Littérature et musique : les sorties de la semaine (08/01/21)

sorties de la semaine
Sorties de la semaine (08/01/21)

Les carnets de notes de René Depestre lors de son séjour à Cuba; une analyse critique de la destruction des statues de Victor Schoelcher en Martinique, et des sessions musicales virtuelles avec Stefan Filey, Sizler and co : voici l'actualité de la semaine (08/01/21).

Livres

Cahier d’un art de vivre de René Depestre (éditions Actes Sud). Le poète et écrivain haïtien René Depestre est un révolutionnaire dans l’âme. Etudiant, il participe au mouvement estudiantin qui renversa, en 1946, le président Elie Lescot. En 1959, lorsqu’il fuit Haïti et la dictature de Duvalier pour rejoindre Cuba, c’est encore en tant que révolutionnaire. Che Guevara l’accueille à l’aéroport et lui sert de mentor. Depestre apprend le maniement des armes, reçoit une formation. Et mêle révolution et poésie qui d’ailleurs, chez lui, se résument à un seul et même style de vie. C’est ainsi que de 64 à 78, et en plusieurs épisodes, il tient des carnets de notes de son séjour à Cuba. Depestre a alors 38 ans et devient un témoin privilégié (mais critique), de la révolution cubaine. Tour à tour poétique ou en style télégraphique, Cahier d’un art de vivre, document inédit, concentre des considérations sociopolitiques, philosophiques et des anecdotes plus personnelles, voire intimes. C’est le regard acéré et lucide d’un intellectuel qui convoque dans son récit Aragon, Fidel Castro, Mao Tse-Toung, Chou-En Laï, et bien d’autres encore. Son portrait du dictateur François Duvalier est un modèle du genre : lucide, cinglant et implacable. Le poète visait une triple ambition avec ces écrits : laisser un legs politico-historique, une œuvre littéraire et personnelle. C’est réussi.

Cahier d'un art de vivre de René Depestre

 

La destruction des statues de Victor Schoelcher en Martinique de Rodolphe Solbiac (Editions L’Harmattan). Le 22 mai 2020, de jeunes militants renversaient, à Fort-de-France et à Schoelcher, en Martinique, les statues de l’abolitionniste républicain Victor Schoelcher. Si ce geste a été vécu par beaucoup comme un acte de vandalisme, d’autres l’ont interprété comme une action politique. C’est cette voie qu’explore Rodolphe Solbiac avec son ouvrage « La destruction des statues de Victor Schoelcher en Martinique ». L’auteur, maître de conférences, spécialisé en études postcoloniales, décrypte le régime du monolithisme mémoriel qui célèbre l’œuvre de Schoelcher et ignore les héros noirs. Doit-on parler de dénigrement culturel, de vision européo-centrée ? Pourquoi les révoltes d’esclaves ne sont-elles pas prises en compte dans l’histoire de France ? Pourquoi n’existe-t-il pas de statues de héros noirs ? Ce livre répond à ces questions et propose des solutions, c’est-à-dire, la fabrication de nouveaux savoirs et surtout la mise en œuvre de réparations. Une demande internationale qui a émergée à l’occasion de la conférence mondiale contre le racisme qui s’est tenue à Durban, en Afrique du  Sud, en 2001. Si jusqu’à présent, les Etats ont bridé cette exigence de réparations, sa légitimité fait moins débat. Et l’on peut voir dans le mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes et le Mémorial Act de Guadeloupe, les premiers éléments d’une réparation historique.

La destruction des statues de Victor Schoelcher en Martinique de Rodolphe Solbiac

 

Musique

Les Acoustiques sur le Toit (sessions musicales sur la page Facebook Les Acoustiques sur le toit, avec Stéfan Filey, Sizler notamment). Comment conserver de la visibilité, ces temps-çi, lorsqu’on est musicien ? Jouer et proposer de petites sessions musicales sur le net. Le chanteur et pianiste Stefan Filey qui s’est plié à l’exercice n’est pas fan de ces concerts virtuels, mais il prend ce moyen comme une transition en attendant la vie normale. "Rien ne remplace l’humain et les contacts directs. Mais on aime notre art, c’est notre passion. On fait de la musique de manière quotidienne. On a envie de lâcher les chevaux. Et là, c’est l’opportunité" explique l'artiste. Ce sont deux associés Stéphane Woozwoo et Philippe Kergus qui en ont eu l’idée. "Pendant le confinement, nous voulions continuer de faire vivre des choses pour les artistes. On a commencé cet été en plein air. Avec l’hiver, on a décidé de poursuivre l’expérience, cette fois-çi en studio" raconte Philippe Kergus. Jeff Ludovicus devait être aussi de la partie. Malheureusement, l’un de ses musiciens est tombé malade. Mais avec Stefan Filey, Sizler et Jim Murple Memorial, un groupe de ska et de rocksteady, la Caraïbe est bien représentée. À voir prochainement sur la page Facebook Les Acoustiques sur le Toit et aussi sur la chaine Youtube du même nom.

Les Acoustiques sur le Toit

 

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