SERIE 1/5 : Venir faire son apprentissage dans l'Hexagone : une nécessité pour nombre d'Ultramarins

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Muneiko, Marie-Cindy, Arnaud, Bryan et nombre d'autres Ultramarins viennent étudier en apprentissage dans l'Hexagone ©TDB / LA1ERE
La1ere.fr est allée à la rencontre de ces jeunes ultramarins qui ont quitté leur terre natale pour étudier à des milliers de kilomètres de chez eux. Toute la semaine, ils nous racontent leur parcours, leur adaptation, leurs difficultés…

#Qu'est-ce que l'apprentissage ?

C'est un enseignement théorique dans un établissement (lycée, université) en alternance avec un travail en entreprise. Le rythme diffère selon les formations, mais l’objectif est le même : faciliter l’insertion professionnelle en arrivant sur le marché du travail expérimenté. À la fin, le jeune obtient un diplôme : CAP, Bac Pro, BTS, licence ou master selon le niveau.
 

#Pourquoi les jeunes Ultramarins partent-ils ?

Plusieurs raisons expliquent ces départs. La première : il n'est pas toujours possible de suivre la formation souhaitée sur leur territoire. Soit, elle est saturée, le nombre de place étant trop peu nombreux par rapport au nombre de candidats, soit, elle n'existe tout simplement pas. 

C'est le cas pour Muneiko Haocas, 25 ans. Elle a dû quitter la Nouvelle-Calédonie pour s'inscrire en DUT génie chimique à Caen en 2010. Après avoir enchaîné sur une licence professionnelle, elle est aujourd'hui en master en apprentissage.
Arnaud Gautier et Bryan Poirier, jeunes de Saint-Pierre-et-Miquelon, ont dû quitter leur île natale pour terminer leur CAP boucherie à Pau, car il n'y a pas d'examinateur sur place pour faire passer leur diplôme. Une mobilité forcée donc, mais riche en enseignements.

"De plus, de nombreux jeunes ultramarins viennent ici à cause de l'étroiteur du marché sur place", explique Viviane Naquin, directrice territoriale de l'Agence de l'Outre-mer pour la mobilité (LADOM), un service de l'Etat. "Le tissu économique de la plupart des territoires ultramarins comprend de très petites entreprises (TPE), peu ou pas outillées pour accueillir en apprentissage", précise Loïc Iscayes, président de Jeunesse Outremer, réseau professionnel des jeunes d'Outre-mer, dans un rapport de mai 2015 du Conseil Économique, Social et Environnemental.
 

#Combien sont-ils ?

Il n'existe pas de chiffres précis du nombre d'apprentis ultramarins venus étudier dans l'Hexagone. Selon le rapport d'activité de LADOM en 2014, ils sont près de 1000 à faire le grand saut chaque année. "Sûrement plus", estime Viviane Naquin. "Le rapport prend en compte seulement ceux qui sont passés par l'agence. Nous n'avons pas les moyens de comptabiliser ceux qui viennent par leurs propres moyens".
 

#Où sont-ils ?

Une grande majorité vient en région Ile-de-France où les attaches familiales et culturelles sont plus fortes.
 

#D'où viennent-ils ?

De tous les Outre-mer mais principalement de Guadeloupe, Martinique et La Réunion. 
 

#Quelles solutions pour venir ?

Certains choisissent de venir sans passer par les institutions. C'est le cas de Marie-Cindy. Cette Réunionnaise s'est "lancée à l'aventure" en solitaire. Depuis Saint-Denis, elle a cherché une école et une entreprise où faire son CAP d'esthétique en apprentissage. Elle a essuyé de nombreux refus avant de finalement trouver une école et un salon à Lyon.

D'autres passent par les programmes de LADOM : passeport-mobilité formation professionnelle et passeport-mobilité études. Ils bénéficient ainsi de son accompagnement. "Nous démarchons auprès de partenaires, entreprises comme institutions : Veolia, SNCF, grande distribution. En fonction de leurs besoins, nous proposons des jeunes d'Outre-mer", détaille Vivianne Naquin. Les candidats viennent dans l'Hexagone pour passer les entretiens. La structure trouve notamment un hébergement et propose un module de préparation à l'entrée en alternance de 450 heures. "Ils y intègrent les codes de l'entreprise, d'une autre société différente que celle d'où ils viennent, les notions clefs du métier qu'ils veulent exercer", poursuit Viviane Naquin. À l'issue de la formation, le taux d'insertion est de 54,7%. Ceux qui échouent bénéficient d'un accompagnement pendant 6 mois pour "trouver une solution B".

Un système qui a toutefois ses limites. L'information en Outre-mer sur le dispositif semble encore insatisfaisant. Nombre de jeunes n'en ont jamais entendu parler. "Sur place, ils ne sont pas encore sensibilisés au fait qu'ils peuvent partir pour poursuivre leur formation. La mobilité n'est pas prise en compte de façon anticipée", regrette Viviane Naquin. De fait, les apprentis interrogés ne connaissaient pas les possibilités offertes par LADOM.

Tous les jeunes Ultramarins rencontrés donnent le même conseil : ne pas hésiter à passer par des associations sur place pour faciliter les démarches, l'intégration et ne pas être isolé lors des premiers pas dans l'Hexagone. Ajeg (Guadeloupe), Maj (Martinique), Sciences Ô (pour les étudiants de Sciences Po), AESK (Nouvelle-Calédonie), AEPF (Polynésie), Caribou Maoré (Mayotte), AERP (La Réunion), Pelicarus (Saint-Martin), toutes membres du Réseau Jeunesse Outremer. Il existe une association d'étudiants pour chaque département, collectivité, territoire et pays d'Outre-mer.
 

#Les plus de l'apprentissage

Tous les Ultramarins interrogés vantent les mérites de l’apprentissage. Allier la théorie et la pratique ; une expérience professionnelle très valorisante sur le CV, idéale pour décrocher un emploi après la formation ; et être plus indépendant grâce au salaire versé par l’entreprise. Une aubaine pour ces Ultramarins exilés pour qui la vie dans l’Hexagone n’est pas toujours simple. "Cela permet aux parents d'être allégés sur ce point-là", se félicite Muneiko. "Et ça nous permet de survivre. Le coût de la vie est cher ici, et on a souvent personne pour nous aider", renchérit Marie-Cindy.
 

#Les difficultés d'étudier dans l'Hexagone

Pas facile de quitter sa famille et sa terre natale pour partir à l'autre bout du monde, "sans savoir quand on rentrera", glisse Muneiko.
Il y a aussi le "choc" d'arriver dans un monde totalement nouveau. L'apprenti boucher saint-pierrais, Bryan Poirier, 18 ans, a traversé l'océan pour la première fois. Il a été surpris par "la taille de Pau, bien plus grande que [son] île, l'animation dans les rues, le climat…"
Les Ultramarins rencontrés pointent également le rythme soutenu de la formation. Il faut à la fois gérer les examens à l'école et les dossiers du métier.
 

#Comment développer l’alternance en Outre-mer ?

Dans le cadre du Plan de relance de l’apprentissage, le Conseil Économique, Social et Environnemental recommande plusieurs points : "développer l’information sur l’apprentissage, d’ouvrir de nouvelles sections en tenant compte des besoins du marché sur place, d’accompagner les TPE et de créer un Centre de formation d’apprentis à Mayotte".