Le réalisateur guadeloupéen Jean-Claude Barny prépare un film sur Frantz Fanon

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Le réalisateur Jean-Claude Barny tournera en 2020 un film sur Frantz Fanon
Le réalisateur Jean-Claude Barny tournera en 2020 un film sur Frantz Fanon ©A.L
Jean-Claude Barny devrait tourner un film sur l'écrivain psychiatre martiniquais Frantz Fanon dans les deux ans à venir. Initialement prévu pour 2021, le film du réalisateur guadeloupéen devrait sortir en 2022. Après le long-métrage que Raoul Peck prépare aussi sur l'écrivain martiniquais.
Fanon, c’est le titre du prochain film du réalisateur Jean-Claude Barny. Un projet au long cours auquel le cinéaste guadeloupéen pensait déjà quand il préparait Le Gang des Antillais, son précédent long métrage sorti en 2016. "La parole de Fanon était déjà très présente dans le Gang des Antillais", confie-t-il.

Depuis quelques mois, tout semble enfin se concrétiser : le Guadeloupéen est en passe d'obtenir les financements nécessaires à la réalisation de son film, notamment grâce un un fort soutien des Régions Guadeloupe et Martinique. Le tournage, initialement prévu pour 2020, devrait finalement débuter courant 2021, pour une sortie sur grand écran en 2022.
 

Le médecin psychiatre engagé

Jean-Claude Barny a décidé de se concentrer sur la vie de Frantz Fanon en Algérie.

Ce qui intéresse le cinéaste, c’est l’engagement de l’écrivain en tant que médecin psychiatre mais aussi en tant que militant anti colonialiste. "C'est la médecine qui l'a fait devenir l'écrivain que l’on connaît”, nous raconte-t-il. “[Il] avait ce don pour comprendre la matière première qu’est l’esprit”.

 
Frantz Fanon
L'écrivain martiniquais Frantz Fanon ©Afp

Ce que retient le réalisateur, c’est l’image du combattant :

Fanon, c’est quelqu’un qui était dans un combat, un guerrier dans ce combat.
-Jean-Claude Barny, réalisateur 


Voilà donc ce que le réalisateur va chercher à mettre en avant dans son film : “J’avais besoin de montrer ce personnage physique à l’intérieur de ce système colonialiste au sein duquel il a oeuvré en tant que combattant."
 

Un écrivain au discours limpide

Quand Barny découvre Fanon, c’est une révélation. La lecture de Peau noire, masques blancs est un déclic.

Il nous explique: "Fanon, quand j'ai commencé à le lire de façon profonde - je devais avoir 16 ans- je crois que c'est le seul personnage noir, à part les auteurs de thrillers que je lisais, que je comprenais au niveau de la littérature. C'est à dire que tous les autres me paraissaient toujours très intellectualisés. Le discours de Fanon, lui, me paraissait très limpide.”

Par ailleurs, ce film est à nouveau un moyen pour le réalisateur guadeloupéen de faire passer ses idées. Il confie : “ cela va me permettre de parler de ce que je suis, en terme de construction caribéenne.”
 

Les cris versus Fanon

Le cinéaste guadeloupéen n’est toutefois pas seul sur le coup. Un autre réalisateur, et pas des moindres, s’est aussi lancé dans un projet de long-métrage sur l’écrivain psychiatre.

Les Cris, c’est le titre du film sur Frantz Fanon que prépare Raoul Peck, le réalisateur de I am not your negro. Sa sortie est prévue en 2021, pour les 60 ans de la mort de l'écrivain martiniquais.
En 2018, Raoul Peck reçoit le Bafta du meilleur documentaire pour son film "I Am Not Your Negro", Londres.
En 2018, Raoul Peck reçoit le Bafta du meilleur documentaire pour son film "I Am Not Your Negro", Londres. ©Ben STANSALL / AFP
Mais jean-Claude Barny l’affirme : quand il a commencé à travailler sur son film, il n’y avait pas d’autre projet déposé. Sauf que depuis, la communication a été lancée autour du nouveau long métrage du Haïtien Raoul Peck.
 
Peu importe, le Guadeloupéen ne s’en émeut pas outre mesure. Bien au contraire !
Barny reconnaît le talent du réalisateur de L’homme sur les quais (“un film fédérateur avec lequel j’ai compris que le cinéma pouvait être insulaire”), et selon lui, aucun des deux projets n’est de trop : "ce n’est pas deux, c'est  20 [films] qui seraient trop... c'est comme si on disait qu'il y avait assez de films de chez nous… on n'a plus soif, on n'a plus faim. En fait, il n’y a rien, il y a pratiquement rien comme films de chez nous."

Et le Guadeloupéen de surenchérir:

Fanon mérite d'avoir 3, 4... 5 films sur lui. Vous savez, c'est comme deux attaquants dans une équipe de foot. Ils ne font pas doublon, ils vont vers le but. Je considère qu’on est deux attaquants et on va mettre des buts, des buts pour faire avancer le travail sociologique que nous faisons à travers nos projets respectifs.


Regardez plutôt : 
D'après Jean-Claude Barny de toute manière, “les films ne sortiront pas en même temps (...). Le public pourra voir deux fois deux Fanon différents et apprendre encore plus sur lui”. De quoi clore définitivement toute polémique, avant même qu’elle n’ait commencé!
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