enfin retrouver son île natale : il est transféré en 2014 à La Réunion. 

 

La fin de la peine

Depuis, la suite des événements s'est montrée plutôt favorable. Le plus ancien détenu de France s'est marié l'année dernière. En juin dernier, le CNE (Centre National d'Evaluation) a rendu un avis favorable à sa demande de libération conditionnelle. Un avis suivi, donc, de son admission à la libération conditionnelle ce vendredi 23 novembre. 

Casanova Agamemnon restera toutefois le plus ancien détenu du pays pendant quelques mois encore. De décembre à juillet prochain, il devra effectuer des demandes de permissions pour quitter le centre pénitentiaire du Port. L'homme de 68 ans devrait normalement s'installer avec son épouse, qui s'était engagée à le faire travailler bénévolement dans son établissement en cas de libération.

Sa femme, restauratrice à Saint-Benoît, s'est engagée à le faire travailler bénévolement dans son établissement. 

 
Une personnalité qui fascine
Depuis les années 1980, Casanova Agamemnon fascine et divise les Réunionnais. Certains le voient comme un héros pourfendeur de l'oppression coloniale. Un symbole renforcé par les menaces de mort adressées au procureur de la République pendant sa cavale, ou encore sa déclaration au Journal de l'île de La Réunion en 2012 : "Je suis victime d'une justice parallèle et discriminatoire". Une pétition lancée en 2016 pour réclamer sa libération conditionnelle, avait même recueilli plusieurs centaines de signatures.
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