"Ti’Punch Molotov" : le peintre guadeloupéen Jean-Marc Hunt expose à Paris

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Jean-Marc Hunt
Jean-Marc Hunt à la 193Gallery à Paris, le 19 mai 2021. ©philippe triay

Jusqu’au 31 juillet 2021, le peintre guadeloupéen Jean-Marc Hunt présente une partie de ses œuvres à la 193 Gallery à Paris. L’occasion de (re)découvrir le travail de cet artiste qui a exposé ses créations aux Etats-Unis, en Afrique et à la Biennale de Venise, entre autres.

Il n’y a pas que les terrasses des cafés qui ont rouvert. Musées et galeries d’art aussi. Et c’est avec bonheur que nous allons à la 193 Gallery, à deux pas de la Place de la République à Paris, pour découvrir dans un "solo show" les œuvres du peintre guadeloupéen Jean-Marc Hunt, qui est parfois commissaire d’exposition, et, on le sait moins, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres depuis 2015. Sur 350 m2 et plusieurs niveaux, la galerie présente également d'autres artistes à l'occasion de sa réouverture. 

Mais d’abord le titre de l’expo, « Ti’Punch Molotov »… « C’est une série de tableaux plutôt éclectiques qui ont pour projet de parler de la condition noire et antillaise. Le Ti’Punch Molotov est un rhum arrangé qui va être aussi bien un remède qu’un poison, enivrant mais qui peut emmener à la déshumanisation de la société. Mon œuvre se veut subversive. Je reprends ce qu’il y a d’inscrit dans la mémoire collective pour le remanier et pointer du doigt certaines choses qu’on nous a inculqués et qui sont obsolètes, comme ‘nos ancêtres les Gaulois par exemple !’ »

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Tableaux en petit format de Jean-Marc Hunt ©193 Gallery


L’artiste est né à Strasbourg en 1975. Très tôt il s’intéresse aux cultures urbaines – street art, rap, graffiti – qui vont marquer ses créations jusqu’à aujourd’hui. Il part s’installer en 2003 en Guadeloupe où il commence à développer sa peinture et son style, une gestuelle qui peut passer du petit au grand format, et du monochrome au coloré. Son art, en particulier la série intitulée "Jardin créole", est marqué par sa double appartenance.

Mon travail recense toujours cette urbanité dans laquelle j’ai grandi et cette vie naturelle dans laquelle je vis actuellement. C’est un chamboulement abstrait, des variations de couleurs avec des formes qui vont parler de l’état naturel de la Guadeloupe, mais toujours avec cette urgence de l’urbain, avec beaucoup d’intensité. 

Jean-Marc Hunt


« Le tout raconte des histoires qui n’ont pas de sens précis de lecture », souligne le peintre. « Des dessins sont accompagnés de petits mots qui sont en fait des récits qui parlent de ce rapport à cette mémoire collective et qui bousculent toutes les idées établies et préconçues. Par exemple la Caraïbe n’est pas simplement une plage avec des cocotiers. J’aime cette subversion du mot et de l’image, car nous sommes dans un cas particulier où la mémoire nous a été faussée. De cette mémoire on peut reprendre des lexiques où l’on peut reconsidérer les choses, avoir plus conscience de notre histoire antillaise qui a toujours été mise de côté ».

"La Caraïbe est un grand laboratoire du monde"

L’adaptation au pays n’a pas été facile pour le jeune homme ayant grandi au nord-est de l’Hexagone. « Il y a des enjeux à comprendre que l’on imagine pas lorsqu’on vit ici. Nous sommes sous cette domination empirique et historique, une forme de néo-colonialisme flagrant », dénonce-t-il. « Les difficultés sont énormes. Nous sommes dans une espèce de stress passif et même, je vais le dire clairement, un génocide passif notamment avec le chlordécone, avec des prématurés, des enfants mort-nés par exemple. Et toujours cette impression d’être ignorés par la France alors qu’on nous dit que nous sommes français. Nous devons nous battre deux fois plus pour obtenir ce à quoi nous avons droit ». 

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"Origin" de Jean-Marc Hunt, de la série "Jardin créole" ©193 Gallery

 
Le natif de Strasbourg a fait un long chemin. Ses oeuvres sont cotées jusqu'à 15.000 euros pièce et il a réalisé des expos solo et collectives dans le monde entier : Caraïbes (Martinique, Guadeloupe, Haïti), Etats-Unis (New-York, Miami, San Fransisco), Europe (Suisse, France, Italie, Portugal), Venezuela, Sénégal… pour ne citer que ces pays. Ces voyages ont également irrigué son art. « J’ai rencontré des histoires similaires à la mienne. Par ailleurs la Caraïbe où je vis est grande, on y parle plusieurs langues, et nous avons toujours un lien à cette histoire coloniale. C’est un grand laboratoire du monde ou tout converge. Le voyage est une rencontre fondamentale, essentielle à ma création et à ma pensée. Il s’agit de découvrir les enjeux, partager, peut-être de se compléter. Tout cela nourrit mon travail et me donne plus de matière à exploiter. De mon côté j’apporte mon histoire, mes techniques et mon savoir. »

"Ti’Punch Molotov" : exposition Jean-Marc Hunt
19 mai – 31 juillet 2021
193 Gallery, 24 rue Béranger, 75003 Paris
Métro : République
Horaires : du mardi au samedi de 10h à 19h, entrée libre