Santé périnatale : une "situation préoccupante", notamment dans les Outre-mer

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naissance bébé à bord avion
©Amélie-Benoist/BSIP/AFP
Dans un rapport publié le 20 septembre, Santé publique France pointe du doigt la "situation préoccupante" de la santé périnatale en France. De "grandes inégalités territoriales" sont également décrites, avec des résultats plus "défavorables" dans les Outre-mer.

En presque dix ans, de 2010 et 2019 (et à partir de 2014 pour Mayotte), la santé des mères et des nouveau-nés, a connu des évolutions "préoccupantes", durant les grossesses, les accouchements, et même l'allaitement, pointe un rapport de Santé publique France paru ce 20 septembre. Une attention particulière a été portée aux départements et régions d'Outre-mer (DROM). 

Si certains indicateurs témoignent d'un "niveau élevé et stable de prise en charge" en France, le rapport fait état de "grandes inégalités territoriales" dans la santé périnatale, notamment dans les DROM où les indicateurs sont "défavorables". Ainsi, le taux de mortalité maternelle y est 4 fois plus élevé que dans l'Hexagone, le taux d'enfants morts-nés, 1,5 fois plus et la mortalité néonatale, 2 fois plus. Une situation particulièrement alarmante à Mayotte et en Guyane. 

Peu de suivi

Premier constat, la diminution des naissances dans toutes les régions de France, passant de 841 000 en 2010 à 734 000 en 2019. Seule la Guyane fait figure d'exception. Mais dans le département d'Amérique du Sud, le suivi durant les grossesses laisse à désirer. Le dépistage de certaines pathologies congénitales, comme la trisomie 21, y est beaucoup moins réalisé que dans l'Hexagone. La proportion a même diminué entre 2011, où 81,6 % des grossesses avaient été testées, et 2017, où elle tombe à 69,7 %.

Le nombre de dépistages est globalement plus faible dans les départements d'Outre-mer, avec 86,2 % des grossesses testées en 2017, contre 93,9 % dans l'Hexagone. Autre constat, la part de femmes ayant eu au moins trois échographies fœtales pendant la grossesse est aussi plus faible dans les DROM, particulièrement en Guyane.

Le rapport note une amélioration à ce sujet depuis 2015, année où les autorités sanitaires ont publié des recommandations pour le suivi échographique. Mais, ces données ne concernent que les accouchements couverts par l’Assurance maladie. Or, dans les DROM, le taux de couverture est moins élevé et a baissé en dix ans, passant de 87,2 % en 2010 à 84,2 % en 2019 (96,5 % dans l'Hexagone). C'est encore pire à Mayotte où seul 31,9 % des femmes accouchant sont couvertes par l'Assurance maladie. 

La part des accouchements pris en charge par l'aide médicale d'État, réservée aux personnes en situation irrégulière, a par ailleurs augmenté en France et ce "plus fréquemment" en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe. 

Des mères plus âgées et en moins bonne santé

Autre point noté par le rapport sénatorial, l'âge des mères à l'accouchement a ainsi augmenté au niveau national, sauf à Mayotte où il est resté stable. Il est de 30,1 ans en 2019, mais dans les DROM, les femmes accouchent plus jeunes que dans le reste de la France. 


Or, rappelle le rapport, "la prématurité, le faible poids de l'enfant à la naissance, les anomalies congénitales sont plus fréquentes lorsque les mères sont âgées de moins de 15 ans ou de 35 ans et plus"

La proportion de femme présentant une obésité morbide est également en augmentation. Dans les DROM, hors Mayotte, elle était de 1 % en 2010 et est passé à 2,7 % en 2019, tandis que dans l'Hexagone, il passe de 0,4 % à 0,7 %. Dans ces territoires, les mères sont aussi plus sujettes à l'hypertension et à ses complications à l'accouchement. Plus de 10 % des femmes enceintes en sont atteintes contre 7,4 dans l'Hexagone. Certains indicateurs atteignent presque le double de ceux de l'Hexagone : la pré-éclampsie (4,5 %), la pré-éclampsie sévère (1,9 %), le Hellp syndrome (0,5 %) et l'éclampsie (1,7 %), trois troubles potentiellement mortels. 

Les taux les plus élevés d'hémorragie post-partum sont retrouvés à Mayotte, La Réunion et dans le Centre-Val de Loire et les plus bas en Guadeloupe, en Martinique et en Corse.

Hausse de la mortalité

La Réunion connaît le plus petit taux de mortalité périnatale (enfants morts à la naissance ou 7 jours après), quand la Guyane a le plus élevé de France. De manière générale, elle est plus élevée dans les DROM (17,5 ‰ en 2019) que dans l'Hexagone (10 ‰) 

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Évolution du taux de mortalité périnatale par région sur 3 années glissantes, France, 2012-2019. ©Santé publique France

La mortalité des enfants entre leur naissance et le 27e jour de vie augmente de manière générale et reste plus fréquente dans les DROM : de 3,3 décès pour 1 000 naissances à 4,4 décès selon les années (1,8 dans l'Hexagone en 2019).

Les régions d'Outre-mer ont également un taux plus élevé de naissance d'enfants à faible poids, en particulier à Mayotte et à La Réunion : 19,8 et 17,7 pour 100 naissances, contre 12 pour 100 naissances dans l'Hexagone. Les taux sont dans une moindre mesure également élevés en Guyane, Guadeloupe et Martinique, en comparaison avec les régions de France métropolitaine : 15,0, 15,1 et 15,2  respectivement pour 100 naissances vivantes.