Qui est William Nadylam, le comédien fascinant de la série Parlement ?

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William Nadylam
William Nadylam ©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Acteur fétiche de Peter Brook au théâtre, inoubliable Yusuf Kama dans le film Les animaux fantastiques (J.K. Rowling), William Nadylam jongle avec différents styles. Dans la série Parlement, il est tout simplement hilarant. Originaire de La Réunion par sa mère, Outre-mer la 1ère l’a contacté.
Pas de doute, c’est la série française la plus drôle du moment. La saison 1 de Parlement (il y aura une saison 2, c’est confirmé) est encore visible sur le site ou l’application France.tv.

Cette série raconte les aventures d’un jeune attaché parlementaire très maladroit qui au fur et à mesure des épisodes va comprendre les arcanes et les subtilités du Parlement européen grâce à un administrateur fascinant dénommé Eamon. C’est ce rôle un brin rigide qu’interprète William Nadylam avec brio.
L’acteur n’est pourtant guère un habitué des comédies. Il a beaucoup joué au théâtre des œuvres classiques telles que Le Cid, Othello ou Hamlet. Mais cette nouvelle aventure l’a beaucoup amusé. Bloqué à New-York depuis le début du confinement, il n’a pu voir qu’un seul épisode de Parlement. "Je me suis trouvé embarqué dans cette entreprise sans vraiment comprendre à qui était destinée cette série. Une plate-forme ? Je n’avais jamais fait ça". Le tournage à Bruxelles au sein même du Parlement a été "dense, amusant et très rapide".
Parlement
Parlement ©France.tv


Un rôle inédit

William Nadylam salue le travail des scénaristes qui ont réussi à "capter des gens sur un sujet à priori barbant". Quant à son personnage, "c’est un peu l’âme du Parlement", le seul qui semble maîtriser parfaitement le fonctionnement de l’institution. Enigmatique et flegmatique, Eamon est un personnage comique "sans le vouloir". William Nadylam a pris beaucoup de plaisir à l’interpréter aux côtés de Xavier Lacaille et de Philippe Dusquene (ex-Deschiens) dont "un seul regard" déclenchait chez lui "des éclats de rire".

En voyant la série et la prestation de William Nadylam, on se dit : pourquoi cet acteur n’est-il pas plus connu en France ? Il possède pourtant un CV impressionnant constellé par de nombreux rôles au théâtre et au cinéma dans plus de 30 films. Il s’est même retrouvé à l’affiche d’une méga-production américaine, Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald.
 
Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald
Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald (2018) ©HEYDAY FILMS / WARNER BROS / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP

L’acteur vit depuis plusieurs semaines à Brooklyn. Jamais dans sa vie d’adulte, il n’est resté autant de temps au même endroit. Né à Montpellier d’un père médecin originaire du Cameroun et d’une mère réunionnaise, William Nadylam a vécu aux quatre coins du globe. Sa famille réunionnaise est dispersée au Texas, en Californie, en Nouvelle-Zélande et au Havre. "Tous les Malbars de France sont allés envahir le monde" s’amuse-t-il.
 

Du Tampon à La Réunion

A l’âge de 11 ans, il a vécu quelques mois au Tampon à La Réunion et en garde un souvenir merveilleux. "On y trouve les meilleurs bouchons et bonbons piments au monde", note-t-il, "meilleurs que leurs ancêtres indiens". Son grand-père Julien Ramdy Amalou possédait une entreprise de transports, "6 ou 7 cars au joli nom de "courant d’air" dont celui qui assurait la liaison Saint-Pierre-La Plaine des Cafres", précise le comédien.

Pour William Nadylam, La Réunion où il aime revenir régulièrement est "un concentré du monde entier, une sorte de Brésil rêvé où les gens vivent en harmonie". Sa carrière de comédien, il la doit d’ailleurs à son côté maternel. "Le côté artiste, saltimbanque vient de La Réunion, de ma mère et de sa famille", dit-il.
 

Arc-en-ciel au Piton des neiges

L’acteur se rappelle que l’un des moments déterminants de sa carrière s’est produit sur l’île intense. "J’étais parti seul au Piton des neiges, raconte William Nadylam. Au moment où je me trouvais près du cratère, j’ai reçu un coup de fil. J’ai alors aperçu un immense arc-en-ciel et je me suis rendu compte alors que j’étais à l’intérieur. C’était splendide. Et là, un homme à l’accent anglais prononcé commence à me parler en se présentant. -Je suis Peter Brook, dit-il. Je n’y croyais pas. Pendant cinq minutes, je pensais qu’il s’agissait d’une blague".

L’un des metteurs en scène les plus talentueux au monde lui proposait le rôle d’Horacio dans Hamlet de Shakespeare au théâtre des Bouffes du nord à Paris. Mais la suite ne s’est pas produite tout à fait comme William Nadylam l’aurait souhaité.


L'accident de route

Au Royaume-Uni, victime d’un chauffard, il a failli perdre la vie dans un accident de voiture. Complètement défiguré, le comédien a été pris en main dans un service de chirurgie réparatrice à Londres. Pendant toute "cette période longue et douloureuse", Wylliam Nadylam reconnait avoir fait des rencontres formidables comme celle de ce chirurgien anglais très fier de son travail qui a consisté à lui "sauver le visage".

