Sa nouvelle exposition est aussi sa première en solo et s’intitule Quelque part dans la nuit, le peuple danse, visible jusqu'à la mi-mai au Palais de Tokyo à Paris. Sans pouvoir inverser le sens de l’Histoire qui a, entre autres, entraîné crimes, guerres, esclavage et colonisation, l’artiste humaniste, éclairé et lucide peut - peut-être - à travers ses œuvres inverser les perspectives. Raphaël Barontini en a pris conscience assez tôt dans sa carrière et en a bien conscience aujourd’hui encore : cela transpire dans son travail, dans ses œuvres.
Il se raconte et nous raconte au cours d’un échange riche et passionnant dans le podcast L’Oreille est hardie, tout ce qui l’a mené vers cette exposition, la première montée par lui en artiste solo :
Renversement de l'Histoire
Artiste plasticien habitué à manier le collage, la peinture numérique, le textile et la couture, Raphaël Barontini s’attache à remettre en lumière, à redonner du lustre aux héroïnes et aux héros mis de côté parce que ne ressemblant pas aux canons, aux critères édictés jusqu’alors…
Ainsi d’un côté, plusieurs figures caribéennes ou imaginaires sont dépeints en habits de lumière, l’habit du dominant européen, et de l’autre, des costumes nés de l’imagination de Barontini et réalisés à partir d’habits de cérémonie ou d’apparat africains, sont exposés et mis en scène, prêts à défiler… comme au Carnaval !
Lumières caribéennes
Un renversement pictural, philosophique , historique qui change la donne et le regard et qui oblige à entrevoir l’Histoire, l’art et l’histoire de l’art sous d’autres perspectives. Avec, à l’appui de cette nouvelle exposition Quelque part dans la nuit, le peuple danse, l’œuvre théâtrale d’Aimé Césaire, La tragédie du Roi Christophe et l’essence-même de ce qui a fait l’éclat d’Haïti.
Outre l’intérêt de Raphaël Barontini pour la pièce de Césaire - qui évoque le libérateur éclairé puis le règne dictatorial du roi autoproclamé Henri Christophe en Haïti -, c’est tout l’attrait du jeune homme pour ce pays - dans lequel il est parti s’immerger quelques semaines, à la rencontre notamment du vaudou pratiqué là -bas - qui transpire dans l’expo Quelque part….
Figures de résistance
C’est tout ce que le pays regorge de légendes, de traditions, de mysticisme, de souffrances aussi que l’artiste convoque dans ses œuvres. Y compris les personnages qui ont fondé la nation Haïti, première République noire au monde. Comme bien sûr Toussaint Louverture, héros de la lutte contre l'esclavage ou d’autres personnifications de la résistance à la barbarie comme Solitude en Guadeloupe.
Hommage direct leur est rendu, à eux et à d’autres comme Cécile Fatiman - que l’on retrouve à trois reprises dans l’exposition - qui fut l’une des mambos de la cérémonie vaudou du Bois-Caïman dans la nuit du 14 août 1791, l’un des événements fondateurs des révoltes des esclaves marrons menant à la Révolution, puis vers l’établissement de la République d’Haïti.
Fresque-hommage
C’est d’ailleurs cette femme puissante que l’on retrouve en ouverture de l’exposition avec une immense fresque où elle parait sur un destrier.
Une œuvre forte, monumentale de 6,50 m x 3,50 m, réalisée sur toile, dans un mix de peinture numérique, photographie, collage… et un immense drapé tout en broderie qui a nécessité 13.600 heures de travail à une quinzaine de brodeurs dans un atelier à Mumbai en Inde. C’est assurément l’œuvre la plus ambitieuse de Raphaël Barontini qui, depuis sa dernière exposition We could be heroes qu’il avait menée en 2023 au Panthéon, a pris encore un peu plus de hauteur…
Écoutez L’Oreille est hardie…
Et suivez le guide Barontini qui déambule dans sa propre exposition et décrypte pour nous trois des nouvelles œuvres qu’il a élaborées pour Quelque part dans la nuit, le peuple danse. Il évoque tout à tour dans le podcast son parcours - comment il a pu avec le temps imposer les thématiques qui lui sont chères avec sa vision et son regard portés sur l’esclavage et le colonialisme -, sa façon de travailler et de mêler les supports artistiques (photographie, peinture numérique, textile, accessoires…), sa passion pour l’histoire de l’art…
Et Raphaël Barontini de se livrer sur les éléments plus personnels, très présents dans sa vie - lui qui oscille entre racines guadeloupéennes et origines italiennes - et qu’il instille dans cette exposition.
Et si ça ne suffisait pas, la performance qu’il a préparée, pour le 12 avril prochain au Palais de Tokyo achèvera de nous convaincre de son attachement caribéen, avec un grand bal quadrille organisé avec la collaboration d’associations culturelles guadeloupéennes !
Quant à la suite de l’année 2025, elle sera riche pour Raphaël Barontini : il participera à plusieurs expositions collectives, notamment au Louvre-Lens, au Louvre Abu Dhabi et au Nouveau Printemps à Toulouse. C’est dire si le succès lui sourit…
Retrouvez le plasticien Raphaël Barontini dans L’Oreille est hardie, c’est par ICI !
Ou par là :
"Quelque part dans la nuit, le peuple danse", exposition de Raphaël Barontini, du 20 février au 11 mai 2025 au Palais de Tokyo, à Paris.