Risque climatique et choix limité, les maires d'Outre-mer peinent à s'assurer

Vue de l'église de Terre de Bas, au lendemain d'un tremblement de terre, d'une magnitude de 6,3 sur l'échelle de Richter, survenu au sud de la Guadeloupe.
Pour certaines collectivités d'Outre-mer, notamment les plus petites, s'assurer est particulièrement difficile. Certains maires craignent par ailleurs de voir les tarifs s'envoler à cause de catastrophes naturelles plus fréquentes ou encore de la délinquance.

Sans assurance, une commune ne peut plus prétendre au régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Plus largement, son mobilier urbain, ses véhicules et ses immeubles ne sont plus couverts. À la clef, des surcoûts très importants en cas de sinistre. Or s'assurer n'est pas toujours simple pour les collectivités. 

Blaise Mornal est le maire de Petit-Canal, une commune de 8 000 habitants au nord de la Guadeloupe. "C'est une vraie difficulté. Lorsqu'on lance un marché, on a très peu, voire pas, d'assurances qui répondent", explique l'édile, de passage en région parisienne à l'occasion du 105ᵉ congrès des maires de France. S’il a réussi à assurer sa commune, c’est parce qu’elle se trouve dans une "situation financière correcte". Et encore, une seule possibilité s’est offerte à lui. "J'ai eu la chance d'avoir une assurance qui a répondu, mais il n'y a pas eu véritablement de mise en concurrence. On n'avait pas le choix", détaille-t-il. Or sans mise en concurrence, les tarifs augmentent. 

S’il n'y a pas d’assurance, on se trouve dans une très grande difficulté, car les bâtiments ne sont plus assurés, les écoles ne sont plus assurées… Il faut trouver des solutions, c'est un vrai sujet pour les maires de nos territoires.

Blaise Mornal, le maire de Petit-Canal, en Guadeloupe


Manque de concurrence et crise climatique

"Nous avons cette difficulté dans les Outre-mer d’avoir à trouver des compagnies capables de faire le travail à 8 000 km. Elles ne sont pas légion. En termes de choix et de qualité, on est restreints", confirme Gilles Adelson, le maire de Macouria, en Guyane. Le nombre d’acteurs de l’assurance est limité dans les territoires d’Outre-mer. Quatre assureurs se partagent 70% du marché ultramarin. Dans l’Hexagone, une telle part de marché est occupée par 11 compagnies d’assurance. "C’est une inquiétude, reconnaît Blaise Mornal. Les risques augmentent de plus en plus avec le dérèglement climatique et quand on a une seule assurance qui répond, la difficulté est doublée." D'autant qu'en cas d’aggravation du risque depuis la signature du contrat, l’assureur peut décider de le modifier en cours de route.

Le changement climatique n’est pas le seul phénomène qui peut faire grimper les tarifs, voire carrément faire fuir les assureurs. Madi Madi Souf, le maire de Pamandzi, à Mayotte, n’a pas encore de problème pour assurer sa commune, mais s’inquiète pour la suite. "Avec les problématiques qu’on connait actuellement, les voitures brulées, les maisons brulées, les particuliers ont du mal à s’assurer, explique-t-il. Avec la montée de la délinquance à Mayotte, les particuliers cherchent des assureurs ailleurs, mais même ceux de La Réunion ne veulent plus prendre le risque." "Bientôt ça va se répercuter sur nous, les communes", prophétise celui qui est aussi président de l’association des maires de Mayotte.

Négocier des contrats avantageux à plusieurs

"Comme collectivité, on a des difficultés pour s’assurer, mais nous avons trouvé la parade en mettant en place des assurances de groupe, ça nous permet de mutualiser les contrats et de baisser les coûts", explique Gilles Adelson, le maire de Macouria. Concrètement, plusieurs petites communes s'unissent pour négocier, comme si elles étaient une grande ville. L’expérimentation, qui réunit une dizaine de communes guyanaises depuis trois ans, sera pérennisée.

Sans cet accord, les assurances engloutiraient "une portion très significative du budget communal", estime Gilles Adelson, qui souligne que le système permet "de faire des propositions à de petites communes qui n’auraient peut-être pas les capacités financières de passer des contrats individuels". Or, si les agglomérations les plus importantes qui peinent à s’assurer peuvent se tourner vers l’autofinancement, cette possibilité n'existe pas pour les collectivités plus petites.

La problématique, exacerbée Outre-mer, ne concerne pas que les collectivités ultramarines. Fin octobre 2023, le gouvernement a lancé une mission sur "l’assurabilité des collectivités territoriales". Confiée au maire de Vesoul, Alain Chrétien, et à l’ancien président de la fédération nationale Groupama, Jean-Yves Dagès, elle doit établir un diagnostic et proposer des solutions. La mission devrait rendre ses conclusions dans le courant de l’année 2024.