L’acteur a mis deux ou trois mois avant de pouvoir reparler. A l’hôpital, il se souvient des visites d’amis comédiens désespérés pour lui et de cette infirmière à l’accent cockney leur assenant "What doesn’t kill you, make you stronger !" (ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort).
Mais au plus fort de cette tempête, le metteur en scène Peter Brook a tenu bon. Il a tout simplement dit à William Nadylam qu’il l’attendrait. Le comédien lui voue une reconnaissance éternelle. Avec Peter Brook, le comédien a interprété Hamlet pendant plus de deux ans en tournée à travers le monde.
 

Médecin ou comédien

Pour vivre cette carrière de "saltimbanque" et de nomade, William Nadylam a du parfois se battre. Dès l’adolescence, il a compris qu’il n’était pas fait pour devenir médecin comme le souhaitait son père. Envoyé dès l’âge de 12 ans à Sorèze près de Toulouse dans un internat à la discipline militaire, il mesurait la pression familiale. "Mon père, médecin au Cameroun voulait pour moi une éducation d’un bon niveau afin d’accéder à l’Université de médecine".

Mais à 12 ans, frêle et "poupin", l’adolescent avait bien du mal avec cette discipline rigide. Pire encore, il a alors "compris" qu’il était "d’un autre monde et d’une autre race" alors qu’il avait toujours pensé qu’il n’y avait "qu’une seule race d’hommes".

Se pliant à l’autorité paternelle, il a enchainé après le Bac trois années de médecine et de biologie. Et puis par hasard, il s’est retrouvé à donner la réplique à une amie qui voulait prendre des cours de théâtre rue Blanche à Paris. C’est lui qui finalement a été engagé. Depuis, le comédien n’a cessé de joué au théâtre et dans une moindre mesure au cinéma.


Du théâtre au cinéma

De grands metteurs en scène lui font confiance : Olivier Py avec La Servante, Jacques Nichet avec La tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire, Declan Donnellan avec Le Cid, Peter Brook avec Hamlet, The Suit et A Magic Flute. Le cinéma, "c’est arrivé plus tard", voire "un peu tard" au goût de William Nadylam.
 
William Nadylam dans le Cid de Corneille mis en scène par Declan Donnellanen en 1998 à Avignon
William Nadylam dans le Cid de Corneille mis en scène par Declan Donnellanen en 1998 à Avignon ©GEORGES GOBET / AFP

Un acteur "ça ne peut pas se plaindre, ça doit séduire", dit-il, même si aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, sa carrière aurait surement "décollé plus vite".

Le comédien a pris grand soin de refuser "les rares rôles de délinquant ou de voyou" qu’on lui proposait. "Quand je passais deux castings par an, mes copains en passaient deux par semaine", note-t-il. Les réalisateurs lui disaient souvent "moi je veux bien d’un acteur noir, mais le producteur ne veut pas".
 

Les mariés de l'île Bourbon

"C’est un sujet délicat" pour Wylliam Nadylam qui a d’autant plus savouré sa rencontre avec la réalisatrice Euzhan Palcy pour le téléfilm Les mariés de l’île Bourbon. L’acteur a apprécié "cette aventure sublime" chez lui à La Réunion et le soin avec lequel la réalisatrice lui faisait travailler son personnage.

Sur les tournages trop souvent, "les maquilleuses ne savent pas comment faire avec les peaux noires", il n’y a pas non plus de coiffeurs "pour les cheveux crépus", déplore-t-il. "Ça change petit à petit". Mais avec la Martiniquaise Euzhan Palcy, "c’était différent".
 

Pas assez d'écho

Malgré tout, l’acteur a eu de très beaux rôles au cinéma comme dans SK1 aux côtés de Nathalie Baye "devenue une grande amie", White material de Claire Denis ou dans la superproduction Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald. Ce tournage était "un bonheur" pour le comédien qui regrette qu’en France son interprétation de Yusuf Kama, le sorcier tout droit sorti de l’imagination de J.K.Rowling n’ait pas rencontré plus d’écho dans la presse française.
 
William Nadylam, Isabelle Huppert, Christophe Lambert et Claire Denis (White Material) au festival de Venise en 2009
William Nadylam, Isabelle Huppert, Christophe Lambert et Claire Denis (White Material) au festival de Venise en 2009 ©DAMIEN MEYER / AFP

Bloqué à Brooklyn, l’acteur imagine la suite. Difficile de quitter une ville dans laquelle l’épidémie a fait tant de ravages. Le comédien a perdu des amis. Il a vécu aussi la tragédie de Georges Floyd et a décidé de manifester à deux reprises avec les Black Live Matters dans les rues de New-York. Le comédien n’est pas un militant, mais il n’a pas envie, non plus, de "se taire". Et on se dit (ici en France) qu’on aimerait bien l'entendre et le voir plus souvent au cinéma ou à la télévision.  

 
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