Une semaine positive de plus pour le nickel et la Nouvelle-Calédonie

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NICKEL
Drone Delair UX 11 en survol de la mine SLN de Tiébaghi en Nouvelle-Calédonie ©Eramet-Delair
Le nickel a repris sa progression mardi. L’environnement macro-économique reste solide estime l'analyste et négociant britannique Marex Spectron. Pour les trois usines calédoniennes un objectif principal : produire durablement et répondre à la demande mondiale.

Le London Metal Exchange (LME) est la dernière Bourse à maintenir la tradition d’une corbeille avec des échanges physiques. Lundi, les négociants et les industriels avaient reporté leurs achats car le nickel était trop cher. Mardi, la hausse reprend, finalement le marché accepte ces prix élevés.

A son plus haut vendredi, la tonne de nickel s'échangeait à 22.935 dollars, un prix que "l'or vert" n'avait plus atteint depuis près de dix ans. 

Le cours du métal peut-il grimper plus haut, son prix peut-il doubler et atteindre 40.000 dollars la tonne à l’horizon 2040, comme le suggère une prévision du FMI ? "Je dois dire que je ne suis pas convaincu, étant donné le montant des surinvestissements dans la capacité de production de matte de nickel en Indonésie", estime David Wilson analyste expert du nickel pour BNP Paribas à Londres. "40 000 dollars la tonne de nickel ? C’est ridicule", déclare Jim Lennon analyste de Red Door Research et de la banque australienne Macquarie.

Ces dernières semaines, le nickel a atteint son plus haut niveau en plus d'une décennie "en raison des craintes que l'Indonésie, le plus grand exportateur mondial, n'introduise des taxes sur le nickel brut afin de se concentrer sur le développement d'activités de raffinage, une activité plus rentables dans le pays", précise Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank.

Le nickel est essentiel pour les batteries des voitures électriques qui, en moyenne, en contiennent près de 50 kilos : il permet de limiter leur taille. De nombreux constructeurs automobiles tentent ainsi de conclure des contrats d'approvisionnement à long terme afin de sécuriser leur approvisionnement en nickel raffiné pour batterie.

"La décision de l'Indonésie, conjuguée à une forte demande pour la production de batteries de véhicules électriques, pourrait entraîner un important déficit de l'offre en 2022", poursuit Ole Hansen. 

En Nouvelle-Calédonie, berceau de l’industrie mondiale du nickel, le site minier SLN-Eramet de Poum tourne à plein régime. Sa production globale est passée à plus d’un million de tonnes de minerai avec des créations d’emplois pour près de 200 personnes.

La demande en voitures électriques est en effet en forte hausse. Les ventes de véhicules dits "propres" (électriques, hybrides ou à hydrogène) ont pratiquement triplé l'an dernier en Chine, avec près de 3 millions de voitures vendues.

Le géant de la voiture électrique Tesla a annoncé mardi qu'il s'engageait à acheter 75.000 tonnes de concentré de nickel à Talon Metals, produit à partir du projet Tamarack Nickel dans le comté d'Aitkin, au Minnesota qui concrétise le renouveau de l’industrie du nickel aux Etats-Unis.

D'autres constructeurs automobiles cherchent également à sécuriser leur approvisionnement, comme Renault qui avait signé en octobre un important contrat avec le plus grand producteur européen de nickel, le Finlandais Terrafame.

Terrafame est un joint-venture entre le gouvernement centriste-écologiste d’Helsinki et un leader du négoce mondial. Trafigura est aussi un actionnaire minoritaire du consortium calédonien Prony Resources et de la grande usine de nickel du Sud de la Nouvelle-Calédonie.

Sur le marché mondial, les stocks de nickel disponibles s'amenuisent. "Les entrepôts du LME sont passés sous la barre des 100.000 tonnes et se trouvent à leur plus bas niveau depuis plus de deux ans", relève Daniel Briesemann, analyste chez Commerzbank.

Pour anticiper l’avenir et répondre aux besoins croissants dans un contexte de raréfaction de la ressource mondiale, le BRGM intensifie ses recherches.

Les experts du service géologique français étudient l’utilisation de bactéries naturelles, pour extraire le nickel de façon écologique des importants résidus miniers calédoniens. Un jeune doctorant mahorais a rejoint l’équipe constituée à Orléans autour d’Anne-Gwenaelle Guezennec.

Sur le LME, la tonne de nickel pour livraison dans trois mois s'échangeait à 22.225 dollars vendredi vers 17H10 GMT (18H10 à Paris), contre 20.734 dollars le vendredi précédent à la clôture.

Mardi matin à Londres, le nickel évoluait autour de 22.360 dollars, en hausse de 1,35 %.